Semaine du 16 au 22 janvier 2013 - Numéro 957
Hôtellerie: La classification NN fait grogner
  Le secteur souffre de la chute du nombre de touristes, mais le ministère du Tourisme insiste sur l’application de la norme NN génératrice d’importantes dépenses.
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Dalia Farouq16-01-2013

20 millions de dollars. C’est la perte des hôtels au cours des deux dernières années en raison de la baisse du mouvement touristique en Egypte. Ce secteur se retrouve ainsi en pleine crise en raison des charges. « Il y a les dettes des banques qu’un grand nombre d’investisseurs hôteliers ne pourront pas payer, les factures d’électricité, les versements des assurances sociales. En plus, le ministère du Tourisme insiste sur l’application en ce moment difficile de nouvelles normes de classification pour les établissements hôteliers connus par le système NN, d’ici le mois d’avril prochain », se lamente Tewfiq Kamal, président de la Chambre des hôtels. Il ajoute que les membres de l’assemblée générale de la Chambre sont tous convaincus de l’importance de cette nouvelle classification, préparée il y a plus de deux ans en coopération avec l’Organisation mondiale du tourisme, pour l’amélioration des services et la promotion du tourisme. Mais, selon lui, ce délai de trois mois n’est pas suffisant si l’on prend en considération la situation actuelle du tourisme en Egypte qui souffre d’une crise sans précédent.

Pour sa part, Nagui Eriane, vice-président de l’Union des Chambres de tourisme et d’hôtellerie, assure que plus de 200 hôtels sont mis en vente, dont la plupart des hôtels flottants à Louqsor et Assouan. Ces hôtels qui sont au nombre de 238 sont les plus touchés par la crise du tourisme qui dure depuis deux ans puisque le taux d’occupation en pleine saison ne dépasse pas les 5 % et seuls 38 bateaux naviguent. « Je suis l’un de ces investisseurs qui veulent vendre leurs hôtels en Egypte. C’est difficile pour moi mais que faire pour arrêter cette perte à laquelle je suis exposé chaque matin, puisque les frais de fonctionnement d’un hôtel flottant sans touristes sont d’environ 600 000 L.E. par jour », déplore Nagui Eriane, qui assure que le gouvernement n’accorde plus d’aide au secteur du tourisme, qui est pourtant crucial pour l’économie du pays.

La Chambre des hôtels et l’Union des Chambres de tourisme ont appelé à plusieurs reprises le gouvernement pour intervenir en faveur d’une exemption d’impôts et un étalement des dettes pour les investisseurs en ces moments difficiles, afin non seulement de les aider à rester sur le marché, mais aussi sauver plus de 300 milliards de dollars d’investissement. « Nous n’avons pas reçu de réponse. Cette attitude de la part du gouvernement nous fait penser à une théorie du complot contre le secteur du tourisme, ses investisseurs, ses professionnels et ses employés. Ce secteur qui était la poule aux oeufs d’or de l’économie en Egypte pourrait garantir un milliard de dollars par mois avec plus de soutien », reprend Eriane qui se demande si l’application de la nouvelle classification relancera le tourisme.

Eriane n’est pas le seul à pester. Mohsen Mahmoud, propriétaire d’un hôtel à Hurghada, assure qu’il a dû licencier plus de 60 % de ses employés. « Comment les payer, tout en gardant la même qualité qu’auparavant, surtout qu’on a été obligé de réduire les prix de plus de 80 % ? Une chambre qui était louée de 80 à 120 dollars la nuitée avec les repas est réservée en ce moment à 10 et 25 dollars », s’exclame Mahmoud.

Il estime que d’ici l’été, si l’Egypte ne retrouve pas la sécurité et la stabilité, plus de 70 % des investisseurs hôteliers feront faillite et l’industrie du tourisme sera détruite en Egypte. « On nous parle d’application de nouvelles normes de classification des hôtels ... Mais quels touristes visons-nous ? Car même la qualité du touriste a baissé. Cela se voit dans son pouvoir d’achat, puisque même les bazars sont désertés ! », s’exclame Mahmoud.

« Améliorer leurs services »

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Pour sa part, le ministère du Tourisme a refusé la demande de la Chambre des hôtels de reporter l’application de la nouvelle classification d’au moins un an. « Depuis 2009, le ministère du Tourisme travaille sur ce dossier et les hôtels le savent bien. Depuis deux ans, les hôtels devaient améliorer leurs services pour aller de pair avec ce nouveau système NN, dont l’application a été remise plusieurs fois à cause des bouleversements en Egypte, suite à la révolution du 25 janvier », se défend Hicham Zaazoue, ministre du Tourisme. Il ajoute qu’au départ, les responsables de la Chambre des hôtels avaient proposé que seuls les nouveaux hôtels devaient appliquer les nouvelles normes de réévaluation promulguées par la Chambre des hôtels et le ministère du Tourisme pour recueillir la norme NN. Et avec le temps, ce sont les anciens hôtels qui ont demandé eux-mêmes de rejoindre cette classification afin de maintenir la concurrence avec les hôtels NN.

« Depuis 2010, les experts de l’Organisation mondiale du tourisme ont formé des inspecteurs de la Chambre des hôtels et du ministère du Tourisme pour surveiller l’application des nouvelles normes », assure Ossama Al-Achri, viceministre du tourisme et responsable du secteur des hôtels. Il ajoute que dans moins de dix ans, la compétition poussera tous les hôtels à s’aligner sur ces nouvelles normes. Plus d’une dizaine de grands hôtels ont déjà obtenu ce grade. « Cette nouvelle réévaluation va certainement être fructueuse pour l’industrie du tourisme tout entière, puisque nos hôtels NN seront un pôle d’attraction pour les touristes. En outre, elle assurera la réputation de la destination égyptienne, ainsi que la multiplication des visites », conclut Al-Achri.



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