Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Anhar Hegazi : « Le gouvernement se trouve forcé de couper le courant »
  Alors que la crise sévit dans le pays, Dr Anhar Hegazi, directrice de l’Unité de ratio­nalisation de l’éner­gie au Centre d’in­formation dépen­dant du Conseil des ministres, s’exprime sur les actions pour en venir à bout.
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Dalia Abdel-Salam01-05-2013

Al-Ahram Hebdo : Avec la différence entre produc­tion et consommation, les responsables avertis­sent que les coupures d’électricité seront fréquentes cet été. Est-ce inévitable ?

Anhar Hegazi : Les ressources énergétiques en Egypte ne comblent pas les besoins du pays pour son développement. Depuis 2007, il existe une grande différence entre les besoins actuels et les ressources disponibles. La rationalisation de la consommation est donc indispen­sable. C’est pourquoi le Centre d’information et de soutien à la prise de décision a formé en 2009 une unité pour la rationalisation de l’énergie dans le cadre du Programme de la gestion du risque du changement climatique (Climate Change Risk Managment Program). L’objectif de l’unité est la coordina­tion entre les différents secteurs énergétiques ainsi que la promotion des énergies renouvelables. Il faut rationaliser la consommation et améliorer les compétences aux niveaux de la production et de la consommation.

— Faut-il vraiment en Egypte une unité centrale de rationalisa­tion de l’énergie ?

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— En ce qui concerne la rationa­lisation, les besoins de chaque sec­teur diffèrent. C’est pourquoi, l’Unité de rationalisation de l’éner­gie a commencé à former des sous-unités dans les différents ministères. Leur rôle est d’étudier la situation et d’identifier les indicateurs-clés de la consommation, la façon de ratio­naliser et les priorités d’exécution. Tout cela en coordination avec l’unité principale. Cette dernière devra apporter une assistance tech­nique aux personnels des sous-uni­tés afin qu’ils soient capables de nous fournir des données précises qui aideront à atteindre une pers­pective nationale appropriée.

— Vous percevez la crise de l’énergie comme une chance. Expliquez-nous …

— Nous avons toujours appelé à la rationalisation, mais tout le monde faisait la sourde oreille car il n’y avait pas de crise. Aujourd’hui, la crise poussera à utiliser des sys­tèmes de rationalisation et à se pen­cher vers les énergies renouve­lables. Je me rappelle que dans les années 1980, nous avons importé 1 000 chauffe-eau solaires et nous les avons distribués dans différentes régions afin d'évaluer leur perfor­mance dans différentes conditions. Mais l’expérience n’a pas duré. Aujourd’hui, une initiative iden­tique peut aider à réduire le déficit énergétique. Car le plan national de rationalisation de l’énergie, annon­cé en 2012, vise à promouvoir les chauffe-eau solaires, l’énergie éolienne et les cellules photovol­taïques pour produire de l’électrici­té, tout en améliorant la perfor­mance du réseau électrique.

— Le gouvernement actuel est-il vraiment capable de surmonter la crise ?

— Le gouvernement actuel ne peut pas régler le problème de l’énergie du jour au lendemain car il lui faut du temps et de l’argent. Les politiques de rationalisation doivent commencer le plus tôt possible, sinon le déficit énergétique ira cres­cendo. Nous devons nous concen­trer sur la rationalisation dans les secteurs de l’industrie et du trans­port, tout en poursuivant les efforts dans le secteur domestique qui reste le plus grand consommateur d’élec­tricité, avec 42,3 % de la consom­mation totale. Le gouvernement se trouvant ainsi forcé de couper le courant, le citoyen n’a donc qu’à rationaliser la consommation afin de raccourcir les durées des cou­pures.

— Que peut faire votre unité pour raccourcir la durée des cou­pures d’électricité ?

— Dans les trois bâtiments du Centre d’information et de soutien à la prise de décision, nous avons mis des ampoules à basse consomma­tion. L’investissement dans ce pro­jet sera amorti en moins de 3 ans car cela nous fera économiser 49 000 L.E. sur la facture d’électricité. De plus, le Centre d’information, en coopération avec le ministère de l’Electricité et celui des Waqfs, pro­cède à l’installation de systèmes d’éclairage économiques dans les mosquées. Cela permettra beaucoup d’économies car les mosquées sont au nombre de 110 000 liées au ministère des Waqfs, outre 30 000 autres indépendantes. Il suffit de savoir qu’une grande mosquée uti­lise au mois du Ramadan 10 fois plus d’électricité que les autres mois de l’année. Les responsables se sont montrés coopératifs et ont envoyé une note à toutes les mos­quées pour les encourager à rationa­liser l’eau et l’électricité, et ont fixé des étapes précises pour cela. Entre-temps, l’unité attend la carte des mosquées d’Egypte qui indiquera leur volume et leur répartition géo­graphique. Il est à noter que la fon­dation Masr Al-Kheir s’est montrée intéressée à financer partiellement ce projet. De même, l’unité planifie actuellement l’organisation d’ate­liers pour sensibiliser les imams des mosquées et les femmes afin de les entraîner aux différents gestes de rationalisation.

— On ne pourra pas éviter les coupures d’électricité. Mais com­ment éviter que cela porte préju­dice aux commerces ?

— La solution la plus pratique pour les grands consommateurs et les commerçants qui en ont les moyens est d’avoir une unité solaire photovoltaïque qui leur produit de l’électricité dans le cas de coupures du courant. Aujourd’hui, cette solu­tion est moins coûteuse. Pour avoir chez soi une unité qui produit de 600 à 1 000 W, le coût est entre 15 et 20 000 L.E. Désormais, les éner­gies renouvelables sont indispen­sables .




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