Semaine 7 au 13 juin 2017 - Numéro 1179
Mohamad Abdel-Guélil : Nous serons 100 millions en 2020
  Mohamad Abdel-Guélil, conseiller du président de l’Organisme central pour la mobilisation et du recensement (CAPMAS), explique les dangers de l’explosion démographique et présente quelques solutions.
Mohamad Abdel-Guélil
Mohamad Abdel-Guélil
May Atta07-06-2017

Al-Ahram Hebdo : Comment percevez-vous la montée en flèche du taux de croissance démographique en Egypte ?

Mohamad Abdel-Guélil : Le taux de croissance démographique en Egypte est devenu catastrophique. Il représente un défi de taille et avale tous les efforts du développement. Le nombre d’Egyp­tiens atteindra les 100 millions en 2020. Un chiffre effrayant qui révèle que tous les efforts déployés n’ont pas pu freiner ou, au moins, réduire le taux de croissance démographique. Cette crois­sance est en augmentation constante depuis l’an 1800. Selon les statistiques du CAPMAS, en 1800, l’Egypte comptait 2,5 millions d’habitants, 10 millions en 1900 et 20 millions en 1950. En attei­gnant les 100 millions en 2020 comme l’affirme l’organisme, cela signifiera que la population a quintuplé en 70 ans, de 1950 à 2020.

— Par rapport aux autres pays du monde, notamment les pays en développement, com­ment est le taux de croissance naturelle en Egypte ?

— Le taux de croissance démographique en Egypte a atteint 2,3 % en 2016. 2,044 millions de bébés sont nés durant cette année, c’est-à-dire 5 585 bébés par jour. Ce taux est 5 fois supérieur à celui des pays surpeuplés. La Chine a un taux de croissance démographique de 0,5 % et l’Inde un taux de 1,5 %. Sachant que les pays développés, comme l’Angleterre et la France, ont un taux de croissance démographique s’approchant des 0,3 %. Les Etats-Unis, eux, sont autour de 0,4 %.

— Quels sont les gouvernorats où la natalité est la plus éle­vée ?

— Outre le fait que Le Caire est l’une des villes les plus peu­plées au monde, les gouvernorats de Haute-Egypte sont ceux qui atteignent le plus haut taux de croissance naturelle. Dans ces gou­vernorats, les chiffres sont supérieurs à la moyenne nationale. Les habitants de la Haute-Egypte représentent 25 % de la population, or c’est là-bas que naissent 40 % des bébés égyptiens. A titre d’exemple, le taux de croissance dans des gouvernorats comme celui de Béni-Soueif est de 2,9 %, en 2016, de 2,8 % à Minya, et de 2,7 % à Sohag, alors que dans le Delta du Nil il était de 2,5 %, et même de 1,8 % à Port-Saïd.

— Pourquoi ces différences ?

— L’analphabétisme, le mariage précoce, les traditions, un héritage religieux erroné ainsi que le manque de campagnes de sensibilisation sont les raisons premières de cette croissance démesurée. C’est surtout en Haute-Egypte que ces facteurs sont les plus marqués. Le taux d’analphabétisme et le taux de pauvreté atteignent dans cette région les 50 %. Et c’est également en Haute-Egypte que se trouve le taux de chômage le plus élevé. Ce sont les femmes de Haute-Egypte qui endurent cette situa­tion qui se répercute directement sur elles. Plus le niveau d’éducation des femmes est élevé, moins elles ont le risque de se marier très jeunes ou d’avoir des enfants à un âge précoce. Selon l’Unesco, les deux tiers des adultes analphabètes dans le monde sont des femmes. Cet analphabétisme aurait de nom­breuses conséquences sur le taux de pauvreté, la santé, la morta­lité infantile ou encore le nombre de mariages précoces.

— Quelles solutions, d’après vous, pourraient atténuer ce phénomène ?

— D’abord, espacer les naissances, se contenter de trois enfants maximum. Il faut que les gens soient conscients de cela, il faut aussi que les institutions religieuses, comme Al-Azhar et les églises, les y encouragent. Ahmad Al-Tayeb, grand imam de la mosquée d’Al-Azhar, a d’ailleurs déclaré durant une conférence tenue par le président Abdel-Fattah Al-Sissi que c’est « halal » d’avoir trois enfants afin de bien les éduquer, notamment dans un contexte de crise économique.

— Quelles sont les mesures qui doivent être prises par le gouvernement ?

— Le gouvernement doit fournir des contraceptions gratuite­ment dans les hôpitaux et les cliniques publics, durcir les peines aux familles qui acceptent de marier leurs filles avant l'âge de 18 ans et lutter contre l’analphabétisme dans tout le pays. Enfin, il faut fournir des opportunités de travail dans les gouvernorats pauvres, surtout dans le sud de l’Egypte, car les familles pauvres voient en l’enfant une richesse, une source de revenu futur.




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