Semaine du 6 au 12 février 2013 - Numéro 960
Energies : Réduction des subventions sur l’essence
  Le ministre du Pétrole d'Egypte a annoncé le début de la distribution de l’octane 90 et 92 via des cartes électroniques pour le mois d’avril. L’initiative, qui devrait permettre au gouvernement d’économiser 7 milliards de L.E., se traduira par une hausse du prix de l’essence.
Petrole
Les riches avaient pour longtemps partagé les subventions avec les pauvres. (Photo: Amr Gamal)
Névine Kamel06-02-2013

En avril prochain, six millions de cartes électroniques seront distribuées aux conducteurs égyptiens. Ils devront les utiliser pour faire le plein de leurs véhicules, dans 10 000 points de vente agréés, répartis dans 2 600 stations d’essence. Tous les gouvernorats sont concernés. Le projet, à l’initiative des ministères du Pétrole et des Finances, vient tout juste d’être validé par le gouvernement.

Concrètement, dès avril, une carte électronique sera vendue aux propriétaires conduisant une voiture de moins de 1 600 CC ou distribuée aux nouveaux conducteurs en même temps que leur permis. A chaque fois que le conducteur se procurera de l’essence, la facture sera chargée sur la carte électronique. « Une fois qu’il aura atteint le plafond de subvention, le conducteur devra payer l’essence aux prix du marché », explique Chérif Hadara, président de l’Organisme général du pétrole.

Le nouveau projet vise exclusivement la distribution de l’octane 90 et 92, qui représente respectivement 20 et 29 % de la consommation totale sur le territoire égyptien. Ainsi, le prix de l’essence à octane 90 passerait, une fois le plafond de la carte dépassé, de 1,75 L.E. à 3 L.E. par litre. Le coût de l’octane 92 s’élèvera, lui, à 3,25 L.E. par litre, contre 1,85 L.E. actuellement. A noter que même si les prix augmentent, la distribution de l’essence restera tout de même subventionnée, puisque le prix de l’octane 90 et l’octane 92 coûte respectivement sur le marché international 4,58 L.E et 4,76 L.E.

Eviter le mécontentement des conducteurs

Naturellement, les propriétaires de voitures, au nombre de 10 millions en Egypte, éprouvent une vive inquiétude face à cette mesure. Selon le plafond fixé par le gouvernement sur les cartes électroniques, les conducteurs peuvent voir leurs dépenses en essence augmenter considérablement.

Une récente étude effectuée par le ministère du Pétrole montre que la consommation moyenne est de 1 800 litres d’essence par voiture et par an. Par un simple calcul, cela signifie qu’un conducteur utilise 5 litres d’essence chaque jour, soit 150 litres par mois, soit l’équivalent kilométrique de 50 kilomètres par mois.

Ces chiffres en poche, le ministère avait d’abord avancé un plafond fixe de 1 444 litres subventionnés par an. Insuffisant, selon la population. « Nous avons donc décidé d’augmenter les quantités accordées en prenant en considération les habitants dans les nouvelles zones urbaines, loin de leur travail en zone urbaine », a relevé Chérif Hadara, avançant le chiffre d’une subvention de 3 200 L.E. par an. « N’est-ce pas suffisant ? Cette somme permet à une personne d’utiliser sa voiture plusieurs jours par semaine », note Hadara.

Réduire les dépenses en subventions

Cette initiative n’est pas la première de la sorte. Deux mois auparavant, le gouvernement avait annulé les subventions accordées à l’octane 95, utilisé pour remplir le réservoir des voitures de luxe. Il est aujourd’hui vendu à 5,77 L.E. contre 2,75 auparavant. « Ce sont les riches seulement qui se servent de cette essence et franchement, ils n’en ont pas besoin. Il est grand temps de mettre fin à cette injustice dans la distribution des subventions », avait alors dit le ministre du Pétrole, en assurant que ce rééchelonnement des subventions se faisait en faveur des classes pauvres et moyennes. De plus, il permettait de rééquilibrer le budget et les dépenses de l’Etat en faveur de ces deux catégories de population, moins enclines à posséder une voiture.

C’est ce même argumentaire qui est aujourd’hui utilisé par les deux ministères pour légitimer la mise en place des cartes électroniques. « Le temps presse et le budget du gouvernement souffre du lourd fardeau des subventions, surtout celles accordées à l’essence, qui bénéficient majoritairement aux riches et à la haute classe moyenne. Les pauvres ne possèdent pas de voitures et ont besoin d’autres services plus élémentaires telles la santé et l’éducation, qui ne sont pas, par contre, bien subventionnées. Nous n’avons plus de temps à perdre encore. Il est temps de distribuer sur un pied d’égalité les subventions », explique Ossama Kamal, ministre du Pétrole.

Le ministère du Développement a commencé à établir une base de données concernant les propriétaires de voitures, leurs catégories et les tranches de subventions. Au final, la mise en place des plafonds grâce aux cartes permettrait d’économiser plus de la moitié des subventions accordées aujourd’hui à l’essence, soit 13,742 milliards de L.E. Le gouvernement a choisi les deux principales banques du marché, Le Caire et Al-Ahly, pour s’occuper de la mise en place des cartes puisqu’elles ont une « longue expérience dans le domaine des cartes électroniques », précise-t-il.

En plus d’économiser sur l’essence, dont les subventions représentent aujourd’hui 24 % des subventions txotales accordées à l’énergie, cette mesure permettra aux autorités de superviser l’ensemble de la chaîne de distribution. « Avec les cartes, on économisera le tiers de la quantité d’essence distribuée », rétorque Hadara. Toutes les voitures non enregistrées, ou venant de l’extérieur, comme la Libye, devront posséder leur numéro de carte pour profiter du système. Autrement dit, c’est le moyen le plus efficace actuellement pour lutter contre le marché noir.




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