Semaine du 7 au 13 avril 2021 - Numéro 1369
Le lustre éternel du Musée de Tahrir
  Si une partie de ses pièces l’a quitté pour s’installer dans ses nouvelles demeures, le Musée égyptien de Tahrir préserve toujours d’imposantes collections. Cet impo­sant édifice, vieux de plus d’un siècle, ne perd rien de son charme.
Le lustre éternel du Musée de Tahrir
Nasma Réda07-04-2021

Malgré le transfert de plusieurs colosses du jardin du Musée égyp­tien de la place Tahrir et de la collec­tion de Toutankhamon au Grand Musée égyp­tien (GEM), ainsi que la sortie des momies royales vers leur destination éternelle au Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC), le Musée de Tahrir garde tout son charme et les chefs-d’oeuvre qui y sont exposés éblouissent toujours. « Bien que le Musée égyptien n’ex­pose plus une partie précieuse de son trésor, il garde toujours des pièces principales qui continuent à éblouir et à attirer les passionnés d’art égyptien », souligne Sabah Abdel-Razeq, directrice du musée, émue après le départ de la collection des momies royales conservée depuis plus de 119 ans dans les locaux du musée. Mais, ce qui la soulage, c’est que l’une des deux salles où les momies étaient déposées est déjà réorganisée avec une nouvelle collec­tion qui prend le souffle.

50 sarcophages en bois colorés où figure l’imposant cercueil du grand pharaon Ahmose Ier avec ses décorations magnifique­ment colorées, ainsi que celui d’Ahmose-Méri­tamon de la XVIIIe dynastie, faisant partie d’une exposition intitulée « Les Cachettes : trésors dissimulés ». « Cette collection magni­fique des pièces funéraires a rapidement com­pensé l’absence des momies royales », assure Abdel-Razeq.

Nouvelles pièces et anciennes collections précieuses

Le lustre éternel du Musée de Tahrir
La double statue colossale d’Amenhotep et de son épouse Tiye.

Si l'une des salles des momies a été réaména­gée, celle du jeune Toutankhamon sera elle aussi occupée par une collection distinctive. Il s’agit de la collection dorée de Tanis qui com­prend des masques en or incrustés comme celui de Psousennès Ier, roi de la XXIe dynastie, et de son fils Aménémopé. « Les travaux devraient commencer il y a quelques mois, mais avec la propagation de la pandémie de Covid-19, tout est ralenti », se lamente Naguia Naguib, ancienne conservatrice au Musée égyptien.

Quant à la deuxième salle des momies, elle est encore fermée, mais elle accueillera dans le futur proche une collection riche, celle des portraits funéraires gréco-romains du Fayoum. Cet ensemble d’arts peints sur du bois et atta­chés aux visages des momies avec des bande­lettes remonte du Ier au IVe siècle. Sur les 900 portraits trouvés au Fayoum et à Abydos, seuls 10 % sont conservés en Egypte. Créés comme des portraits du défunt, ils mêlent l’art de l’ère romaine à la tradition funéraire égyptienne, vieille de 2 000 ans. « Ces portraits sont un autre exemple d’art fin qui se révèle au Musée égyptien », dit Naguib.

A part le réaménagement des galeries qui ont été vidées, le musée rassemble toujours la plus importante et la plus majestueuse collection d’art égyptien du monde, depuis le rez-de-chaussée, où se trouvent la stèle de Narmer datée de 3100 av. J.-C., la triade de Mykérinos, la statue en diorite noire du roi Khéphren assis sur son trône, la tête de la reine Hatchepsout, la collection d’Akhénaton et autres, toutes des pièces exceptionnelles qui attirent les regards. « Ce musée de la place Tahrir regroupe tou­jours une collection inédite des trésors égyp­tiens antiques », assure Mahmoud Al-Halwagi, ex-directeur du musée cairote et ex-directeur des musées régionaux. Opinion partagée par Rania Ahmed, responsable des entrepôts des momies. « Le Musée égyptien du Caire conserve dans ses entrepôts une centaine de momies de valeur, comme la momie hurlante découverte en 1881 à Deir Al-Bahari et celle de la nourrice de la reine Hatchepsout, Satrê. On choisit lesquelles exposer selon la théma­tique des expositions temporaires du musée », dit-elle.

A noter que le Musée égyptien du Caire regroupe une riche collection de momies découvertes dans les quatre coins du pays, notamment un certain nombre de momies ani­males. « Le comité chargé du réaménagement de cet édifice a préféré exposer seulement les deux momies de Yoya et Thoya, ancêtres du roi-enfant Toutankhamon, au sein du musée avec toute leur collection, qui compte 214 pièces antiques et exceptionnelles », explique Névine Nizar, assistante du ministre des Antiquités pour la muséologie, notant que quelques pièces de ces trésors, découverts en 1905 dans la Vallée des rois à Louqsor, étaient entassées dans une seule salle. Leur importance et leur beauté étaient ainsi bien cachées. « Bien que la collection de Yoya et Thoya n’appar­tienne ni aux rois ni aux reines, elle est très importante. Découverte à côté des tombeaux royaux, elle est presque intacte et toujours très belle, alors que beaucoup de tombes ont été pillées dans l’antiquité », assure Abdel-Razeq.

Rénovation et réaménagement

Le lustre éternel du Musée de Tahrir
La triade de Mykérinos.

D’ailleurs, cette étape de lifting au sein du Musée égyptien de Tahrir fait partie d’un grand projet de réaménagement signé il y a deux ans avec l’Union européenne, afin de mettre au service du Musée de Tahrir l’expertise des cinq grands musées européens, dont ceux de Turin, du Louvre, le British Museum, le Musée égyp­tien de Berlin et le Musée national des antiqui­tés de Leyde, ainsi que diverses institutions, notamment l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO). « Ces grandes institutions partagent leur expérience et leur savoir-faire dans tous les domaines de la muséographie. Des conseils sont également prodigués concer­nant les nouvelles approches en matière de présentation des collections », souligne la directrice du musée. La salle abritant la collec­tion du roi Akhénaton et celles consacrées aux pièces du Nouvel Empire sont les premiers fruits de cet accord qui va verser un total de 3,1 millions d’euros pour un projet de 7 ans. A part l’assistance des pays de l’Union européenne, les Etats-Unis ont, pour leur part, alloué la somme de 130 000 dollars pour un projet de documen­tation et de restauration de 626 sarcophages en bois coloré découverts dans plus d’une cachette thébaine. « Le don a permis de documenter, photographier et restaurer ces sarcophages avant de les exposer pour que les visiteurs puis­sent contempler à nouveau les trésors et l’art égyptiens », explique Abdel-Razeq.

Plus de fluidité

Malgré la poursuite des travaux de réhabilita­tion, l’afflux des visiteurs continue normale­ment. « Avec le déplacement d’un grand nombre de pièces, la circulation à l’intérieur du musée est devenue plus facile », explique Naguia Naguib. Une remarque appréciée de la part des touristes qui se baladent d’une galerie à une autre accrochant autour de leur cou les nouveaux écouteurs, appliqués il y a des mois par le musée, afin de faciliter les visites sans être gênés des autres voix des guides ou visi­teurs. Il est à noter que suite aux travaux du réaménagement, le Musée égyptien du Caire s’apprête à présenter sa candidature pour son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Le lustre éternel du Musée de Tahrir
Statue de Rahotep et Nefret, l'une des plus célèbres de l’Egypte Ancienne.

Construit dans le style néoclassique par l’architecte français Marcel Dourgnon, le Musée égyptien de la place Tahrir est inauguré en 1902. Considéré comme étant le plus ancien bâtiment au monde entier créé pour être musée, il abrite plus de 160 000 pièces antiques de l’Egypte Ancienne. « L’édifice ainsi que les vitrines sont antiques », affirme Nizar. Selon elle, le Musée de Tahrir ne disparaîtra jamais et restera pour toujours le musée phare des antiquités égyptiennes. « Les entrepôts du musée ne manquent ni de beauté ni d’intérêt. Il ouvre grand ses portes aux étudiants et chercheurs. Ainsi, toutes les initiatives scientifiques d’exploiter cette richesse sont toujours agréées », estime Al-Halwagi, soulignant que ce musée joue depuis longtemps un rôle éducatif et culturel et ouvre ses portes pour les étudiants et les passionnés, ainsi que pour toutes les institutions. Il présente des expositions temporaires qui jettent la lumière sur une partie de l’histoire antique, attirant des passionnées. « Avec le processus de développement complet, le Musée égyptien garde son caractère historique et son identité originale. Bien que les travaux paraissent ralentis, nous développons des espaces d’exposition dans le cadre d’un plan visant à mettre en place une nouvelle vision muséologique dans toutes les salles du musée », conclut Abdel-Razeq.


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