Semaine du 6 au 12 février 2013 - Numéro 960
Egypte-Allemagne: Mauvais timing
  Alors que l’Egypte vivait de profonds troubles politiques, la visite la semaine dernière à Berlin du président Morsi a fait long feu quant à ses objectifs économiques.
Mauvais
Le président Morsi sollicitait l'engagement de l'Allemagne dans la relance de l'économie égyptienne. (Photos: Reuters)
Omar Kamil 06-02-2013

Alors que l’Egypte s’embrasait dans la foulée du « deuxième anniversaire » de la révolution de janvier 2011, le président Mohamad Morsi s’est rendu la semaine dernière en Allemagne dans une visite qui n’a duré que 8 heures et demie. La décision de la présidence égyptienne d’annuler la visite à Paris et de maintenir celle à Berlin indique une reconnaissance du rôle que l’Allemagne pourrait jouer dans la reconstruction de l’économie égyptienne. Outre son assistance économique annuelle de 100 millions d’euros, l’Allemagne contribue à hauteur de 20 % aux dons offerts à l’Egypte par l’Union européenne. L’Allemagne a également promis d’alléger de 240 millions d’euros la dette de l’Egypte à son égard. Au niveau des échanges commerciaux, les exportations de l’Allemagne vers l’Egypte s’élèvent à 2,4 milliards d’euros contre des importations de 1,3 milliard. L’Allemagne est aussi un client de premier plan au niveau du tourisme, avec 1,2 million de touristes par an en Egypte. Mais les aspirations égyptiennes quant à davantage d’aide se sont heurtées aux craintes de l’Allemagne.

Les médias ont été presque unanimes à conclure que le président égyptien, au lieu de rentrer chez lui avec de l’argent, est revenu avec des leçons et des devoirs. La chancelière Angela Merkel a été claire en liant le renforcement de la coopération économique avec l’Egypte à une évolution positive dans ce pays. « L’Allemagne souhaite voir l’Egypte de l’aprèsrévolution se transformer en Etat de droit, un pays démocratique qui respecte les libertés religieuses et dont l’avenir se décide avec la participation de toutes les forces politiques », a-t-elle affirmé.

Le gouvernement allemand suit de très près la situation en Egypte. Les Allemands croient que ce qui se passe dans le plus grand pays du Moyen-Orient aura des implications dans toute la région, et ils craignent que le président islamiste ne conduise son pays dans la bonne direction. La vidéo, récemment diffusée bien que vieille de deux ans, où le président Morsi multiplie les déclarations hostiles aux juifs, n’a pas arrangé les choses pour ce dernier dans un pays qui porte l’héritage historique de la Shoah. Lors de la conférence de presse, la chancelière ne se sentait pas à l’aise à côté de celui que la presse allemande a qualifié d’anti-juif. Il est clair que la visite du président Morsi est intervenue au mauvais moment. Le président devait accorder plus de temps à ce poids lourd européen : il devait visiter Francfort, la capitale financière et économique de l’Allemagne, ainsi que les villes industrielles de Munich et de Stuttgart, se réunir avec des représentants des différents partis politiques et avec des journalistes pour s’adresser à l’opinion publique allemande.

Bref, cette visite devait être destinée à jeter les fondements d’une nouvelle relation bilatérale. Ce qui n’a pas été le cas. En ce qui concerne l’avenir des relations égypto-allemandes, cellesci méritent d’être plus larges que de répondre à certaines demandes d’assistance. Et en ce qui concerne l’avenir de l’économie de l’Egypte, celle-ci mérite de se libérer de son cycle de dépendance. Le leadership égyptien doit avoir une vision du rôle futur de l’Egypte aux niveaux politique et économique, un rôle qui doit attirer l’attention de l’Occident et transformer la dépendance en partenariat.



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