Semaine du 9 au 15 octobre 2013 - Numéro 995
Fantasmes féminins
  L’oeuvre de Riham ElSadany séduit grâce à l’originalité de ses sujets, la vivacité de ses couleurs et sa composition picturale.
Riham ElSadany
Bélier ou Balance ? Suis toutes les femmes.
Névine Lameï09-10-2013

Spontanéité de Picasso, créativité de Dali, vivacité des couleurs chez Frida Kahlo, illusions d’optique d’Escher … C’est dans ces styles multiples que puise l’artiste-peintre Riham ElSadany, au profit de son monde très particulier, de Mixed Media. Elle présente ainsi sa « fantaisie dramatique » à la galerie Artalks. Il s’agit d’un monde figuratif assez émotionnel qui, sous le titre de Fantasmagorie, étudie de près la psychologie des protagonistes femmes. Celles-ci sont présentes, dans leurs différents états d’âme. « Fantasmagorie est votre monde, le monde où je me retrouve en tant qu’être humain, en tant que femme universelle », déclare l’artiste.

Engagement ou émancipation ? « Ni l’un, ni l’autre. Peindre une femme, cela n’a rien à voir avec le féminisme au sens traditionnel. Je peins la femme car elle m’offre moult astuces. Ce qui m’intéresse c’est le comportement de mes protagonistes, leur complexité », ajoute ElSadany, qui a obtenu en 2013 un doctorat en philosophie de l’art.

D’ailleurs, toutes ses peintures sont imprégnées de couleurs vivantes, inspirées de son idole mexicaine, Frida Kahlo. « Anticonformiste en peinture, comme en amour, Kahlo était une artiste inclassable, séduisante et séductrice au-delà des blessures et des infirmités. Son credo, Viva la vida, l’a accompagnée jusqu’à sa mort. Elle embrassait la culture mexicaine grâce à un symbolisme dramatique », souligne ElSadany.

Avec la même vivacité, Riham ElSadany taille 3 grands portraits réciproques de femmes à la tête dorée et ornée de deux cornes. L’artiste exprime, avec force, un monde à la fois « cruel et ironique ». « Les femmes taureaux véhiculent une sensualité vitale et érotique. En dépit de leur forme animale ou diabolique, mes protagonistes sont très féminines », dit ElSadany, laquelle ressuscitent les mythes et les rapports à l’animalité. « La thérianthropie est le processus selon lequel un être humain se transforme en animal. Elle puise ses racines dans les anciens dessins des grottes préhistoriques. Récemment, la thérianthropie est devenue un thème populaire dans les études de la sous-culture », indique ElSadany.

Une femme est peinte en grand format, les larmes aux yeux, comme un gratte-ciel. Chaque femme possède une arme de combat. L’arme de cette dernière « noyée » dans ses peines, est sa faiblesse. « La plupart de mes protagonistes portent un air d’aristocrate, loin de tout cliché. Elles sont fines, vivant à l’écart de la société. Néanmoins, elles ne tardent pas à changer leur comportement, afin de prouver leur présence », ajoute-t-elle.

Une noblesse tout à fait naturelle ? ElSadany s’inspire du peintre italien Modigliani, notamment ses formes humaines étirées. Celles-ci côtoient d’autres voluptueuses dans le style de l’aquarelliste colombien Fernando Botero.

Sur d’autres peintures, les femmes paraissent comme enfermées, pas du tout à l’aise. D’où leur côté déformé, musclé et encombrant. C’est le cas de la toile Trois filles orientales à Paris. « A l’allure moderne, ces filles n’ont pas la même liberté qu’une Parisienne. Elles font de la musculation pour compenser leurs carences », souligne-t-elle.

La plupart des portraits sont en bleu-gris, rappelant la période bleue de Picasso. « J’admire chez Picasso l’usage des idéogrammes, des signes et les giclées de peintures », dit-elle, avec le sourire.

Du coup, Riham ElSadany dépeint des oeuvres riches en codes et en histoires, oscillant entre réalité et fantasme. Elle a recours à l’illusion optique, à l’instar du peintre hollandais Escher. « Ce jeu de perspective incohérente aiguise l’imagination pour déchiffrer les codes », conclut ElSadany.

Jusqu’au 22 octobre, de 11h à 20h (sauf le vendredi). 8, rue Al-Kamel Mohamad, Zamalek. Tél. : 0100 3838 500.

Pédagogie de l’art

Fondée en 2012 par la collectionneuse d’art Faten Moustapha, la galerie Artalks a l’ambition de faire office d’une plateforme pédagogique de recherche artistique. La propriétaire s’engage à protéger la créativité, mettant en avant les oeuvres des jeunes artistes égyptiens contemporains et ceux du Moyen-Orient. Outre les expositions, elle organise de temps à autre des séminaires artistiques. Une partie des revenus est réinvestie dans un fonds « Hassala », dont le nom signifie littéralement « tirelire ». Son objectif est de publier des ouvrages élaborés par des artistes jeunes et moins jeunes.




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