Semaine du 13 au 19 mars 2013 - Numéro 965
Législation : Plus d’armes en Egypte, moins de sécurité
  Le nouveau projet de loi élargissant les « prérogatives » des entreprises privées de sécurité est un feu vert implicite à la création de milices armées. Il risque d’accentuer les dérives d’un système sécuritaire déjà défaillant.
de melice armees
Les entreprises privées de sécurité pourront remplacer la police d'après une loi proposée par le ministre de l'Intérieur.(Photo :Ola Hamdi)
May Atta13-03-2013

La police sera-t-elle un jour dans les mains de puissants hommes d’affaires ou de particuliers ? Le ministre adjoint de la Justice pour les législations, Omar Al-Chérif, a révélé la semaine dernière un projet de loi proposé par le ministère de l’Intérieur, dont l’objectif est d’organiser les activités des entreprises privées de sécurité. Celles-ci sont notamment chargées de la garde de personnalités publiques, ainsi que de la sécurisation de certains bâtiments et des convois de fonds.

Selon Al-Chérif, qui s’exprimait par téléphone sur la chaîne privée ONTV, ce projet de loi autoriserait le port d’armes au personnel de ces entreprises. Leur armement, toujours selon le même responsable, sera assuré en vertu de permis limités par la loi et sous le contrôle du ministère de l’Intérieur. « Cette nouvelle loi permettra d’alléger le ministère de certaines charges, en l’assistant dans sa mission », explique Al-Chérif.

Des déclarations qui ont laissé perplexes les militants des droits de l’homme, les juristes et les entreprises de sécurité elles-mêmes. « L’objectif de cette loi est de légitimer la naissance de milices armées », estime Nasser Amine, président du Centre arabe pour l’indépendance de la justice. « Il s’agit d’améliorer l’armement des entreprises privées de sécurité, tout en allégeant les conditions de la détention d’armes. Or, tout le monde doit être conscient que les grands conflits armés en Afrique, comme au Rwanda, au Congo ou en Sierra Leone, ont commencé avec des milices couvertes par la loi et prétendant veiller sur la sécurité », met-il en garde.

Amine va plus loin en accusant, sans les nommer, « certaines formations » de chercher un moyen « légitime » pour assurer leur armement collectif. « Je doute même que ces grèves de la police ne soient orchestrées pour créer un vide sécuritaire propice à l’adoption de ce genre de lois », accuse-t-il.

Une mesure dangereuse

Le conseiller juridique de l’entreprise de sécurité Leaders estime que la loi régissant les activités des entreprises de sécurité n’a pas besoin d’être amendée « mais plutôt d’être appliquée ». Il dévoile le monde jusqu’ici mystérieux de ces gardiens privés : « En vertu de cette loi (n° 159 de l’année 1981), les entreprises de sécurité obtiennent un permis de l’organisme de la Sécurité générale, et leur rôle se limite à sécuriser les bâtiments de l’intérieur, puisque la sécurité à l’extérieur est la responsabilité de la police. Avant d’accorder ce permis, un responsable de la Sécurité générale doit inspecter les lieux pour évaluer ses besoins en termes d’armes. En outre, c’est la Sécurité générale qui, en principe, doit former le personnel à l’usage des armes, ce que les officiels rechignent à faire. A mon avis, au lieu de légiférer une nouvelle loi au risque de voir se créer des milices armées, le ministère de l’Intérieur ferait mieux d’assumer sa responsabilité de former ces gardes privées », explique la même source.

Mahmoud Qatari, ancien général de la police, relate son expérience à ce propos : « Durant mes années de service, j’ai présenté une proposition selon laquelle les établissements souhaitant bénéficier d’un système de sécurité privé, notamment les banques, doivent choisir parmi leurs employés ceux qui peuvent assurer cette mission. De son côté, le ministère de l’Intérieur se charge de leur formation ». Sa proposition a fini dans les tiroirs. « La sécurisation de ces bâtiments est une source précieuse de gains illicites pour les responsables du ministère », accuse-t-il.

« Comment le ministère de l’Intérieur, qui tue des Egyptiens tous les jours, prétend-il vouloir préserver la sécurité à travers de telles lois ? », se demande de son côté l’activiste des droits de l’homme, Malek Adly. « Visiblement, la confrérie en a marre des protestations quotidiennes contre ses politiques défaillantes et a besoin de nouveaux outils pour terroriser les citoyens », s’insurge-t-il à son tour .




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