Semaine du 9 au 15 janvier 2013 - Numéro 956
Musique: Tohami, le oud enchanteur
  La jeune luthiste égyptienne Chérine Tohami est déjà familière des plus grandes salles de concerts du monde. Elle vient de sortir son premier album, avant un second d’ici juillet 2013. Découverte.
Musiques
Chérine Tohami
Houda Belabd09-01-2013

Depuis une dizaine d’années Chérine Tohami exerce en tant que professeur de luth. Aujourd’hui, elle se place sous les feux de la rampe avec un premier album sorti il y a quelques semaines. Elle en prépare un deuxième, dont la sortie est prévue avant l’été 2013.

Son premier album qui a fait le tour du monde en un claquement de doigts a fait connaître ses compositions, notamment grâce au titre Ahlam (rêves) au succès mondial. Mais l’album comprend aussi des reprises de nombreux chefs-d’oeuvre comme Al-Nahr al-khaled de Mohamad Abdel-Wahab. Mais Chérine Tohami affectionne aussi le répertoire d’Oum Kolsoum, d’Asmahane, de Abdel-Halim Hafez et de Fayza Ahmad.
La soliste a d’abord brillé au sein de la Chambre arabe du oud du Caire, puis est partie enseigner à la Maison du luth d’Abu-Dhabi, aux Emirats arabes unis. Elle donne régulièrement des concerts en Egypte et à l’étranger.
Pour atteindre un tel niveau en une décennie, la musicienne n’y est pas allée par quatre chemins. Il lui a suffi de croire en ses rêves, comme elle le dit fermement. Cette artiste décidée se passionne pour son instrument fétiche depuis son plus jeune âge. Son premier public fut sa famille et ses amis. Une admiration qui l’a galvanisée contre la réticence et qui lui a donné envie de se surpasser dans l’optique de réaliser son rêve le plus cher : devenir le porte-drapeau féminin du luth égyptien.
D’ores et déjà, son public dépasse les frontières du pays des pharaons. « Le public européen voue une grande affection aux instruments arabes et orientaux à l’instar du luth, chose que je constate par la présence importante des Européens lors de mes concerts. Mon passage à l’Institut du monde arabe à Paris me l’a également prouvé. De même, j’ai beaucoup d’étudiants français et européens ici à Abu-Dhabi », révèle la musicienne.
La musique et la lutte
Son credo ? Faire de son instrument favori son cheval de bataille dans la lutte contre les discriminations faites aux femmes dans son pays et dans le monde arabe. Elle aspire à faire partie du premier groupe de filles arabes titulaires d’un diplôme de luth à la Maison du oud en Egypte.
Grâce à des femmes artistes du même calibre qu’elle, bon nombre d’organes médiatiques commencent à accepter l’idée que le luth n’est plus l’apanage d’hommes chevronnés. C’est un instrument qui tend à « améliorer la vie humaine et à prouver au monde entier que les rêves peuvent se concrétiser grâce à la persévérance et à la détermination, et ce, sans distinction de sexe, de couleur ou d’âge », espère Chérine Tohami.
Partant du principe que le savoir ne se garde pas, mais se transmet, elle s’est juré de créer plusieurs ateliers dédiés au oud dans plusieurs pays arabes.
Parmi ses fans figure aussi l’un de ses enseignants : le célèbre musicien iraqien Nassir Chamma qui l’a toujours encouragée à percer dans l’univers de la musique arabe. Mais pour le moment son public arabe reste essentiellement élitiste et se compose surtout d’amoureux et de professionnels du luth.
C’est sans langue de bois que Chérine Tohami parle de la révolution égyptienne. A la différence de ceux qui dédient leurs oeuvres à la révolution, cette jeune femme voit le dévouement de la révolution autrement. « J’ai fait partie de la jeunesse de Tahrir. Ma manière de soutenir la révolution, c’est de descendre dans la rue et faire entendre ma voix avec les manifestants. M’exposer aux mêmes risques qu’eux », dit-elle.
Même si elle est aujourd’hui loin de son pays, son coeur reste en Egypte. A Abu-Dhabi, après avoir côtoyé les plus grands musiciens du monde, cette femme pleine de charisme continue de graver son nom sur les devants de la scène musicale arabe .


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