Semaine du 31 mars au 6 avril 2021 - Numéro 1368
Amani El-Taweel : Les outils de la lutte antiterroriste doivent être africains
  3 questions à Amani El-Taweel, cheffe du département des études africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, sur la recrudescence des attaques terroristes dans la zone dite des trois frontières entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Amani El-Taweel
Sabah Sabet31-03-2021

Al-Ahram Hebdo : La région des trois frontières (Niger, Mali, Burkina Faso) a été la cible, ces dernières semaines, de plusieurs attaques terroristes. Pourquoi ce regain de tension ?

Amani El-Taweel : En effet, depuis le début de l’année, les attaques terroristes se sont multipliées dans la zone dite des trois frontières et ont causé la mort d’une centaine de personnes dans cette région où sévissent de nombreux groupes armés. C’est à cause d’un certain nombre de développements que cette région, fragile de point de vue sécuritaire, est exposée à cette situation troublante. Le premier vient de Libye : les développements dans ce pays ont poussé certaines milices armées à se déplacer vers l’ouest et à stationner dans cette région fertile pour le terrorisme. La deuxième cause, c’est la subvention turque aux groupes et milices armés en Afrique, surtout dans cette région. La Turquie use de nouvelles cartes de pression en Afrique. La troisième cause est liée à la faiblesse des forces de sécurité des pays de cette région, incapables de faire face à la menace terroriste.

— Est-ce aussi un signe d’échec du G5 Sahel et de la force française Barkhane présente sur place ?

— Malheureusement, la présence française n’a pas réalisé de grands succès sur le terrain en matière de lutte antiterroriste. Et aucune autre force étrangère ne pourra, seule, le faire. Le concept du refus de toute intervention étrangère est enraciné dans les esprits de la plupart des populations africaines, il leur rappelle la colonisation, c’est pourquoi elles luttent contre la présence de ces forces. Et les groupes djihadistes ont bien exploité ce point, en tentant de transformer les conflits politiques en d’autres religieux, comme ce qui s’est passé en Centrafrique. Dans ce pays, après l’intervention française, les groupes armés ont fait croire aux populations locales que les Français étaient venus pour protéger les chrétiens et combattre les musulmans. Ce qui a exaspéré le conflit.

— Comment donc lutter efficacement contre le terrorisme ?

— Premièrement, il n’y a pas de système modèle de lutte antiterroriste. La solution sécuritaire est importante mais elle doit faire partie d’une approche multiforme renfermant le développement, la culture, les médias et la lutte contre la pauvreté ; le tout soutenu par les acteurs internationaux. De plus, la France et les autres pays européens doivent s’orienter vers plus de soutien technique, logistique et militaire aux armées des pays africains qui font face à la menace terroriste. En outre, une coopération régionale est importante, alors que l’Union africaine a été écartée de la question de lutte contre le terrorisme, ce qui n’est pas un pas correct. Cette organisation africaine doit s’impliquer davantage dans la lutte antiterroriste, car sur le terrain, les outils de la lutte antiterroriste doivent être africains.


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