Semaine du 20 au 26 mars 2013 - Numéro 966
Endettement extérieur : Les sévères exigences du FMI
  La visite au Caire d’une délégation du Fonds Monétaire International (FMI) relance le débat sur le programme de réforme égyptien.
Endettement
Les mesures exigées par le FMI augmenteraient le taux de pauvreté en Egypte. (Photo: AP)
Salma Hussein20-03-2013

Pour obtenir le prêt de 4,8 milliards de dol­lars du FMI, le gou­vernement égyptien doit résoudre une équation diffi­cile. Il doit entreprendre des réformes suffisamment strictes pour faire plaisir au FMI, mais suffisamment clémentes pour ne pas mécontenter la population. La visite dimanche au Caire du directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l’Asie cen­trale, Massoud Ahmed, pour reprendre les négociations sur le prêt a compliqué la tâche pour le gouvernement Qandil.

Cette visite intervient après que le gouvernement égyptien eut laissé entendre que son pro­gramme de réformes, modifié récemment pour pallier les demandes du FMI, ne satisfai­sait pas le créditeur mondial.

Le FMI critique, en effet, la lenteur du programme de réforme gouvernemental qui vise à baisser le déficit budgé­taire en réduisant les subven­tions à l’énergie. Cette mesure ne commencera pas avant octobre prochain et ne sera plei­nement effective qu’en 2014. De plus, le gouvernement ne va pas réduire le déficit à 8,5 % comme le veut le FMI, mais plutôt à 9,5 %. Une baisse jugée trop faible par le FMI. Le premier ministre Hicham Qandil a déclaré aux journalistes que « les mesures d’austérité doi­vent être graduelles pour ne pas porter atteinte aux Egyptiens ».

Au cours de sa visite au Caire, Massoud Ahmed a rencontré outre le premier ministre, le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), Hicham Ramez, le ministre des Finances, Al-Morsi Hégazy, et le ministre de la Planification, Achraf Al-Arabi. Massoud a quali­fié de « constructives et utiles » les discussions qu’il a eues avec le chef du gouvernement et le groupe économique. Il a appelé le gouver­nement « à faire progresser son programme de réformes pour faire face aux défis économiques ». Massoud a salué la « détermination du gouvernement égyptien à ce que les considérations sociales soient prises en compte dans ce pro­gramme de réformes ». Des propos diplomatiques qui, toutefois, cachent mal le différend entre le FMI et le gouvernement égyptien.

Le gouvernement avait annoncé il y a 2 semaines une version modi­fiée de son programme de réforme que le FMI a refusé. L’institution internationale a proposé à l’Egypte un prêt d’urgence de 750 millions de dollars dans l’attente qu’un accord soit conclu. Le FMI reproche au gouvernement d’avoir reporté les mesures les plus impo­pulaires, celles qui mèneraient à des coupes importantes dans les dépenses publiques. Le gouverne­ment, à son tour, a refusé l’offre du FMI. Le ministre des Finances a déclaré que cette aide serait trop coûteuse comparée à ses bénéfices, sans donner plus de détails. Une source officielle a cependant décla­ré à l’Hebdo, sous couvert d’ano­nymat, que cette aide urgente don­nerait un mauvais indice sur la situation économique du pays. « L’Egypte préfère s’en passer », affirme la source.

« Réforme d’une importance primordiale »

Malgré ces difficultés, le gouverne­ment veut conclure rapidement l’ac­cord avec le FMI. « Cette réforme est d’une importance primordiale. C’est une feuille de route qu’il faut suivre pour atteindre la stabilité monétaire et financière et pour lutter contre l’inflation », avait confié à l’Hebdo le ministre de la Planification, Achraf Al-Arabi, avant la visite. Et d’ajou­ter : « Nous avons besoin de ce prêt pour sortir de la crise économique. Cette somme nous aidera à rétablir la confiance dans l’économie égyp­tienne et à faire revenir les investisse­ments étrangers. Je m’attends à ce que les négociations avec le FMI soient difficiles, mais je reste opti­miste ».

Parmi les mesures récemment évoquées, le fait de relever de 9 000 à 12 000 L.E. le plafond de l’exonération d’impôts sur le revenu, une décision qui attend l’approbation du Conseil consul­tatif, et l’augmentation des tarifs douaniers sur les produits de luxe ainsi que les taxes sur les alcools, les cigarettes, l’acier et le ciment, et autres. Outre ces mesures, le gouvernement entend augmenter les prix du carburant, de l’essence et du gasoil, ce qui entraînerait une hausse des prix. Selon les calculs du Centre égyptien pour les études économiques (en 2009), une suppression totale des sub­ventions sur le carburant entraî­nerait une hausse de 50 % du taux d’inflation. « Aucun gou­vernement précédent — même sous Moubarak — n’a eu le cou­rage de prendre une mesure aussi stricte », commente la source officielle sous couvert d’anonymat. Une forte hausse des prix signifierait plus d’Egyp­tiens en dessous du seuil de pauvreté. Il est fort douteux que les compensations payées par le gouvernement à la population puis­sent sauver ces populations pauvres, étant donné que 20 % des Egyptiens vivent déjà dans la précarité, gagnant à peine plus d’un dollar par jour.

Pire, une hausse de l’inflation se traduirait directement par des émeutes sociales et davantage de violence. Pour le moment, le gou­vernement estime qu’il est dos au mur sans alternatives à l’endette­ment extérieur. « Soyons francs, nous ne sommes pas des magiciens pour trouver des solutions miracle à la crise actuelle », conclut Al-Arabi .



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