Semaine du 17 au 23 février 2021 - Numéro 1362
L’ange de l’amour nous a quittés
  Le poète palestinien Mourid Al-Barghouthi s’est éteint, dimanche 14 février en Jordanie, à l’âge de 76 ans. La nouvelle est arrivée comme un coup de tonnerre, et les paroles saluant la disparition d’un modèle de vertu chevaleresque ont déferlé sur la toile.
L’ange de l’amour nous a quittés
Un chantre doux de la cause palestinienne.
Dalia Chams17-02-2021

La mort du poète palestinien Mourid Al-Barghouthi marque la fin d’une idylle amoureuse. Son fils Tamim a annoncé sur son compte Twitter que son père s’est éteint le jour de la Saint-Valentin, à la capitale jordanienne où il vivait ces derniers temps, et depuis, les réseaux sociaux ont été envahis par une vague de tristesse et de larmes. Sans omettre que l’écrivain avait publié 12 recueils de poésie et 2 récits autobiographiques en prose, J’ai vu Ramallah (1997) et Nés ici et là-bas (Wolidtou Honak, Wolidtou Hona, 2009), les gens avaient tendance surtout à déplorer la mort d’un amoureux qui a continué à nourrir une vive passion pour sa partenaire, six ans après la disparition de cette dernière. Tout le monde semblait comprendre que le poète doux est allé rejoindre sa femme, l’écrivaine et académicienne égyptienne Radwa Achour, morte d’une tumeur au cerveau il y a quelques années.

Son regard langoureux en disait tant lorsqu’il enregistrait des poèmes en vidéo, rappelant le souvenir de sa femme rayonnante et leur belle histoire d’amour qui a commencé lorsqu’ils étudiaient ensemble à l’Université du Caire, à la fin des années 1960 : « Tu es belle comme une patrie libérée, et moi, fatigué comme une patrie occupée ».

L’ange de l’amour nous a quittés
Radwa et Mourid, un mythe amoureux contemporain.

Né à Deir Ghassanah, près de Ramallah, le 8 juillet 1944, il est arrivé au Caire pour effectuer des études de lettres anglaises. Lorsqu’il terminait sa dernière année universitaire, la Guerre des Six-Jours de 1967 débuta. Après la défaite des Arabes, Israël s’est emparé de Gaza et de la Cisjordanie, et Mourid, ainsi que de nombreux Palestiniens résidant à l’étranger, fut interdit de retourner à sa terre natale. Il s’est marié avec sa dulcinée Radwa Achour en 1970, « nous sommes devenus une famille, son sourire est désormais ma demeure », et a publié son premier recueil de poèmes La Maison du retour (Al-Toufane Wa Eadat Al-Takwine), à Beyrouth, deux ans plus tard.

Exil et errance

S’étant opposé à la visite de Sadate pour Israël en 1977 et, par conséquent, aux accords de Camp David, il fut détenu en Egypte, avant d’être renvoyé du pays où il fut interdit de rentrer pendant 17 ans. Ainsi, il a d’abord vécu à Bagdad et à Beyrouth, avant de s’installer à Budapest entre 1980 et 1987 et d’être nommé comme délégué de l’OLP en Europe de l’Est. Pendant ces temps, il voyait sa femme et son fils unique, Tamim, sporadiquement, et l’éloignement ne faisait que raviver sa flamme. En 1996, à la suite des accords d’Oslo, il fut autorisé à revenir en Palestine, et a entrepris un voyage à Ramallah, après trente-et-un an d’absence, d’où le récit poétique, J’ai vu Ramallah (éditions de l’Aube), qui lui a valu le prix littéraire Naguib Mahfouz en 1997. Dans la préface de cet ouvrage, le penseur et académicien Edward Saïd loue cette « chronique douloureusement minutieuse de ce tourbillon d’émotions et de pensées qui, sinon emporte, submerge en de telles occasions (…) L’écriture de Barghouthi est extraordinairement libre de toute amertume, de toute récrimination. L’expérience palestinienne est ainsi humanisée, rendue réelle de nouvelle façon ».

L’ange de l’amour nous a quittés

Dans ses récits personnels et dans ses poèmes nous retrouvons sans doute la maison de ses aïeux, les ruelles de son enfance, la poussière de ses souvenirs, le goût de l’exil, des olives et du café. Le secret de celui-ci réside d’ailleurs, selon lui, en le fait d’arriver à temps, une fois désiré. Il doit être préparé avec amour par quelqu’un d’autre, car « le café est comme les fleurs il doit être offert (…) si on le prépare par nous-mêmes, on est alors dans un libre moment d’isolation, sans son amour ou son chéri. On est comme un étranger chez soi ». Ses mots ont couru la toile, depuis dimanche soir, pour saluer la vie et l’amour de ce poète engagé, dont les positions politiques fermes lui ont attiré énormément de respect, tout comme ses amis et compatriotes Naji Al-Ali, Ghassan Kanfani et Mahmoud Darwich. Le rêve de la terre a toujours caressé son esprit, lui a qui a dit : « J’ai quatre ans de plus que l’Etat hébreu, et je suis sûr que je mourrai avant la libération de mon pays de l’occupation israélienne ». En l’an 2000, il a reçu le prix de la Palestine sur la poésie, et en 2013, son oeuvre complète fut publiée, en deux tomes, aux éditions égyptiennes Al-Shorouk.


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