Semaine du 6 au 12 février 2013 - Numéro 960
Human rights watch: Droits de l’homme, tout reste à faire
  L’ONG dresse un sombre bilan du respect des libertés individuelles, au moment où les violations se multiplient dans le pays.
droits
Les récents événements ont mis en évidence le besoin urgent de réformer le secteur de la sécurité. (Photos: AP)
Ola Hamdi06-02-2013

La diffusion d’une vidéo montrant des policiers battant sauvagement un homme dépouillé de ses vêtements autour du palais présidentiel a suscité un tollé de la part des défenseurs des droits de l’homme. L’autre tollé, c’est la réaction de cet homme humilié, Hamada Saber, 50 ans, qui niait, le lendemain matin, toute responsabilité des forces de l’ordre dans ces événements. Il adoptait mot pour mot la version donnée par le ministre de l’Intérieur. Cet incident-choc est survenu au lendemain de la publication du rapport annuel de Human Rights Watch (HRW). Dans son ensemble, celuici indique que l’euphorie du Printemps arabe doit désormais faire face à un plus grand défi : créer des démocraties dans lesquelles les droits de l’homme sont respectés. Pour HRW, le cas de l’Egypte, secouée par une nouvelle vague de violences lors du deuxième anniversaire de sa révolution, est emblématique de la difficulté de faire respecter ces droits dans une région en pleine mutation. « L’année 2012 était l’année des chances perdues de la part du Parlement et du président Morsi pour réformer la situation des droits de l’homme. L’Etat n’a pas reconnu, après deux ans de révolution, la responsabilité criminelle de l’armée et de la police dans des abus commis contre les citoyens », explique Héba Morayef, directrice du bureau du Caire du HRW.

Elle ajoute que le Parlement a raté l’occasion d’amender certaines lois afin d’améliorer la situation des droits de l’homme. « Ce Parlement n’a pas réussi à modifier de nombreuses lois, comme celles sur les procès militaires, sur les ONG, sur la circulation de l’information et sur les syndicats indépendants », note-t-elle. A cet effet, le rapport recommande au président Morsi d’ordonner au ministre de la Défense, Abdel-Fattah Al-Sissi, d’arrêter les procès militaires et de les transmettre à la justice civile. Le rapport conteste aussi l’existence de « dispositions législatives vagues » au sein de la nouvelle Constitution, faisant référence à la liberté d’expression, la religion ou la famille. Par ce biais, HRW met en garde contre le caractère islamiste de cette Constitution et ses impacts sur les droits des coptes et des femmes. Le rapport note aussi qu’il existe une détérioration de la protection de la liberté d’expression. Il indique que 17 citoyens ont été interrogés pour avoir offensé le président et 18 autres pour avoir offensé la magistrature. De manière générale, les tentatives de mises au pas ont commencé peu après l’arrivée de Morsi au pouvoir : changement des directeurs des journaux et des chaînes étatiques, interdiction de plume ou d’antenne pour les journalistes opposants, liste noire des personnalités à ne pas inviter ou interviewer.
Plusieurs plaintes ont été déjà portées par les fidèles du président Morsi contre ses opposants : en décembre 2012, une plainte avait été déposée contre plusieurs dirigeants de l’opposition, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères, Amr Moussa, et le Prix Nobel de la paix, Mohamed ElBaradei, les accusant d’insurrection, de trahison et d’avoir tenté un complot « sioniste » au cours des manifestations antigouvernementales qu’ils ont encouragées. Il en a été de même avec le présentateur satirique Bassem Youssef, accusé d’offense envers le président dans son programme humoristique hebdomadaire. La police a arrêté jeudi 31 janvier un membre du groupuscule Black Bloc, soupçonné selon les autorités d’être impliqué dans un « projet israélien de sabotage ». Hafez Abou-Seada, directeur de l’Organisation égyptienne pour les droits de l’homme, approuve le contenu du rapport de HRW.
« L’Organisation égyptienne pour les droits de l’homme a repéré, au cours de l’année passée, environ 165 cas de torture dans les commissariats de police, dont 17 mortels », révèle Abou-Seada. Sur ce point, il est rejoint par Héba Morayef. « Les récents événements ont mis en évidence le besoin urgent de réformer le secteur de la sécurité et de confirmer la responsabilité des autorités pour les violations passées », affirme-telle, tout en conseillant aux autorités d’entamer rapidement les démarches pour respecter les droits de l’homme. En effet, en 2014, le Conseil international pour les droits de l’homme des Nations-Unies examinera le cas de l’Egypte.




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