Semaine du 10 au 16 avril 2013 - Numéro 969
Eau : Les craintes de l’Egypte
  La décision de l’Ethiopie de ratifier la convention d’Entebbe sur le partage des eaux du Nil relance le débat en Egypte sur le problème de l’eau. L’Egypte, qui risque de voir sa part dans les eaux du Nil diminuer, propose une gestion séparée des eaux des deux Nils.
env
Rasha Hanafy10-04-2013

La part de l’Egypte dans les eaux du Nil peut-elle baisser ? La volonté de l’Ethiopie de ratifier la convention d’Entebbe sur le par­tage des eaux du Nil a ravivé les craintes de l’Egypte qui risque de voir sa part des eaux du Nil dimi­nuer. La convention d’Entebbe a été signée en 2010 par six pays africains, à savoir l’Ethiopie, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, le Rwanda et le Burundi. Ces pays réclament l’annulation de l’ancienne convention de partage des eaux du Nil datant des années. En vertu de celle-ci, l’Egypte obtient 55 milliards de m3 d’eau par an. Un quota contesté par les pays africains. Or, l’Egypte sou­haite maintenir son quota mettant en avant le problème de son poids démographique. Outre l’Ethiopie, le Soudan du Sud a annoncé cette semaine qu’il n’était pas tenu de respecter les conventions sur le par­tage des eaux signées avant son indépendance.

Comment l’Egypte doit-elle réa­gir ? La question a été abordée cette semaine lors de plusieurs sémi­naires tenus au Caire. « Nous avons discuté des aspects techniques et environnementaux de cette nouvelle convention proposée par l’Ethiopie et signée par plusieurs pays du bas­sin. Nous avons examiné les dan­gers pour l’Egypte représentés par la construction du Barrage du mil­lénaire en Ethiopie, ainsi que l’en­trée en vigueur de la convention. Le danger ne réside pas seulement dans la capacité du barrage qui peut retenir en Ethiopie entre 73 et 78 milliards de m3 par an, mais aussi dans les terrains que le pays entend cultiver. Nous ne sommes pas contre le développement agri­cole, mais le droit international sti­pule qu’il y a consultation entre pays riverains avant de construire des projets sur un fleuve », explique Mahmoud Abou-Zeid, ancien ministre des Ressources hydrau­liques et de l’Irrigation. « Il a été proposé de créer un haut conseil des eaux du Nil présidé par le pré­sident égyptien. Ce conseil sera l’institution en charge d’examiner les études, les recherches et les recommandations des spécialistes. Nous avons appuyé également la coopération sur le plan de la tech­nologie hydrique visant à exploiter la quantité des eaux perdues dans plusieurs pays ».

Vers une meilleure

gestion de l’eau

Pour faire face à une éventuelle diminution de ses ressources en eau, l’Egypte doit agir dans plusieurs directions. Outre les efforts diplo­matiques visant à empêcher la construction de barrages sur le Nil, il est question de rationaliser la consommation d’eau. Et pour réali­ser cet objectif, une campagne de sensibilisation doit être lancée auprès des citoyens et des paysans. « La population doit savoir que l’Egypte ne se sert pas uniquement de sa part annuelle des eaux du Nil. Elle se sert aussi des eaux souter­raines et une infime partie des pluies du Delta. Au total, nos besoins s’élèvent à 71 milliards de m3 par an. Cette quantité est en constante augmentation avec l’ex­plosion démographique », assure Bayoumi Attiya, spécialiste et conseiller du ministre des Ressources hydrauliques. Selon lui, les 16 milliards de m3 qui ne sont pas pompés dans le Nil proviennent du recyclage et de l’exploitation de quelques nappes phréatiques pro­fondes. « Nous travaillons sur des stratégies, des plans nationaux de traitement de l’eau. Mais je dois dire que les agronomes ne vont pas résoudre à eux seuls le problème de l’eau en Egypte. La participation des citoyens et une meilleure ges­tion de cette ressource sont indis­pensables », explique Attiya. Selon le spécialiste, une solution serait de rationaliser l’utilisation de l’eau, notamment dans le système d’irri­gation. Il faudrait également diver­sifier les ressources en eau et tra­vailler sur le dessalement de l’eau de mer.

Selon les études faites par des instances internationales comme les Nations-Unies, les eaux du Nil représentent au total 1 600 milliards de m3 par an. L’Egypte n’utilise que 5 % de la capacité totale du fleuve. Les autres pays africains utilisent le Nil davantage pour drainer les eaux de pluie et ainsi éviter les inonda­tions. L’Egypte plaide pour un par­tage « juste » des eaux du Nil. 95 % de ses ressources hydrau­liques proviennent de l’extérieur du pays. L’une des solutions pro­posées pour l’Egypte est la sépa­ration de la gestion des Nils Blanc et Bleu. « Il faut savoir que les eaux proviennent de deux branches du Nil. Le Nil Blanc vient du plateau occidental et le Nil Bleu se situe à l’est sur le plateau éthiopien. Les deux branches du Nil se rencontrent à Khartoum. La séparation de la gestion du Nil signifie que seuls pourront prendre part aux discus­sions les pays situés sur la branche du fleuve concernée. Les pays du Nil Blanc, à savoir la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda, le Burundi et le Congo, ne pourront pas voter sur des projets qui seront construits sur le Nil Bleu. De même pour les pays situés sur le Nil Bleu, à savoir l’Egypte, le Soudan, l’Erythrée et l’Ethiopie, ils ne pourront pas prendre part aux votes sur des pro­jets concernant le Nil Blanc », explique Nader Noureddine, spécia­liste de l’eau et professeur à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire.

Selon lui, si l’Egypte réussit à convaincre les pays du Nil Blanc du bien-fondé de la séparation de la gestion des eaux, cela annulera la convention d’Entebbe. Cette solu­tion sera discutée la semaine pro­chaine lors de la réunion du Conseil arabe de l’eau.

Il est important de savoir que les ressources naturelles renouvelables en eau proviennent en Egypte uni­quement du Nil. L’Ethiopie, quant à elle, puise son eau dans 12 fleuves différents .



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