Semaine du 9 au 15 janvier 2013 - Numéro 956
Télévision: Les mutations sociales comme alibi
  Dans le nouveau volet du feuilleton Wanis, le pays et ses habitants, le comédien réalisateur Mohamad Sobhi lance une fois de plus sa lessiveuse dramatique, où tournoie tout le chaos d’une société. Une oeuvre qui ne plaît pas nécessairement à la censure.
Television
Wanis wal-ebad, wa ahwal al-bilad (Wanis, le pays et ses habitants), une plongée dans l’état actuel de l’Egypte après la révolution.
Yasser Moheb09-01-2013

La révolution égyptienne, la crise économique, le terrorisme idéologique, la métamorphose d’une société en quête de liberté et l’impact du politique sur le social. Tant de sujets et de questions sociales, qui forment le thème principal du nouvel épisode du feuilleton Wanis wal-ebad, wa ahwal al-bilad (Wanis, le pays et ses habitants), écrit, réalisé et interprété par Mohamad Sobhi.
Le feuilleton, produit par la télévision égyptienne, devrait passer sur les écrans arabes l’an dernier, pendant le mois du Ramadan, mais il n’avait pas été achevé à temps. Mais même avant sa diffusion, l’oeuvre avait déclenché un vif débat dans la presse égyptienne. Alors que la plupart des critiques en ont approuvé la diffusion, d’autres ont dénoncé l’intérêt obsessionnel porté par d’aucuns contre la révolution.
Reste à l’auteur à expliquer le but de son oeuvre : « Comme l’exprime son titre, le feuilleton est une sorte de plongée dans l’état actuel de l’Egypte après la révolution, dans le but de relever quelques signes qui peuvent nous indiquer si nous sommes sur la bonne voie, ou si chacun a choisi simplement la voie qui lui convient, selon ses convictions et ses ambitions, oubliant l’intérêt public et les buts de la révolution ».
Ce n’est pas tout : « Chacun de nous peut témoigner presque quotidiennement d’un tas de crimes, d’abus ou de falsifications commis au nom de la révolution ou de la liberté d’expression, alors que c’est toute la société qui en paye le prix, au point que la majorité est terrifiée ou se sent étrangère à son propre pays. C’est ce que je voulais dire exactement à travers cette nouvelle partie de Wanis ».
Fidèle au drame social teinté d’une comédie de situation, Mohamad Sobhi se déclare cette fois-ci encore plus proche du social : « Dès le premier volume de Yawmeyat Wanis (journal de Wanis), diffusé en 1994, j’essayais de tout dire dans un cadre purement social, par conviction que l’art ne doit pas se transformer en pamphlets politiques. Il doit garder son aspect divertissant en abordant tout thème, même le plus sérieux ou critique ».
Une vérité qui divise
Mais ce nouvel épisode de Wanis est loin de faire l’unanimité : il évoque certaines mutations sociales qui ont frappé l’Egypte au lendemain de la révolution du 25 janvier et l’accès des partis islamistes au pouvoir. De quoi engendrer une confrontation entre ce qui est civil ou libéral et ce qui est religieux et ce qui ne l’est pas. On a notamment entendu quelques responsables et hommes de médias parler du « mauvais timing » de la diffusion, au moment où la rivalité politique bat son plein.
« Le feuilleton ne porte du tout ni sur la politique pure, ni sur les tabous religieux, comme le prétendent d’aucuns », affirme Mohamad Sobhi. «comité de censure l’a visionné plusieurs fois et l’a approuvé. Je ne comprends vraiment pas ce qu’il y a à craindre d’un feuilleton ; surtout que ses précédents épisodes prouvent son objectivité. Les responsables m’ont promis que l’oeuvre sera diffusée très prochainement sur les écrans égyptiens et arabes. Espérons-le alors !
», ajoute-t-il.
D’après Sobhi, le feuilleton essaie de démontrer qu’il ne faut pas se concentrer sur le passé, mais sur l’avenir. Il discute également de la scène médiatique actuelle, indiquant que la plupart des médias présentent parfois des informations erronées, continuant à jouer le même rôle que sous l’ancien régime. Auparavant, ils acclamaient le Parti national au pouvoir, et aujourd’hui, ils ne cessent d’applaudir les révolutionnaires et compagnie.
« Je ne voulais pas que le feuilleton ressemble à ces programmes de télévision diffusés pour éveiller la conscience, mais je voudrais présenter une oeuvre avant tout artistique, donnant des informations nouvelles et compréhensibles à la portée d’un enfant de 10 ans. Je présente les faits réels, selon mon point de vue. Je vise à présenter une société dont le parcours vient de commencer », précise Sobhi, en affirmant que « personne ne peut contrôler ni les idées, ni l’esprit des autres ». Encore une mission socioculturelle à accomplir pour l’inventeur de Wanis, en ces temps difficiles .


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