Semaine du 27 mars au 2 avril 2013 - Numéro 967
Politique : La polarisation se durcit en Egypte
  Les affrontements de vendredi entre pro et anti-Frères musulmans à Moqattam ont un peu plus éloigné la possibilité d’un dialogue national. La confrérie et le FNS se rejettent tous deux la responsabilité des combats.
Politique
Un dialogue entre la confrérie et le FNS sera difficile après les derniers affrontements. (Photo: Mohamad Moustapha)
Ola Hamdi27-03-2013

L’opposition et la presse ont vivement réagi lundi 25 au discours du président Mohamad Morsi, la veille, menaçant de prendre des mesures contre les hommes politiques qui seraient responsables des affrontements sanglants qui ont eu lieu vendredi 22 à Moqattam, aux abords du siège des Frères musulmans.

Bien que les propos du président aient été mesurés et qu’il n’ait stigmatisé ni parti ni indi­vidu en particulier, l’opposition, la presse et de nombreux activistes estiment que ce discours annonce des mesures d’exception dirigées uni­quement contre les forces d’opposition. Le pro­blème sous-jacent à ces levées de boucliers des islamistes et des forces d’opposition, c’est l’abandon de toute tentative de dialogue natio­nal. « Si les enquêtes prouvent que certains hommes politiques sont impliqués, des mesures nécessaires seront prises contre eux, quel que soit leur niveau », a déclaré Morsi. « Si je dois faire ce qu’il faut pour protéger ce pays, je le ferai et je crains d’avoir à le faire bientôt », a-t-il prévenu, ajoutant qu’il « couperait les doigts » des fautifs.

Il s’en est pris à « ceux qui voudraient montrer que l’Etat est faible, alors qu’il est clair que les institutions de l’Etat fonctionnent et sont capables de s’occuper des hors-la-loi ». Il a clairement mis en garde les politiciens qui s’avi­seraient de couvrir des actes de violences et de vandalisme, assurant que « tout le monde sera traité à la même enseigne : opposant ou parti­san, homme politique ou membre des forces de l’ordre ». Il a ajouté que « si le droit de manifes­ter pacifiquement est acquis, ce qui se passe aujourd’hui n’a rien à voir avec la révolution ».

Le PLJ en appelle à Dieu

Mais les déclarations de cadres du Parti Liberté et justice (PLJ) et de la confrérie elle-même ne témoignent pas de la même mesure.

Le vice-président du PLJ, Essam Al-Erian, a déclaré : « Les affrontements ne sont pas une préoccupation, en dépit de ma tristesse vis-à-vis des blessés. Les manifestants perdent leur temps ». Il a rappelé que « l’appel universel humanitaire et divin » lancé par les Frères musulmans a survécu à 3 rois et 4 présidents, « et tant qu’ils restent fidèles à leurs principes, Dieu se tiendra aux côtés des Frères aujourd’hui pour faire face à ces nouveaux défis ».

Par ailleurs, le secrétaire général de la confré­rie, Mahmoud Hussein, a déclaré que « ceux qui se disent révolutionnaires et activistes et n’ont en réalité pour seul but que de forcer les Frères à utiliser la violence et d’entraîner le pays vers la guerre civile ».

Les forces politiques organisées de l’opposi­tion, et nommément le Front National du Salut (FNS), sont accusées d’être à l’origine des affrontements de vendredi, voire même d’en être les auteurs. Dans les faits, Talaat Abdallah, le procureur général, a ordonné une enquête contre 14 personnalités politiques de l’opposi­tion, y compris Hamdine Sabbahi et Mohamed ElBaradei, pour incitation à la violence contre les Frères musulmans, suite à une plainte portée par des avocats de la confrérie.

D’ailleurs, Khaled Al-Masri, membre du Front salafiste de la conscience, a également déposé une plainte pour incitation à la violence contre une cinquantaine d’activistes, journa­listes et membres de l’opposition. Ces déclara­tions compromettent encore plus la possibilité d’un dialogue politique national demandé depuis des mois. L’initiative du parti Al-Nour, dernière en date d’une longue série d’échecs, avait pour­tant potentiellement réussi à enfin amener toutes les formations politiques, y compris le PLJ et le FNS, à entamer un dialogue.

Elle a volé en éclats immédiatement après les affrontements, Al-Nour se faisant l’écho des accusations d’incitation à la violence portées contre le FNS. « Le FNS doit déclarer sa posi­tion explicitement sur ceux qui ont été impliqués dans ce tragique incident », déclarait Younès Makhyoun, président d’Al-Nour. Il ajoutait que le dialogue national pourrait se passer du FNS et de ses initiatives si besoin était. Al-Wassat, parti islamiste modéré, s’est situé sur cette même ligne. Ces deux partis, comme tous les autres, réaffirment cependant que seul un dialogue national permettra d’éviter le pire.

Le FNS attribue les violences et cet échec à l’absence de l’Etat de droit : une situation qui laisse les citoyens face à eux-mêmes et les pousse à toutes les extrémités. « Les menaces de Morsi entérinent la mort de l’Etat de droit. Il fait la démonstration qu’il est le président des Frères musulmans seulement, en se hâtant de nous menacer au lieu de s’occuper de cette situation qui menace toute l’Egypte », déclarait Khaled Daoud, porte-parole du FNS. « Le prési­dent Morsi s’active dès que les Frères musul­mans sont sous pression, mais ne fait jamais rien quand ce sont ses partisans qui attaquent des opposants », renchérissait Abdel-Ghaffar Chokr, l’un des dirigeants du FNS. « J’attends du parti Al-Nour qu’il vérifie ses informations et s’entretienne avec les dirigeants du Front au lieu de s’appuyer sur des fausses accusations. Nous sommes contre tous les genres de vio­lence », ajoutait Wahid Abdel-Méguid, membre du FNS. Le FNS a cependant réaffirmé son engagement pour un dialogue national qu’il considère absolument nécessaire, en tentant d’organiser une table ronde, qui est restée lettre morte.

La confrérie, via son secrétaire général Mahmoud Hussein, a assuré cependant qu’il rejetterait toute forme de dialogue avec les partis qui ont appelé et participé à ce « Vendredi pour restaurer la dignité ».




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