Semaine du 13 au 19 février 2013 - Numéro 961
Dialogue : L’entente impossible
  Face aux affrontements répétés, les différentes forces politiques égyptiennes tentent de désamorcer la situation. Sans succès.
Dialogue
Seuls les partis proches des islamistes participent au « dialogue national ».
May Atta13-02-2013

C’était presque un vendredi comme les autres. 211 blessés selon le bilan officiel. Des manifesta­tions concentrées à Tahrir et à Héliopolis. Des gens qui scandent « Le peuple veut la chute du régime » … Depuis l’élection présidentielle de Morsi puis sa prise de pou­voirs exceptionnels par décret, en novembre dernier, les vendredis succombent à la même routine : la violence.

Les affrontements, qui opposent, selon les jours, les opposants de Mohamad Morsi à ses partisans, puis les opposants ou les partisans aux forces de l’ordre, conti­nueront bon train en l’ab­sence d’une démarche poli­tique sérieuse. Le problème, c’est que la scène politique égyptienne est aussi divisée que la rue.

D’un côté, il y a les forces politiques d’obédience isla­miste qui répondent aux appels de dialogue lancés par le président Mohamad Morsi, issu des Frères musulmans. De l’autre côté, il y a l’oppo­sition avec le Front National du Salut (FNS) comme fer de lance.

Quand ces partis politiques arrivent à se réunir autour d’une même table, les pre­miers accusent les seconds d’être responsables des troubles et de la violence subis par tous les Egyptiens, et les deuxièmes rétorquent que la révolution ne sera ter­minée si, et seulement si, le régime reconnaît les demandes de la population. Autrement dit, leurs revendications.

Les discussions au pied du mur

Pour calmer les violences, un dialogue a été proposé par le président de la République fin 2012. Mais, arguant qu’il ne s’assoira pas autour d’une table tant que les violentes répressions policières n’au­ront pas cessé, le FNS a boudé l’initiative.

La seule institution ayant réussi à apporter un symbole fort demeure Al-Azhar, avec son « initiative de l’arrêt de la violence ». Malgré une réu­nion convaincante, l’initiative n’a pas eu l’effet escompté. Après sa participation à l’évé­nement, le FNS a beaucoup été critiqué par les manifes­tants. Ces derniers l’accu­saient d’avoir participé à l’élaboration d’un texte qui « met sur un pied d’égalité forces de l’ordre et citoyens non armés ». Le FNS s’est alors distancié de l’initiative. « Nous nous sommes retirés quand la police a continué à agresser les manifestants », dit Bassem Kamel, du Parti égyptien social-démocrate.

« Nous n’accepterons pas un dialogue sans garanties. Cela risque de n’être qu’une pure perte de temps. Le Front est indissociable de la rue, il en fait partie intégrante, même si notre discours prend parfois un teint politique, nous partageons totalement les revendications des mani­festants. C’est pourquoi on mise sur la pression populaire plutôt que sur un dialogue téléguidé par le président », poursuit-il.

Stricte position des Frères musulmans

Dans une nouvelle tentative de déblocage, des membres du parti salafiste Al-Nour se sont réunis dimanche avec le président Morsi. « Nous avons proposé au président une nou­velle initiative, qui a reçu l’aval du Front national du salut. Elle consiste à renouer le dialogue après la formation d’une commission d’enquête sur les violences meurtrières de la police, le limogeage du procureur général et l’amen­dement de certaines clauses controversées de la Constitution. Nous souhaitons que le président ait l’intention de l’accepter », déclare Achraf Sabet, président adjoint d’Al-Nour.

Mais jusqu’à présent rien ne semble indiquer un fléchisse­ment de la part des Frères musulmans dont est issu le président. « La présidence n’acceptera jamais un dialo­gue sous condition. Le Front du salut doit respecter le choix des urnes. Il est très normal qu’une seule faction dirige le pays, un gouverne­ment composé de factions divergentes ne serait pas fonc­tionnel », insiste Hamdi Hassan, un cadre de la confré­rie.

Pour l’opposition, le combat est dirigé contre une politique qui ne respecte pas les Egyptiens dans leur diversité. Les membres du FNS se rap­pellent avoir déjà essayé, bien avant la création du Front, d’ouvrir un tel dialogue.

« L’un de ces dialogues avec les Frères musulmans a eu lieu le 22 juin dernier, en pleine élection présidentielle. Les personnes réunies ont souligné l’importance du principe de citoyenneté, l’im­portance d’avoir un projet rassembleur de construction nationale, dans lequel les jeunes, les femmes et les coptes trouveront leur place », se rappelle l’éditorialiste Waël Qandil.

« Nous étions tous d’accord que les diverses forces poli­tiques et sociales devraient être représentées dans le pro­chain gouvernement, tout comme dans l’équipe du nou­veau président, que la future Constitution serait celle de tous les Egyptiens … », pour­suit Qandil.

« Il est clair que le président et sa confrérie n’ont respecté aucun de ces engagements. Quelle est donc la valeur du dialogue prôné si nous sommes sûrs d’avance que rien ne semble en résulter ? », regrette Bassem Kamel.




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