Semaine du 24 au 30 octobre 2012 - Numéro 945
Entre pauvreté et dignité
Farouq Goweida24-10-2012
 
 

Les pauvres d’Egypte résistent face à l’ardeur du besoin et des conditions de vie difficiles. Ils n’ont pas rejoint les foules mécontentes comme les médecins, les instituteurs, les professeurs d’universités, les employés aux compagnies de pétrole, les membres des partis politiques et les symboles de l’élite perdue.

Les pauvres d’Egypte qui représentent une majorité continuent à se dresser avec honneur, luttant pour satisfaire les besoins de leur vie, bien que ce soient eux qui méritent le plus les soins, la protection et la sécurité. Ce phénomène humain noble incite à l’optimisme, car cela signifie que les racines de l’arbre n’ont pas encore pourri comme ses branches. J’ai essayé de trouver une réponse à la question : pourquoi les Egyptiens ont-ils résisté ? Est-ce par chasteté, par foi, ou par refus de tout ce qui est illicite bien que les grandes têtes de la société se soient noyés dans l’argent illicite ?

La distance entre les zones sauvages et les quartiers résidentiels riches est très petite, à peine quelques minutes séparent entre ceux qui n’ont pas de quoi dîner et ceux qui possèdent l’univers en entier, entre un enfant qui dort sur le trottoir avec des milliers d’autres et un enfant qui dort dans un palais. La différence est flagrante, et surtout, embarrassante.

Les médecins sont en colère et ils ont raison. Il est inacceptable que le salaire d’un médecin soit quelques centaines de L.E. qui ne suffisent même pas à acheter un vêtement ou à couvrir les moyens de transport. Les médecins ont donc le droit de se révolter contre une société injuste qui les prive de leur droit à une vie décente. Et en même temps, il est courant de rencontrer un jeune homme pauvre, un diplômé universitaire qui est le premier de sa promotion, et son collègue, qui n’est qu’un bon à rien, est le fils d’un ministre ou d’un homme important, il a donc lui aussi occupé un poste important. Et voilà que le jeune homme pauvre se trouve servir la table à laquelle son collègue riche est assis dans le restaurant où il travaille. Il maudit alors le diplôme qu’il a obtenu et les jours où il était le meilleur étudiant.

Pendant la rencontre entre le premier ministre Hicham Qandil et les rédacteurs en chef des journaux, une tempête de chiffres m’a causé une dépression que je n’ai pas pu encore dépasser.

La moyenne des taux de pauvreté a atteint 25 % au minimum, dont 80 % dans certaines régions de la Haute-Egypte. Le taux de chômage a atteint 13 % avec une majorité parmi les diplômés universitaires. De plus que la moyenne du revenu par personne est moins de 12 L.E. par jour. Et si les circonstances actuelles persistent, le déficit financier dans le budget, qui est actuellement 170 milliards de L.E., atteindra 345 milliards dans 5 ans. Les dettes publiques ont atteint 1 trillion 200 milliards de L.E. et atteindra 2 trillions 800 milliards dans 4 ans si les Egyptiens restent comme ils le sont actuellement sans travail ni production.

Parmi les chiffres décevants, citons également que 33 % du budget sont consacrés aux subventions, et 26 % pour les salaires, les intérêts des dettes 22 % et les 20 % qui restent sont distribués sur tous les services, y compris l’enseignement, l’infrastructure et la santé, et aussi ce qui est appelé le développement humain. De plus que les réserves en devises ont atteint 15 milliards et 500 millions de dollars. Et cette somme ne peut couvrir les importations de l’Egypte que pendant 3 mois.

Après avoir entendu ces chiffres, j’ai pensé que la solution ne résidait pas dans une bonbonne de gaz ou un baril de pétrole. La solution réside dans des procédures radicales, alors que les pauvres ne doivent pas assumer la facture du déficit du budget ou de nouveaux plans dont nous avons entendu parler des millions de fois sous le nom de réforme économique.

Dans les compagnies pétrolières, les salaires atteignent des milliers de L.E. pour des milliers d’employés et d’experts, et cependant, ceux-ci sont allés aux manifestations, bien que les compagnies pétrolières aient des dettes qui dépassent 60 milliards de L.E. C’est également le cas dans les compagnies d’électricité, et pour les professeurs d’universités, les membres des appareils de contrôle, les juges, les avocats et les journalistes. On ne peut nier que parmi ces catégories, il y en a effectivement qui ont souffert d’une injustice énorme durant l’ancienne époque face aux opérations de discrimination et d’éloignement. Or, la surprise est que jusqu’à aujourd’hui, les pauvres d’Egypte ne sont pas allés manifester réclamant les moindres éléments d’une vie honorable.

Avant la révolution du 25 janvier, les experts s’attendaient à une révolution d’affamés prédisant une intifada à cause de la hausse des taux de pauvreté, de l’analphabétisme, du crime et du nombre croissant de zones sauvages. On pensait donc que la révolution qui viendrait serait une révolution de pauvres. Or, il est vraiment paradoxal que la révolution technologique soit l’outil auquel les jeunes d’Egypte ont eu recours pour renverser le régime despote, prouvant au monde entier que le peuple égyptien est un peuple civilisé et illuminé.

Les pauvres ont participé avec les jeunes dans leur révolution et leurs sangs se sont mélangés sur la place Tahrir et la place Al-Arbéine et autres écrivant avec leurs sangs les premières lignes dans le livre de la liberté.

A mon avis, la position des pauvres d’Egypte est la plus noble depuis la révolution et jusqu’à présent. Toutes les classes du peuple égyptien sont sorties de cet examen perdantes. En effet, l’élite égyptienne a montré son visage le plus hideux dans ses dialogues, ses comportements et son opportunisme. Les différentes tranches de la société ont revendiqué d’innombrables demandes sans attendre l’amélioration des conditions sécuritaires et le retour de la stabilité du pays. Les tentacules de l’ancien régime ont tenté par toutes les manières de déformer la révolution, de se venger de ses jeunes et de mettre en doute tout ce qui s’y rapporte.

Les fonds de la corruption pillés par les escrocs de l’ancien régime ont essayé d’avorter la révolution et ont utilisé les médias corrompus.

Les partisans de l’ancien régime ont usé de tous les moyens pour enflammer la sédition dans la rue égyptienne utilisant les fonds pillés du peuple. Toutes les forces politiques s’affrontaient pour s’approprier le plus gros du butin du pouvoir abandonnant ainsi son principal rôle dans la protection de la société avec tous ses courants et ses factions.

Les courants religieux ont essayé de confirmer leurs gains et de parvenir au pouvoir. Les courants libéraux et laïques ont, eux, essayé de détruire le temple car ils ne sont parvenus à rien jusqu’à présent. Quant aux courants politiques, ils se sont lancés dans la récolte des fruits pour s’emparer du pouvoir et chercher les gains. Toutes ces batailles et liquidations de comptes entre les forces politiques apparues à la surface après la révolution sont les pires comportements de la rue égyptienne. En effet, sont apparus à la surface toutes les maladies léguées par l’ancien régime provoquées par le déséquilibre des mœurs, le dessèchement de la mentalité égyptienne à partir de la corruption de l’élite pour finir par les maladies de l’exploitation et de l’hypocrisie qui ont gagné les comportements de la rue égyptienne ces dernières années.

Aujourd’hui, le parti des pauvres, le plus grand parti d’Egypte et le plus modeste, observe de loin ce qui se passe en Egypte. Dans ce contexte, je tiens à mettre en garde contre la pression exercée sur les pauvres de ce peuple, car ils ne pourront assumer davantage de difficultés, alors qu’au milieu du chaos et de la confusion des positions, les pauvres d’Egypte paraissent dans cette scène les plus cohérents et les plus attachés à ce pays bien qu’ils soient les plus dignes du soutien. C’est la dignité.



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