Semaine du 17 au 23 février 2021 - Numéro 1362
Un répertoire riche
 
Un répertoire riche
Ghazl Al-Aamar (filage de vies).
Névine Lameï17-02-2021

Hassan el-geretly a fondé à Limoges une première troupe théâtrale Les Tréteaux de la Terre et du Vent. Et c’est au Centre dramatique national du Limousin, dans les années 1970, qu’il a touché à l’idée de la décentralisation de l’art, développée par la suite dans la troupe El-Warsha qui ressuscite au fil des ans pas mal d’arts traditionnels égyptiens (chants épiques tirés de La Geste hilalienne, ombres chinoises, danse du bâton, contes populaires, sketchs, marionnettes à gaine, épopées médiévales, music-hall cairote, chants soufis, chants ouvriers et nubiens …).

Entre 1987 et 1990, El-Warsha passe par l’adaptation des pièces occidentales, en les revisitant à l’égyptienne, dans la quête des racines populaires du théâtre. D’où des spectacles tels Le Réveil de Dario Fo, Le Pupille veut être tuteur de Peter Handke, Le Monte-charge et L’Amant d’Harold Pinter, joués en arabe dialectal. La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka, écrite en 1914, compte également parmi le répertoire de la troupe.

Un tournant s’opère. Pour la première fois, El-Warsha contribue avec une oeuvre tragi-comique sur le pouvoir, inspirée de Macbeth, et en donne une première représentation en 1990 à l’Opéra du Caire, avec des joueurs de marionnettes et de guignols dont les maîtres incontestés Hassan Khanouffa et Ahmad Al-Komi.

En 1992, la troupe produit ses propres textes et souligne encore plus son besoin d’indépendance et de s’exprimer librement, loin de toute « bureaucratie » et centralisation. Elle se tourne vers des fondations étrangères, s’investit dans l’aide au développement. En 1993, est née Ghazir Al-Leil (torrents de nuit), une adaptation du chef-d’oeuvre populaire égyptien Hassan et Naïma, jouée sous une tente. Avec Ghazir Al-Leil, la troupe tourne dans différents gouvernorats d’Egypte et voyage à Paris, en 1996 à l’Institut du monde arabe. D’où sa rencontre avec le cheikh du chant soufi Zain Mahmoud.

Toujours en 1993, à la suite d’une rencontre avec Sayed Al-Dawi (1933-2016), l’un des derniers conteurs de La Geste hilalienne, est née Layali El-Warsha (les nuits d’El-Warsha). Depuis cette date et jusqu’à présent, Les Nuits d’El-Warsha se donnent en évolution continuelle, avec des thématiques nouvelles.

Parmi les pièces phare d’El-Warsha citons également Ghazl Al-Aamar (filage de vies, 1998). Rossassa fil Qalb (une balle dans le coeur, 2003), opérette Ayam Al-Ezz (jours de gloire, 2006), de Badïe Khaïri, et Qiyama Qamette (le jugement dernier, 2017), inspiré de l’opérette lyrique Yom Al-Iyama, des années 1940, de Baïram Al-Tounsi et Zakariya Ahmad.

Entre 2006 et 2010, El-Warsha s’engage dans un travail autour des guerres qu’a subies l’Egypte, en s’attachant à la parole des vaincus, par la métaphore des Troyennes d’Euripide. Un projet qui s’appuie sur la tragédie grecque classique et la poésie contemporaine arabe.

Bien engagée dans la Révolution de 2011, la troupe présente Zawaya (angles de vue), une invitation à la réflexion à partir de témoignages divergents qui parlent des dix-huit jours ayant mené à la chute du régime Moubarak.

Par ailleurs, El-Warsha développe des échanges avec la compagnie Alis et l’Echangeur de Fère-en-Tardenois, ainsi qu’avec l’entreprise Théâtre de Marseille. Un travail autour de la figure du clown a été engagé avec François Cervantès. Et en juillet 2014, elle collabore au somptueux Festival d’Avignon dans le in, présentant Haeeshek.

La plus récente production d’El-Warsha est Les Petites chambres, en 2018, du dramaturge syrien Waël Kaddour. Une pièce qui plonge indirectement dans les profondeurs des émotions et de la psyché humaine, à la recherche de l’amour dans un environnement social hostile et hésitant.

Projets sur les rails

En attendant de pouvoir surmonter la crise financière actuelle, El-Warsha prépare deux nouvelles productions : Diwan Al-Aytam (le registre des orphelins) et Alcazar sur les music-halls de la rue Emadeddine, dans les années 1920-1930.

Les spectacles de la danse du bâton qui se déroulent en temps normaux au centre Medhat Fawzy de Mallawi sont actuellement en suspens à cause du Covid-19. Ils sont reportés à l’automne 2021.


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