Semaine du 31 mars au 6 avril 2021 - Numéro 1368
Hamdy Bargouth : La gestion de la crise a été parfaite
  Hamdy Bargouth, expert en transport maritime international, revient sur les circonstances qui ont conduit au blocage du Canal de Suez par le porte-conteneurs géant Evergreen.
Hamdy Bargouth
Nada Al-Hagrassy31-03-2021

Al-Ahram-Hebdo : Après avoir bloqué le Canal de Suez pendant près d’une semaine, le porte-conteneurs géant Evergreen a pu enfin être dégagé. Pensez-vous qu’il y ait eu plus de peur que de mal ?

Hamdy Bargouth : C’est un incident exceptionnel et sans précédent. Il ne se répètera plus selon toute probabilité. Long de 400 m et pesant plus de 220 000 tonnes, le porte-conteneurs Evergreen a fait son entrée dans le Canal de Suez avec une visibilité proche de zéro à cause d’une tempête de sable. Il a dévié plusieurs fois avant d’échouer, s’enfonçant jusqu’à 9 m dans le sable, obstruant la voie navigable et bloquant complètement le trafic dans le Canal de Suez dans les deux directions. Il est très difficile sinon impossible que ces circonstances se reproduisent. L’Egypte a fait de multiples efforts pour dégager ce porte-conteneurs géant qui a bloqué la navigation pendant une semaine. Une douzaine de remorqueurs, ainsi que des dragueurs ont été mobilisés pour aspirer le sable sous le navire dont l’étrave était encastrée dans la rive.

— Quelles sont, à votre avis, les causes de l’incident ?

— Il faut identifier le problème qui a causé cette crise. Le site Ship Gap, spécialisé dans les affaires maritimes, vient de publier un dessin montrant que le navire Evergreen s’était échoué plusieurs fois avant d’obstruer l’entrée du Canal de Suez. Les questions qui se posent sont les suivantes : peut-il s’agir d’un dysfonctionnement du navire ? Est-ce la faute du pilote qui a augmenté la vitesse tout d’un coup pour échapper à la tempête de sable, et au lieu d’y échapper, le navire s’est enfoncé obstruant le passage maritime ? S’agit-il d’une panne de courant sur le navire comme suggèrent certains rapports ? Ou encore s’agit-il de l’effet de la berge ? Car l’eau entre la berge du canal et la coque du navire peut gâcher la direction lorsqu’elle vient des zones de haute pression vers des zones de basse pression. Jusqu’à présent, personne ne sait catégoriquement ce qui s’est passé. Ce ne sont que des suggestions.

— L’incident affectera-t-il la position du Canal de Suez, en poussant par exemple les pays à chercher des voies alternatives ?

— Absolument pas. Au début de la crise nous avions quelque 369 navires bloqués des deux côtés du canal. Aucun ne s’est hasardé à emprunter une route alternative simplement à cause du coût élevé et du temps nécessaire. Il aurait été insensé que les pays touchés par la crise d’Evergreen augmentent encore plus leurs pertes en empruntant des voies non seulement peu fréquentées, mais aussi dont les capacités de faire passer des porte-conteneurs sont bien inférieures au Canal de Suez qui relie l’Extrême-Orient à l’Europe. 12 % du commerce mondial total le traverse. Les exportations d’énergie, tels le gaz naturel liquéfié, le pétrole brut et le pétrole raffiné, représentent entre 5 et 10 % des expéditions mondiales. Le trafic vers l’ouest du canal est estimé à environ 5,1 milliards de dollars par jour et le trafic vers l’est à environ 4,5 milliards de dollars par jour. Les pertes des navires bloqués dans le Canal de Suez auraient été un moindre mal que d’emprunter des voies alternatives qui auraient augmenté le coût des produits et la durée du voyage.

— Selon la loi internationale, qui assume les pertes causées par le déblocage du navire ?

— La loi maritime stipule que tout incident qui se produit dans le Canal de Suez est la responsabilité du navire et non celle du Canal de Suez. L’Egypte a été certes affectée par cet incident. Les revenus du Canal de Suez en temps normal sont de 5,5 milliards de dollars par an. Si on divise cette somme sur 365 jours, on aura un revenu de 15 millions de dollars par jour. On doit donc multiplier cette somme par le nombre de jours de blocage. Mais il n’y a pas que les revenus. Cette opération de dégagement a coûté quelque 100 millions de dollars. On a eu recours à des experts étrangers durant le dégagement. Par ailleurs, le recours à des experts étrangers est une démarche intelligente, car ces experts sont neutres et ils pensent que la crise est survenue à cause de circonstances qui sont hors de la portée de l’Egypte.

— Enfin, que pensez-vous de la gestion de la crise ?

— Parfaite. L’Organisme du Canal de Suez a géré la crise avec beaucoup de compétences. Il possède les équipements les plus sophistiqués comme le remorqueur Baraka et le dragueur Khaled Ibn Al-Walid. Donc, la compagnie possède les meilleurs équipements de sauvetage au monde. Ces équipements sont capables de faire face à tous les accidents qui puissent arriver. Mais cet accident n’est pas une simple déviation. Le navire s’est enfoncé jusqu’à 9 m dans le sable. Il était entouré de sable et non pas d’eau. C’est ce qui rend toute tentative de dégagement difficile à cause du manque d’eau sous le navire.


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