Semaine du 12 au 18 juin 2013 - Numéro 978
La démolition de la culture
Mohamed Salmawy12-06-2013
 
 

Il est erroné de croire que la grogne des intellectuels contre le nouveau ministre de la Culture s’explique par ses appartenances politiques, qui n’ont pas encore été révélées au grand jour. Malgré la position des Frères envers la culture et leur hostilité cachée vis-à-vis des arts et des lettres, il faut admettre que chaque faction au pouvoir a le droit de faire accéder ses fidèles à la gestion des affaires du pays et à l’application de ses politiques.

Un regard dans le passé sur l’expérience de la Révolution de Juillet nous permet de mieux lire l’Histoire. Nous voyons bien qu’après une courte période, au cours de laquelle Fathi Radwan a été responsable de la culture, ce sont les militaires, les acteurs de la Révolution, qui ont pris les rênes du pouvoir en Egypte. Le Haut conseil parrainant les arts et les lettres est devenu le ministère de la Culture, pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte, et Dr Tharwat Okacha, un militaire, est devenu chargé du ministère.

Mais la différence essentielle entre l’expérience de Juillet et l’expérience des Frères n’est pas que la première a fait accéder les siens et l’autre non, mais que l’une est venue pour édifier et l’autre, aux yeux des intellectuels, est venue détruire. La Révolution de Juillet avait réalisé que l’édifice culturel devait s’élever sur des bases qui étaient déjà conçues. Alors que les décisions du ministre actuel de la Culture sont négatives. Il a limogé un nombre de responsables d’activités culturelles au sein du ministère, et à l’Opéra, dans les arts plastiques et dans la publication.

La Révolution de Juillet a honoré tous les symboles culturels, depuis Tewfiq Al-Hakim, jusqu’à Oum Kalsoum, en passant par Taha Hussein et Abdel-Wahab, bien qu’ils aient été tous le fruit de la société l’ayant précédée. Ainsi, Tewfiq Al-Hakim a été baptisé le premier écrivain d’Egypte, a accumulé les titres et son nom a été donné à l’un des plus grands théâtres de l’Etat. Abdel-Nasser avait défendu Oum Kalsoum contre ceux qui ont voulu interdire la diffusion de ses chansons à la radio, parce qu’elle faisait partie, selon eux, de « l’ère révolue ». Il a alors contribué à faire d’Oum Kalsoum la voix n°1 de la Révolution.

La Révolution, en prenant dans son étreinte la culture, a pu élever et promouvoir tout l’édifice culturel. Elle a alors donné naissance à toute une génération d’intellectuels, depuis Youssef Idriss et Noaman Achour, jusqu’à Abdel-Halim Hafez, Salah Abou-Seif, Salah Abdel-Sabour, Salah Jahin, Hamed Ouess et Gazibiya Serry.

La Révolution de Juillet avait pour mission essentielle de promouvoir les arts et les lettres. Elle a mis en place diverses institutions culturelles, telles que l’Académie des arts et de la culture, la Maison du livre des documents nationaux, l’Orchestre symphonique et autres que nous n’avons pas la place d’évoquer dans cet article. Elle a honoré les artistes et les hommes de lettres, abstraction faite des appartenances politiques. Elle a alors décerné le titre de l’artiste du peuple à Youssef Wahbi, comme à Oum Kalsoum.

Telle est la cause de la construction de la culture, alors que nous sommes en ce moment les témoins de sa démolition.



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