Semaine du 27 février au 5 mars 2013 - Numéro 963
Politique: L'éducation en Egypte prise pour cible
  Les Frères musulmans sont accusés de vouloir « frériser » le secteur de l’enseignement. Les cadres de la confrérie rejettent cette accusation et parlent d’une « coopération » entre le ministère et le Parti Liberté et justice.
Education
La « frérisation » du ministère menace le secteur de l'Education en Egypte.
Chaïmaa Abdel-Hamid27-02-2013

Tout commence lorsque le quotidien Al-Sabah annonce que le ministre de l’Education est prêt à étudier une annulation des cours de musique dans les écoles publiques, car ils incitent au « dévergondage ». La nouvelle reprise par certaines chaînes satellites fait alors beaucoup de bruit. Le ministère a-t-il vraiment l’intention d’appliquer cette décision ? Il a fallu attendre deux jours avant que le ministre Ibrahim Ghoneim ne démente l’information. Mais la polémique sur la « frérisation » de l’enseignement était déjà lancée. Certains spécialistes de l’éducation, tel Kamal Moghith, ne cachent pas leurs craintes. Selon lui, la « frérisation » a bel et bien commencé dans le secteur de l’éducation, à commencer par la « frérisation » du ministère lui-même. « Il existe aujourd’hui un grand nombre de conseillers du ministre de l’Education qui n’ont ni expérience, ni compétence. Tous ceux qui étaient contre les Frères ont perdu leurs postes », dit-il.

Exemple : l’ingénieur Adly Kazaz, l’un des leaders du Parti Liberté et justice et propriétaire des écoles internationales d’Al-Mokattam, occupe actuellement le poste de conseiller du ministre pour le développement éducatif. Kazaz a nommé plusieurs personnes dans son cabinet appartenant à la confrérie, dont Mohamad Al-Dewy, Réda Hussein et Mohamad Serougui. Ce dernier, un cadre du Parti Liberté et justice, a été nommé porte-parole du ministère et président du Conseil de gestion des écoles privées à Al-Mahalla. S’ajoute à eux Ahmad Fouad, le frère du conseiller juridique du président, qui occupe à présent le poste du conseiller juridique auprès du ministre de l’Education. A Alexandrie, on trouve aussi Hassan Al-Issawi, le trésorier du syndicat des Enseignants, au poste de directeur du département éducatif de l’Ouest d’Alexandrie. Même chose dans la majorité des gouvernorats. « La nomination de membres de la confrérie au ministère est illégale, car ils sont propriétaires d’écoles privées, ils peuvent donc user de leurs postes pour réaliser leurs intérêts. Ce qui est interdit par la loi », déclare Moghith.

Abdel-Zaher Mofid, cadre de la confrérie chargé du dossier de l’éducation, assure qu’il n’y a pas de « frérisation » au sein du ministère. « Il suffit de s’informer qu’un grand nombre des personnes citées occupaient leurs postes avant l’arrivée du ministre. Il s’agit tout simplement d’une campagne de désinformation », déclare-t-il.

Protocole de « coopération »

Des justifications qui peinent à convaincre l’opposition, qui voit là une grave menace pour le secteur de l’éducation en Egypte. Un protocole de coopération a été signé entre le Parti Liberté et justice, bras politique de la confrérie, et le ministère de l’Education. Selon ce protocole, le parti s’engage à fournir une aide directe pour améliorer l’environnement scolaire et entretenir les bâtiments et les classes. Mofid explique : « Le budget réservé par le ministère au développement des écoles publiques reste faible. Il convient donc de soutenir ce secteur à travers la société civile pour améliorer l’environnement éducatif ». Le ministère, qui détient un budget de 40 milliards de L.E., consacre environ 85 % de cette somme aux salaires. Ainsi, 6 milliards de L.E. seulement vont à la modernisation des écoles.

Pour certains, le but est politique. Il s’agit d’améliorer l’image de la confrérie à l’approche des élections législatives. Un avis que partage Moghith. « La Constitution devait empêcher de tels agissements. Nos enfants doivent pouvoir choisir à l’avenir l’idéologie qu’ils veulent », conclut-il.




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