Semaine du 27 février au 5 mars 2013 - Numéro 963
Politique: Les Waqfs se politisent en faveur des Frères
  Le ministère des Waqfs passe progressivement aux mains des Frères musulmans. Les prêcheurs soutiennent désormais la politique de la confrérie au grand dam des religieux modérés.
Waqfs
Sous le pouvoir des Frères musulmans, le cheikh Al-Mahallawi remonte sur les minbars des mosquées des Waqfs.
May Al-Maghrabi27-02-2013

Les milliers de manifestants réunis devant la mosquée d’Al-Qaëd Ibrahim à Alexandrie restent un symbole fort. Furieux contre le prêche du cheikh Al-Mahallawi, imam de la mosquée, appelant à voter Oui au référendum pour la Constitution, ils avaient tenu à montrer leur désapprobation.

Aujourd’hui, beaucoup d’interrogations persistent toujours autour de la « frérisation » des Waqfs (biens religieux) : désignation d’un ministre des Waqfs salafiste et pro-Frères musulmans, coup de balai chez les Azharites modérés et minarets autorisés aux islamistes radicaux ... ce ne sont là que des indices révélateurs d’un plan visant une « frérisation » globale des institutions religieuses.

Par ailleurs, 27 nouveaux cadres appartenant à la confrérie ont été nommés à des postes au sein du ministère des Waqfs. Le sermon du vendredi dans les grandes mosquées, comme Amr Ibn Al-Ass et Salaheddine Al-Ayoubi, est lui aussi réservé à des cadres de la confrérie nommés récemment au ministère. Même les imams de la mosquée d’Al-Azhar se sont vu à maintes reprises interdire leurs prêches du vendredi, laissés à des membres du bureau de guidance de la confrérie.

Dans ce contexte, la nomination de Talaat Afifi, un salafiste pro-Frères musulmans au poste de ministre des Waqfs, ne passe pas inaperçue. Afifi, avant d’être chargé du ministère, avait contribué à la création de l’« Organisme de la charia pour les droits et la réforme », l’un des plus importants organismes religieux regroupant des personnalités salafistes et Frères musulmans.

La confrérie est, en effet, consciente de l’importance de ce ministère dans l’orientation du discours religieux, très influent sur la majorité des Egyptiens. En utilisant les minarets pour promouvoir un « Oui qui mène au Paradis » lors du dernier référendum, les prédicateurs des mouvements islamistes ont à la fois mélangé les rôles et transgressé la loi.

Al-Azhar sur le banc de touche

Face à ces démarches, les Azharites et les membres du syndicat des Prédicateurs indépendants ont organisé à maintes reprises des manifestations devant le ministère des Waqfs contestant une « frérisation » claire et nette des institutions religieuses. Ahmad Omar Hachem, ex-président de l’Université d’Al-Azhar, estime que les craintes de certains oulémas de voir la prédication contrôlée par les Frères musulmans sont justifiées.

« L’arrivée d’un salafiste tel Talaat Afifi à la tête du ministère des Waqfs n’est que le début du plan de frérisation des institutions religieuses. Dès sa nomination, il a oeuvré à écarter des cadres de poids du ministère, tels les cheikhs Chawqi Abdel-Latif et Salem Abdel-Galil, des Azharites modérés, afin d’ouvrir la voie à la frérisation du ministère », affirme-t-il.

La nomination de cadres de la confrérie — tels Gamal Abdel-Sattar au poste de sous-secrétaire du ministère des Waqfs pour la prédication et Salah Sultan comme secrétaire général du Haut Conseil des Affaires Islamiques (HCAI) — a elle aussi soulevé un tollé parmi les prédicateurs modérés et les Azharites. Selon Hachem, l’exclusion des oulémas azharites connus pour leur modération au profit des islamistes radicaux laisse prévoir une propagation d’un islam fanatique.

Au total, c’est plus de 40 personnalités appartenant à la confrérie des Frères musulmans qui ont été intégrées au HCAI lors des derniers mois, dont Abdel-Rahmane Al-Barr, membre du bureau de guidance. Pendant ce temps, d’anciens membres éminents du HCAI, tels l’ex-mufti Ali Gomaa, l’ancien ministre des Waqfs, Hamdi Zaqzouq, Ahmad Omar Hachem, ou l’ancien recteur de la faculté des principes de la religion Soad Saleh, ont été mis à l’écart.

Ces « diatribes » sont rejetées catégoriquement par Salama Abdel-Qawi, porte-parole du ministère des Waqfs, niant toute ingérence dans les orientations du discours religieux dans les mosquées et qualifiant les accusations de « frérisation d’illusoires et d’infondées. Les minarets des mosquées sont pour le prêche et non pour la propagande partisane », affirme-t-il.

Des propos qui ne riment pas avec le sermon de l’imam de la mosquée Al-Charbatli, au Nouveau Caire, comparant le président Morsi au prophète Mohamad et aux califes. Un discours qui a suscité l’indignation des fidèles de la mosquée. Clairement, le discours dans les mosquées a changé en dépit des démentis peu convaincants des autorités officielles.



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