Semaine du 27 février au 5 mars 2013 - Numéro 963
Musique: Chant du trottoir, chant du quotidien
  Concilier sonorités hispano-andalouses et rythmes orientaux est un pari gagné par le groupe égyptien La Acera Band, qui signifie en espagnol « le groupe du trottoir ». Ces chanteurs ne comptent plus le nombre de leurs concerts présentés.
Musique
Les chansons de La Acera Band sont tirées du vécu des Egyptiens.
Houda Belabd27-02-2013

Les concerts de La Acera Band donnés souvent à Saqiet Al-Sawy ou dans différents centres culturels réussissent à réunir quelques centaines de fans de tous les âges. Leur répertoire musical, lui, nous transporte au coeur des années 1980/90, connues pour et par la fusion des rythmes hispano-orientaux. En Espagne, en France comme au Maghreb, Enrico Macias, Gipsy Kings, Alabina, Hasna la Marocaine, son compatriote Hakim et tant d’autres ont accordé les lettres de noblesse au métissage des mélodies méditerranéennes. Ce fut par le biais de chansons légères, par leurs notes riches, par leur message artistique fusionnel. Les natifs des années 1970/80, eux, étaient à deux doigts de prononcer l’oraison funèbre de ce genre d’union. Aujourd’hui, les six musiciens de La Acera, qui signifie trottoir en espagnol, sont venus infirmer cette hypothèse en ouvrant le bal d’une longue série de chansons ancrées dans le vécu de leur public, qui est à son tour, assoiffé de rythmes dansants qui tiennent à ajouter de l’éclat à un quotidien monotone.

Fan inconditionnel des rythmes andalous, Karim Hani nous transporte au coeur d’une certaine Andalousie arrachée, non sans l’aide de sa guitare, jusqu’à ce que le luth de Rami Hechmat nous ramène au coeur d’une Egypte orientale. Mohamad Madi (alias Méga), lui, n’est autre que le poète et parolier du groupe. Ses paroles pleines de spleen sont souvent accompagnées de la maligne flûte de Magdi Al-Aryan, dont les rythmes se fondent dans de vibrantes sonorités hispano-orientales pour donner naissance à un métissage hors du commun. Quant à la voix rauque d’Eslam, accompagnée de la basse de Tareq Adel, elle confirme que la scène égyptienne n’a rien à envier aux célébrissimes chanteurs espagnols.

Depuis quelques années, ils se font connaître du public égyptien. Aujourd’hui, ils se sont déjà produits dans des centres culturels de renom, mais aussi dans de grands hôtels et cafés, des festivals, des universités et écoles supérieures. Comme quoi, le chemin le plus court reste la proximité. D’une seule voix, animés par le public qui accompagne leurs chants en choeur, les membres du groupe ne souhaitent pas plus qu’une paix qui puisse protéger leur patrie des présages de mauvais augure : « Par le biais de nos chansons, nous sensibilisons notre public contre les ennemis de la paix en Egypte, à savoir les semeurs de zizanie qui cherchent à remonter les uns contre les autres, les prises de position violentes et autres rabat-joies ».

Décidément, chaque génération a sa belle époque, sa nostalgie et sa quête préalable. Mais à en croire le public de ce groupe, l’on se confond d’admiration devant cette majorité de trentenaires le suivant dans chacun de ses déplacements. Les moins jeunes, eux, n’ont vraisemblablement pas l’air de demeurer insensibles aux chansons de ces férus de la fusion.

Chanter la patrie

Quant à leur répertoire musical, il nous rappelle vaguement le succès phénoménal qu’a connu la chanson Habibi ya nour al-aïn du ténor Amr Diab. Cette douce ballade musicale mélangée à des rythmes d’ici et d’ailleurs. Toutefois, au-delà de leur aspect esthétique, les chansons de La Acera Band sont tirées du vécu de l’Egyptien lambda, de l’actuel climat politique — à la fois houleux et étrange — et d’un certain avenir dont seul le Seigneur détient les secrets.

Hymne au patriotisme, leur chanson Hélwa samara (la belle brune) nous donne, de prime abord, l’impression que le groupe chante les louanges d’une femme. Cependant, la frénésie des paroles, leurs insinuations ainsi que les sensations sur scène laissent deviner que la dulcinée de La Acera n’est autre que leur mère patrie.

Autre chanson, autre mesure, Biyhawel achanha (il essaie pour elle) nous confirme que le groupe ne jure que par son Egypte natale. Cette chanson raconte le houleux quotidien d’un Egyptien qui est prêt à remuer ciel et terre pour satisfaire sa bien-aimée, sans omettre de mentionner que celle-ci lui a tant donné et continuera d’offrir son amour à ses semblables. Pour clore ce climat d’admonestation, le groupe chante également Mertah (à l’aise), une chanson exprimant l’idée qu’un citoyen, qui s’exprime sur sa réalité politique, aussi amère soit-elle, ne peut que se sentir épanoui, comme s’il venait de se débarrasser d’un fardeau.

En fait, La Acera se veut une représentation pure et simple de la voix du peuple, celle de la rue et des manifestations sociopolitiques. Et ce n’est pas Karim Hani qui dira le contraire. « C’est grâce à notre amour pour la musique espagnole en général et pour la guitare en particulier que nous avons décidé de former notre groupe. Toutefois, nous avons choisi de composer des chansons qui sont en rapport avec les attentes de notre public, essentiellement composé de révolutionnaires et citoyens qui rêvent d’un lendemain meilleur pour notre Egypte qui nous a tant donné », entrevoit le guitariste et chanteur du groupe.

Toujours selon ses propos, « ce qui nous intéresse le plus, ce n’est pas de nous démarquer, mais de nous adresser à un public qui pense de la même manière que nous. Parce qu’après tout, le chant ne peut pas exister sans échange entre un chanteur et son public. Il faut que l’un exprime le vécu de l’autre et que la deuxième partie fasse signe de satisfaction …ou pas », continue-t-il. Et d’ajouter : « Sans vouloir nous prendre pour des leaders de la nouvelle scène musicale, notre premier et dernier but est parler de notre public et lui parler en même temps, sans jamais parler à sa place », conclut le chanteur.




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