Semaine du 20 au 26 mars 2013 - Numéro 966
Aide économique: Le respect des citoyens d’abord
  L’Europe et les Etats-Unis viennent d’envisager sérieusement cette semaine de conditionner leur soutien à l’Egypte à des progrès en matière de droits de l’homme.
Le respect
Catherine Ashton, haute représentante de l'UE, est attendue en Egypte le 6 avril. (Photos: Reuters)
Caroline Odoz20-03-2013

A l’issue d’une séance plénière alarmiste, le Parlement européen a adopté, le 14 mars, une résolution tranchée sur l’aide financière européenne à l’Egypte. Cette aide de 5 milliards d’euros avait été promise suite à la révolution du 25 janvier 2011. Elle est maintenant officiellement conditionnée à l’accomplissement de progrès significatifs en matière de droits de l’homme, de démocratie et de primauté du droit.

Rappelant que la société civile, les droits des femmes et les droits des minorités doivent être l’objectif premier de l’aide de l’Union Européenne (UE), le Parlement européen demande également un moratoire sur les condamnations à mort, l’abolition de toutes les lois qui permettent le recours illimité à la violence par les forces de l’ordre contre des civils et la mise en place d’un processus politique inclusif avant la tenue d’élections.

Dépêché à Berlin, le conseiller du président Morsi pour les affaires étrangères, Essam Al-Haddad, s’est exprimé samedi lors d’une séance consacrée aux révolutions du Printemps arabe, accueillie par le Parlement allemand pour expliquer les « réalisations » du régime en matière de démocratisation et de réforme. « La séparation des pouvoirs militaire et civil, les élections présidentielles et la nouvelle Constitution sont des jalons sur le chemin de la transformation démocratique », a-t-il affirmé. Evoquant l’avenir, le responsable égyptien a considéré que « beaucoup d’efforts restaient à faire pour améliorer la condition économique du pays et alléger la souffrance de la majorité des jeunes égyptiens qui se trouvent au chômage ».

Catherine Ashton, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, qui défend régulièrement les décisions du gouvernement égyptien, a pourtant apporté son soutien à cette résolution, tout en la tempérant. Ashton, qui d’ailleurs est attendue en Egypte le 6 avril, a appelé à « être stratégiquement patients » vis-à-vis de l’Egypte, et a mis en garde contre les conséquences désastreuses qu’aurait l’effondrement de l’économie égyptienne. Cette décision du Parlement signifie que le Conseil ministériel européen ne devrait autoriser aucune aide à l’Egypte en dehors de ces conditions.

Le Congrès américain est par ailleurs en train de voter ses amendements au budget du gouvernement. Ceux-ci sont renouvelés, et donc susceptibles d’être modifiés, tous les 6 mois. L’aide à l’Egypte est l’une des principales questions de la tranche économique des affaires étrangères. Le Congrès envisage de soumettre les tranches successives de l’aide à certains résultats sur le terrain. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui était au Caire début mars, a été blâmé pour ne pas avoir conditionné explicitement l’aide américaine à des concessions politiques concrètes du régime du président Mohamad Morsi.

La situation de la sécurité intérieure de l’Egypte est ce qui préoccupe le Congrès. Il lie directement celle-ci au traitement des manifestants, de l’opposition et de la société civile. Il cherche une stratégie concernant l’aide militaire et économique qui permette un niveau de sécurité intérieure et qui garantisse l’efficacité du contre-terrorisme dans la péninsule du Sinaï. Et bien sûr, la continuation du respect des accords de Camp David.

« Ce n’est pas un événement particulier qui justifie ces prises de position, particulièrement européennes. C’est simplement l’accumulation des faits qui a fini par former une image claire du régime au pouvoir depuis juillet 2012 et de l’évolution de la situation égyptienne », explique le chercheur Abdel-Moneim Saïd, ancien PDG de la fondation de presse Al-Ahram.

La nouveauté de ces prises de position officielles du Parlement européen et du Congrès américain, c’est qu’elles lient explicitement et directement la stabilité et la sécurité en Egypte, ainsi que l’enrayement de son effondrement économique, au progrès des droits de l’homme et de la démocratie.

Intérêt vital partagé

La stabilité de la région du Moyen-Orient est un intérêt vital partagé par l’Europe et les Etats-Unis. Pour eux, une démocratisation du monde arabe est le moyen de combattre le terrorisme. Mais les Etats-Unis, pour lesquels l’Egypte est la clé de la sécurité d’Israël, ont tendance à soutenir le régime qui assure cette continuité.

« Historiquement, les conditions dont les Etats-Unis ont tenté d’assortir leur aide font chou blanc, dit Abdel-Moneim Saïd, essentiellement parce que l’aide militaire des Etats-Unis est incluse dans les accords de Camp David et que la raison stratégique prime ». En effet, le Département d’Etat américain a eu le feu vert du Congrès pour débourser les 190 millions de dollars promis lors de la visite de Kerry.

Côté européen, même si la menace d’une sanction économique semble plus sérieuse, Guéhad Auda, professeur de sciences politiques à l’Université de Suez, indique que « politiquement, l’Europe a peu de poids pour l’Egypte, parce qu’il n’y a pas de lien stratégique direct. C’est uniquement dans l’imaginaire européen qu’une pression de ce genre peut avoir un effet sur les Frères musulmans. Or, la démocratie est aux antipodes de leur dogme ».

En tout état de cause, si le désastre économique qui se profile en Egypte place la question économique au coeur de la question politique, « les experts s’accordent à dire que l’aide financière extérieure ne peut suffire à résoudre la situation », précise Auda. « L’absence de progrès économique est la plus grande menace qui pèse sur le processus politique », renchérit-il. Il est rejoint par Saïd : « Il faut un consensus politique pour que ce pays puisse sortir de sa crise économique ».




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