Semaine du 1 au 7 mai 2013 - Numéro 972
Antiquités: Sous la menace de l'érosion
  Les fondations de la citadelle Qaïtbay sur la corniche d’Alexandrie sont menacées par l’érosion. Un projet de remise en état des fondations avait été lancé il y a quelques années, mais a été interrompu faute de budget.
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L'allée de la citadelle, noyée aux temps des tempêtes et pluies hivernales, est l'exemple de plusieurs sites archéologiques. (Photos : Gamal Saeid)
Doaa Elhami01-05-2013

Chaque année en hiver, l’allée de la citadelle Qaïtbay, bâtie vers la fin de l’époque mamelouke en 882 de l’hégire (1477 J.-C.), est envahie par les eaux de la Méditerranée. Toute la corniche de Gomrok, quartier où est située la citadelle, est noyée par la montée des vagues due à la nawwa (tempêtes et pluies hivernales). Résultat : les édifices situés sur cette corniche sont bouffés par l’érosion. « C’est ainsi que la citadelle Qaïtbay est chaque année endommagée. Certaines fondations de la citadelle sont totalement abîmées », explique Wahid Ibrahim, directeur général des Antiquités coptes et islamiques d’Alexandrie. Un projet visant à restaurer la citadelle avait déjà été lancé il y a quelques années, par le Conseil suprême des antiquités et l’Organisme de la protection des côtes. Mais ce projet fut arrêté faute de financement.

Vers la fin des années 1990, le département des Antiquités submergées d’Alexandrie et l’Organisme de la protection des côtes ont découvert que le flanc de la citadelle, exposé aux violentes vagues, a été abîmé. Des études préliminaires avaient été alors effectuées pour mesurer la force des courants maritimes, ainsi que la vitesse des vagues et leur influence sur les fondations de la citadelle. « Des blocs de béton ont alors été installés sur le flanc sud pour contrer les vagues. Il s’agit de 7 blocs de 4 mètres de largeur et plus de 5 mètres de hauteur », se souvient Wahid Ibrahim. Ces blocs de béton couvrent aussi le côté est de la citadelle, inspecté une seule fois, en 2006. Depuis, aucune inspection n’a été faite. Aujourd’hui, le flanc ouest est sous protection. Mais le côté nord et celui sud-est sont confrontés à l’érosion.

D’après le directeur du département des projets, Chérif Héféna, il est nécessaire d’entourer la citadelle de blocs de béton qui serviraient de barrières contre les vagues. « Mais pour exécuter ce projet, nous avons besoin de 200 millions de L.E. Difficile d’obtenir cette somme », explique Héféna.

Le littoral de la Méditerranée a été transformé ces dernières années, avec l’installation des blocs de béton à certains endroits. « Les changements climatiques ont changé la nature de la côte de la Méditerranée. Les vagues sont plus rapides, plus hautes et plus fortes qu’auparavant », renchérit Héféna. La protection de la citadelle et de ses fondations exige une coopération entre les ministères des Affaires des Antiquités, de l’Environnement, l’Organisme de la protection des côtes et d’autres instances.

Wahid Ibrahim explique que des antiquités se trouvent sous l’eau, sur le côté sud-est de la citadelle, qui est considéré comme étant le plus endommagé de la citadelle. « Il est impossible de poser des blocs de béton sur ce côté, car cela risque d’endommager ces antiquités. Ces blocs pourraient entraver des éventuelles opérations de repêchage », dit-il.

Une solution provisoire pour les archéologues pourrait consister à restaurer et fortifier les fondations de ce côté, afin de consolider la citadelle. Préserver la citadelle des courants maritimes et des vagues sans abîmer les monuments submergés est désormais un objectif majeur.

En détail

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Bâtie par le sultan mamelouk Achraf Qaïtbay en 882 de l’hégire (1477 J.-C.), la citadelle Qaïtbay sur la corniche d’Alexandrie a protégé les frontières nord des invasions étrangères durant plusieurs siècles. « Le sultan avait décidé de construire sa citadelle au même endroit fameux Phare d’Alexandrie, l’une des sept merveilles du monde ancien », explique Wahid Ibrahim, directeur général des Antiquités coptes et islamiques à Alexandrie.

Pour lui, cet emplacement marque les frontières de l’ancienne ville d’Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand. A l’origine, la citadelle s’étalait sur 17 550 m2. Un nombre considérable de murailles avait été dressé afin de la fortifier et de lui assurer son rôle militaire.

Le côté est de la muraille extérieure donne directement sur la Méditerranée. Les côtés ouest et sud de la muraille sont surmontés de 3 tours cylindriques. La citadelle comprend un nombre considérable de locaux destinés à l’usage des soldats qui y vivaient de manière permanente. De cet emplacement, les militaires pouvaient contrôler toute la ville. Quant à la tour principale, il s’agit d’un édifice composé de 3 étages de forme carrée. Chaque angle est surmonté d’une tour cylindrique.

En dates

1477 : Début des travaux.

1479 : Fin de l’édification.

1517-1798 : Les Ottomans repoussent les invasions maritimes venant du nord.

1798 : Napoléon Bonaparte et ses troupes prennent la citadelle.

1805 : Fortification de la citadelle et rénovation de ses tours par Mohamad Ali pacha. Elle retrouve son rôle protecteur.

1882 : Occupation anglaise. La citadelle est endommagée par les Anglais lors de leur arrivée.

1904 : Restauration et rénovation de la citadelle par le Comité de préservation des antiquités arabes, en se basant sur les études publiées dans La Description de l’Egypte.

Les plus importantes tempêtes

La côte nord égyptienne est connue par ses tempêtes et pluies hivernales. Celles-ci sont au nombre de 18. Leurs dates sont connues au préalable et elles sont en majorité reliées au calendrier de l’Egypte Ancienne.

Parmi les plus importantes tempêtes ou nawwa, en arabe :

— Entre le 31 décembre et le 2 janvier : tempête Ras essana (début de l’année) qui dure 4 jours pluvieux, accompagnée de vent venant de l’ouest.

— Le 12 janvier : tempête d'Al-Faïdha Al-Kabira (la grande inondation) qui dure en fait 6 jours, pendant lesquels la ville d’Alexandrie est envahie par d’énormes pluies.

— Il y a aussi la tempête de l’Epiphanie selon le calendrie oriental, aux environs du 18-19 janvier.

— La tempête de Noël, quant à elle, commence entre le 25-28 décembre et se termine deux jours après.

Notons que pendant ces tempêtes pluviales, les ports de la ville sont fermés et la pêche est défendue.




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