Dossier
Squash : Les Egyptiennes s’emparent des courts


Longtemps monopolisé par les hommes, le squash féminin égyptien domine aujourd'hui le monde.

L’histoire du squash masculin remonte à bien longtemps. Dans les années 1930 déjà, un Egyptien, Abdel-Fattah Amr, remportait une compétition phare, le British Open à six reprises. Depuis, les joueurs égyptiens sont omoniprésents sur la scène mondiale. Les Egyptiens remportent à plusieurs reprises le British Open hommes. Un titre qui équivaut aujourd’hui à celui de champion du monde. Plusieurs joueurs s’illustrent comme Mahmoud Abdel-Kérim, Abdel-Fattah Abou-Taleb et plus tard Gamal Awad.

Le squash féminin, lui, vivait dans l’ombre. Et les seules gloires féminines étaient confinées au championnat national et au championnat universitaire. « A l’époque, les tournois universitaires avaient une très grande importance », note Dr Samiha Aboul-Magd, l’une des pionnières du squash en Egypte, avec d’autres joueuses de la fin des années 1970 et 1980 comme Nadia Al-Mestekawi et Dina Khayat. Durant les années 1960, on assiste à plusieurs essais par des joueuses égyptiennes telles Samia Askar et Madiha Aboul-Fotouh. Mais les familles de ces joueuses, à l’instar de Samiha Aboul-Magd, accordaient 80 % de leur attention à l’éducation et 20 % au sport. A un moment donné, elles arrêtaient complètement le sport et se consacraient à l’éducation et au mariage.

Vient ensuite la génération des années 1980 avec des joueuses comme Ghada Al-Ganzouri, Rania Chérif Bayoumi et Rim Chohdi, qui ont été victimes de la même mentalité. A l’époque, les parents refusaient aussi de laisser leurs filles partir à l’étranger. Une situation qui a mis le squash féminin égyptien loin du monde. Toutefois, à la fin des années 1980, une équipe féminine égyptienne part en Malaisie sous la direction de la Fédération égyptienne pour disputer les Championnats du monde par équipes.

Mais cette étape n’était pas suffisante pour que le squash féminin égyptien puisse conquérir le circuit international étant donné que les mentalités n’avaient pas beaucoup changé. Les parents refusaient toujours de faire participer leurs filles à des tournois individuels à l’étranger.

L’élan des années 1990

Les choses n’ont commencé à changer que durant les années 1990 lorsqu’une nouvelle génération commence à apparaître. Il s’agit de Salma Chabana, Maha Zein et May Hégazi qui voulaient mener le squash féminin vers de nouveaux horizons. Les joueuses de cette génération sont parties disputer des Opens internationaux et ont inscrit leurs noms à la WISPA (Association internationale des joueuses professionnelles de squash). Ces joueuses ont commencé à intégrer le classement mondial et à faire de bons résultats aux différents tournois. « On terminait en quarts de finale et en demi-finales des grands tournois. On participait aux Championnats du monde mixtes et aux Jeux méditerranéens mixtes. Mais la vraie naissance du squash féminin était en 1993 aux Championnats du monde dames, où on a terminé à la 3e place », raconte Salma Chabana.

Il en est de même pour les joueuses juniors de cette génération qui ont commencé à remporter des titres importants en circuit comme le British Open dans les catégories cadettes et juniors. Au bout de quelques années, et précisément en 1999, cette génération a pu arracher le premier titre mondial en squash : celui de championnes du monde juniors par équipe. « C’était une grande victoire pour le squash égyptien. Enfin, les Egyptiennes ont pu s’illustrer », dit Iman Al-Amir, championne du monde junior avec Omniya Abdel-Qawi, Inji Khaïrallah et Nesrine Nachaat. Selon Amir Waguih, ex-directeur technique des sélections égyptiennes, les juniors, après ce succès, ont pris confiance en leurs capacités. Elles ont commencé à dominer les compétitions mondiales juniors.

La joueuse qui a vraiment bouleversé le squash égyptien était la jeune Omniya Abdel-Qawi, qui a remporté le titre de championne du monde junior individuel en 2003. Idem pour Ranim Al-Wélili, qui a fait une première en remportant ce même titre deux fois successives, en 2006 et 2007. Et les exploits continuent à s’enchaîner. Nour Al-Cherbini a elle aussi remporté ce titre trois fois en 2008, 2012 et 2013, sans compter d’autres Egyptiennes qui ont décroché des places sur le podium.

Outre les Championnats du monde juniors, les Egyptiennes ont commencé à améliorer leurs classements mondiaux (WISPA). Omniya Abdel-Qawi était la première Egyptienne dans l’histoire du squash à intégrer le top 5 du classement mondial au début des années 2000. « En Egypte, Omniya Abdel-Qawi était connue comme étant la Barrada des filles. C’est elle qui a ouvert le chemin aux joueuses égyptiennes pour réaliser des victoires, à l’instar de l’ex-champion d’Egypte Ahmad Barrada chez les hommes. A mon avis, les Egyptiennes cherchaient tout le temps un modèle à suivre », renchérit Amir Waguih.

Depuis, le squash égyptien féminin passe de succès en succès et domine sur la scène mondiale. Désormais, il y a 4 joueuses égyptiennes dans le top 10, soit plus que dans n'importe quel autre pays. A commencer par la championne du monde Nour Al-Cherbini qui trône sur le classement mondial. Ranim Al-Wélili occupe la troisième place du classement, Nourhan Gohar la cinquième et Omnya Abdel-Qawi la septième. En fait, le titre de championne du monde individuels de Cherbini obtenu cette année était un grand succès non seulement pour elle, mais pour toutes les sportives égyptiennes. « Je suis vraiment ravie d’être la première Egyptienne à arracher le titre de championne du monde de squash. Mon nom sera gravé pour toujours dans la mémoire du squash », affirme Al-Cherbini. Le squash est un sport qui a beaucoup donné à l’Egypte et spécialement au sport féminin. Une histoire qui mérite d’être racontée à toutes les générations.

 


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