Semaine du 13 au 19 février 2013 - Numéro 961
Irrigation: Nouveau débat sur les eaux du Nil
  Pour mettre un terme au gaspillage des eaux du Nil, un projet propose leur récupération par des canalisations tout au long de la Vallée. Mais certains spécialistes estiment que le traitement des eaux usées est prioritaire.
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Rasha Hanafy13-02-2013

C'est la troisième révolution dans le domaine de l’irrigation, selon les concepteurs du Haut fleuve du Nil. Les objectifs de ce projet consistent à exploiter les régions montagneuses pour acheminer les eaux du Haut-Barrage d’Assouan directement vers les terres agricoles par le biais de conduits. Et ce, dans l’objectif de récupérer les eaux gaspillées à cause de la vétusté du système d’irrigation et de drainage actuel. Ces eaux seront utilisées dans la culture de nouvelles superficies.

Selon ce projet, 22 milliards de m3 d’eaux pourraient être utilisées dans la culture d’environ 7 millions de feddans (2 940 000 ha) sans pour autant augmenter le quota de l’Egypte dans les eaux du Nil, à savoir les 55,5 milliards de m3 par an. Ce qui permettra la création de millions d’emplois, ainsi qu’une autosuffisance alimentaire, selon les auteurs de ce projet. « Je propose l’acheminement des eaux du Nil à travers deux tunnels, l’un à l’est et l’autre à l’ouest, à partir du lac Nasser. Ensuite l’eau sera distribuée sans pompage, ni énergie sur des canaux qui seront construits sur les pentes des régions montagneuses. La circulation de l’eau se fera par la déclinaison de la surface terrestre, à partir du Haut-Barrage d’Assouan jusqu’au Delta du Nil.


Cela n’exigera pas l’utilisation de pompes coûteuses, ce qui signifie des coûts faibles. Ces canalisations atteindront le Delta, la Haute-Egypte et l’Alexandrie, ainsi que les collines proches du Canal de Suez », explique Hamdi Seif Al-Nasr, ancien directeur de l’Autorité des matières nucléaires et ancien consultant auprès de l’Autorité de la topographie géologique américaine. Et d’ajouter : « Des stations de maintenance et de contrôle seront construites pour assurer l’acheminement de l’eau des hautes terres.

Des centrales électroniques auront également la charge de contrôler et d’organiser les pressions de l’eau dans toutes les canalisations et dans tous les réseaux d’irrigation
». Ce projet est composé de 4 phases. Chacune d’elles pourrait être réalisée en 5 ans, selon les études faites par Seif Al-Nasr. Il appelle la présidence de la République à faire sienne cette troisième révolution hydraulique en Egypte, après celle de Mohamad Ali et celle adoptée par Nasser en construisant le Haut-Barrage.

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Le niveau de l'eau devant le Haut-Barrage est important pour la génération de l'électricité.

Mais selon certains responsables anciens et actuels du ministère des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation ainsi que les spécialistes en la matière, il ne s’agit en aucun cas d’une révolution dans le domaine de l’irrigation. Au contraire, ils pensent que l’idée est irréalisable. La première révolution de l’irrigation en Egypte remonte à l’époque de Mohamad Ali, où de nombreux aménagements et ouvrages ont été construits sur le Nil pour en maîtriser les eaux et favoriser des modes de culture intensive par une irrigation permanente, jusqu’à ce que l’on construise le Haut-Barrage d’Assouan. Grâce à la réalisation de ce projet en 1967, l’Egypte a pu maîtriser la répartition des eaux entre elle et le Soudan.

En outre, elle a pu stocker l’eau des années excédentaires pour se prémunir contre les périodes de pénurie. Les objectifs premiers du Haut-Barrage étaient de fournir une alimentation en eau appropriée aux divers besoins, permettant d’augmenter et de valoriser la productivité des terres arables et de produire de l’électricité à bas coûts.

Efficacité du système

Dans les années 1980 et jusqu’à nos jours, l’accent a été mis sur l’amélioration de la gestion de l’eau et sur l’efficacité du système d’irrigation. Mais on souffrait toujours de certaines contraintes telles que les pertes d’eau dans les réseaux d’irrigation, le manque d’entretien, la négligence de l’irrigation de nuit, le non-respect de la législation et le manque de main-d’oeuvre qualifiée. « Le cours du fleuve du Nil est basé sur la gravité. Mais cela n’est pas suffisant pour l’irrigation. Du point de vue technique, on doit relever l’eau par l’intermédiaire de pompes et de barrages.

Il y a également des différences de niveau d’eau le long du cours. Les recherches faites par le ministère des Ressources hydrauliques ont pris en considération le revêtement des canaux et des conduites, la réduction des pertes de l’eau, l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation par gravité, la comparaison des techniques de relèvement des eaux, et tout ce qui concerne la main-d’oeuvre et l’énergie pour la gestion du système », assure Mahmoud Abou-Zeid, ancien ministre de l’Irrigation et président du Conseil arabe de l’eau. Et de préciser : « L’idée est théorique, mais irréalisable.

Je dois dire qu’avec l’accroissement rapide de la population autour des sources d’eau douce et la tendance migratoire constatée à partir des zones rurales, le ministère de l’Irrigation avait décidé de couvrir les canaux qui se trouvent près des centres d’habitation dense, d’utiliser des canalisations ou encore de développer le recours aux eaux phréatiques dans ces zones. Les canalisations existent déjà sur les terres du Delta, pour ce qui est des petites rivières, et dans les nouveaux terrains bonifiés dans le désert, comme Tochka. Et puis, si on se passe du Haut-Barrage, comment peut-on renoncer à 12 % d’électricité générée ? ». Selon lui, il est plus important de moderniser et d’augmenter l’efficacité du système d’irrigation. Si le projet est basé sur l’exploitation des eaux du lac Nasser, il faut savoir que les eaux stockées sont déjà exploitées quotidiennement. « L’Egypte utilise 253 millions de m3 par jour, pour l’irrigation en premier lieu, pour l’eau potable et pour les industries ensuite. Cette quantité pourrait s’accroître ou diminuer selon les besoins et selon les inondations annuelles. Je pense qu’il vaut mieux proposer des solutions efficaces basées sur la science quant à la pollution des eaux du Nil, la rationalisation des eaux de l’irrigation ou la modernisation des systèmes des canalisations. Mais je parle et propose des idées théoriques … ! », affirme Maghawri Diab, spécialiste international de l’eau et professeur à l’Université de Ménoufiya (Delta).

Il ne faut pas n&´gliger le fait que le ministère entreprend actuellement un projet pour réhabiliter les deux grands canaux de Nobariya à l’ouest du Delta et celui d’Ismaïliya à l’est. « Je ne suis du tout ni contre les nouvelles idées, ni contre la créativité. Mais nous avons des problèmes comme le traitement des eaux. Quelqu’un pourrait-il nous soumettre un projet qui permettra la baisse des coûts du traitement ? Peut-on intensifier les recherches concernant le dessalement de l’eau de mer et des eaux phréatiques ? Ces sujets prioritaires méritent plus d’études avant de proposer de nouvelles idées », indique Bayoumi Attiya, conseiller auprès du ministère des Ressources hydrauliques. Enfin, les spécialistes proposent l’organisation d’un colloque réunissant tous les spécialistes afin de discuter ce projet.



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