Semaine du 6 au 12 février 2013 - Numéro 960
Patrimoine : L'Institut d'Egypte pris entre deux feux
  Pour la quatrième fois, l'Institut d'Egypte a été attaqué par des groupes d'inconnus. En outre, il risque de sortir de la liste du patrimoine égyptien en raison de sa restauration qui a déformé son aspect authentique.
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Après la restauration, l'Institut fait peau neuve
Nasma Réda06-02-2013

L’institut d’egypte a été de nouveau attaqué lors des commémorations de la révolution le 25 janvier dernier. L’Institut a été cible de quelques « manifestants » qui ont essayé d’y mettre le feu avec des cocktails Molotov. La police a cependant réussi à défendre le bâtiment.

Mohamad Al-Charnoubi, secrétaire général de l’Institut, a affirmé que ces tentatives se poursuivraient tant que les émeutes et les manifestations continueraient place Tahrir. Il a envoyé des messages à la police et à l’armée, afin de mieux sécuriser le bâtiment.

Il y a presque un mois, l’Institut avait été attaqué pour la troisième fois. Al-Charnoubi avait tiré la sonnette d’alarme après la destruction de plusieurs fenêtres et des débuts d’incendies. Il a également fait état de la destruction de plusieurs caméras de contrôle et de dégâts sur plusieurs autres dans des tentatives de les voler.

« C’est le même scénario que lors du grand incendie qui a eu lieu en novembre 2011 et qui a ravagé tout l’Institut », a regretté Al-Charnoubi, qui a dénoncé l’absence de sécurité autour du bâtiment. Pour certaines organisations et certains ministères publics, la police a mis en place des murs en béton de tous les côtés pour couper les accès. Des mesures insuffisantes selon le secrétaire général, car l’Institut donne sur la rue. Il avait fallu plus de dix mois pour restaurer l’Institut, afin de nettoyer les dégâts.

D’ouverture en fermeture

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Les Egyptiens ont tenté de sauver ce patrimoine

L’Institut avait été inauguré officiellement en octobre 2012, après de grands travaux de restauration, suite à l'incendie de 2011. Un grand nombre de livres rares et précieux avaient été collectés pour y être placés, et une trentaine de jeunes bibliothécaires avaient été formés au nouveau système informatisé.

Bien que l’Institut soit prêt, les archéologues ne voulaient pas qu’il ait été inauguré immédiatement. « Il n’y avait aucune raison de se presser pour la réouverture du bâtiment », lance avec colère Mohsen Sayed Ali, ex-secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA).

Selon lui, les travaux de restauration ont complètement détruit la beauté de ce bâtiment historique. « Nous avons présenté plusieurs plaintes auprès du Parquet. Nous avons eu trois réunions avec les responsables des forces armées qui étaient encore au pouvoir, lorsque les travaux ont commencé, et nous avons demandé que l’aspect architectural du bâtiment ne soit pas modifié, mais personne n’a tenu compte de nos demandes », ajoute-t-il.

L’édifice menacé d’écroulement a été restauré par les forces armées avec un coût de 6 millions de L.E. « Ils ont totalement changé l’intérieur du bâtiment. C’est un nouveau bâtiment. Ils ont remplacé le bois du parterre, des escaliers et du plafond par du béton. Ce n’est pas une restauration, mais une reconstruction. Ils ont tout détruit et ont déformé l’aspect historique de l’Institut », regrette l’architecte, également spécialiste de l’art islamique. Et il menace : « Vu la restauration, le CSA va lever l’édifice de la liste des monuments historiques ».

L’Institut d’Egypte avait été inscrit en 1995 sur la liste des monuments islamiques en vertu de la loi 117 de l’année 1983. Son importance provient surtout de la richesse des livres qu’il renfermait. Le bâtiment avait été incendié en novembre dernier pendant la période transitoire. « Je n’ai pas aperçu d’architecture exceptionnelle à l’intérieur de cet édifice avant l’incendie », souligne Phillippe Chevrant, responsable de la bibliothèque de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO).

Pour lui, l’incendie qui a ravagé un grand nombre de livres était une catastrophe pour le patrimoine savant hérité. L’Institut renfermait des ouvrages uniques, comme La Description de l’Egypte, et des cartes remontant à l’époque de l’Expédition de Bonaparte.

« Un certain nombre de jeunes ont déployé des efforts pour sauver le plus grand nombre possible de livres, dont quelques-uns ont été trouvés sur les trottoirs ou entre les mains d’adolescents », se souvient le secrétaire général de l’Institut. Les efforts pour reconstruire cet Institut ne se sont pas limités à la restauration des livres. Plusieurs pays, institutions, organisations et même individus de par le monde ont collaboré pour reconstruire l'Institut.

Don de livres, assistance au catalogage, accueil de stagiaires ou autres formes de soutien ont été fournis à l’Institut. L’IFAO, la Bibliothèque d’Alexandrie, Dar Al-Kotob et des institutions internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé, y ont contribué. « Quelques grands écrivains nous ont offert leurs bibliothèques, comme Dr Wessam Farag, ex-doyen de l’Université de Mansoura, ainsi que le Syrien Haytham Al-Khayat », affirme Al-Charnoubi.

« Aujourd’hui et après ce désastre, les responsables de l’Institut cherchent à collaborer avec d’autres instituts dans les différents domaines », explique M. Chevrant. L’Institut, ayant fait peau neuve, a été inauguré, mais est toujours menacé .




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