Semaine du 13 au 19 février 2013 - Numéro 961
L’industrie de la haine
Wahid Abdel-Méguid13-02-2013
 
 

Le rôle du Front national du salut recule à une vitesse record. Son rapide départ n’a pas duré plus d’un mois, après la déclaration de sa formation le 22 novembre dernier. Cela n’a rien de nouveau dans le comportement des partis et des forces nationales démocratiques depuis la fin des années 1970. Leurs débuts sont prometteurs, puis ils reviennent rapidement en arrière. Mais cette fois, le recul est intervenu à une vitesse sans précédent et dans des conjonctures plus dangereuses malgré toutes les raisons objectives de la montée de cette force. Malgré les innombrables raisons qui expliquent ce recul rapide, le problème essentiel qui semble entraver le mouvement du Front du salut est l’hésitation entre la voie politique traditionnelle et la voie révolutionnaire, sans essayer de parvenir à une juste distance entre les deux. Sa confusion et son hésitation étaient évidentes pour tous ceux qui espéraient que ce front réaliserait un équilibre sur la scène politique. C’est ainsi que le front est devenu victime d’accusations injustes : encouragement de la violence, en lui assurant ou en lui ouvrant la voie. Le problème du front ne réside pas en ces accusations qui l’ont poussé à passer de l’attaque politique à la défense. Le problème est qu’il n’a pas revu la situation à laquelle il est parvenu et n’a pas remédié à la confusion résultant de son hésitation entre deux voies conciliables avec un peu d’effort.

Cependant, il n’est pas trop tard pour résoudre ce problème fondamental qui réside dans l’hésitation entre les voies traditionnelles et révolutionnaires, dans le manque de fondement d’une alternative politique capable à la fois de concurrencer, d’affronter et de résister aux tentatives de reproduction hégémonique. Le front doit ainsi se baser sur un discours homogène et non contradictoire, ainsi que sur des actions avec la rue et pas seulement sur des protestations dans la rue.

Le premier pas est de réaliser qu’il existe vraiment un problème. Le sentiment qu’il existe un problème au sein du front est présent, ou du moins n’est pas absent. Il s’agit ensuite de déterminer l’essence du problème et de l’affronter avec courage et sérieux.

De nombreux éléments expliquent l’acuité de la crise en Egypte qui a atteint son apogée. Cependant, le manque de confiance est la principale raison de l’aggravation de la crise, de sa persistance et de la difficulté de sa résolution.

Le manque de confiance n’existe pas seulement au niveau politique, mais aussi à tous les niveaux. Personne n’a confiance en personne quand il s’agit d’affaires publiques. C’est la chose la plus dangereuse que peut affronter un pays, car elle influence les différents aspects de la vie. La confiance représente le fondement des relations entre les individus dans toute société, entre les individus et les pouvoirs de l’Etat et entre les pouvoirs de l’Etat eux-mêmes. Si cette confiance disparaît ou si elle s’affaiblit , la société devient confuse et la peur se répand.

La confiance est l’un des principaux facteurs du développement économique, car son absence ou son affaiblissement mènent à la récession en conséquence de la diminution ou du gel des investissements et de la stagnation des transactions commerciales à cause de l’exagération des garanties requises. Remédier au manque de confiance nécessite d’énormes efforts, car il se reproduit tous les jours et s’alimente de ce que nous pouvons appeler l’industrie de la haine. Cette industrie s’épanouit avec l’absence de dialogue national sérieux, comme c’est le cas aujourd’hui en Egypte. En effet, le pouvoir considère le dialogue comme une question sans fondement et qui s’achève sans résultat. Cette industrie produit tous les jours davantage de divisions et de polarisations. Les produits de cette industrie ne se limitent pas à la polarisation politique, ils s’étendent à la division des Egyptiens selon un fondement géographique.

Les producteurs de cette haine ne veulent pas réaliser qu’elle a été à l’origine du déclenchement de la majorité des conflits civils, dans l’Histoire contemporaine du moins. Il n’y a rien d’étrange à cela car le manque de confiance peut conduire à la disparition de la raison et même à la faiblesse de la mémoire.



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