Semaine du 17 au 23 février 2021 - Numéro 1362
Le Yémen et le contexte regional
Al-Ahram Hebdo17-02-2021
 
 

Dix ans après le soulèvement populaire au Yémen, déclenché le 27 janvier 2011 dans le sillage du Printemps arabe, le pays est toujours en proie à une guerre dévastatrice qui oppose les forces gouvernementales du président Abd-Rabbo Mansour Hadi, soutenues par une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, aux milices houthies, soutenues par l’Iran. Une guerre qui a détruit les infrastructures du pays et fait jusqu’à présent plus de 100 000 morts sans compter une situation humanitaire catastrophique.

Cette semaine encore, les Houthis ont revendiqué une attaque contre l’aéroport d’Abha dans le sud de l’Arabie saoudite. L’attaque a provoqué un incendie dans un avion commercial, sans faire de victimes, selon les autorités saoudiennes. La coalition a déclaré avoir intercepté deux drones armés que les Houthis avaient dirigés vers le sud de l’Arabie saoudite. Quelques jours plus tôt, Riyad avait également annoncé intercepter une cible « hostile » au-dessus de la capitale, régulièrement l’objet d’attaques lancées par les rebelles houthis.

La multiplication des attaques houthies contre l’Arabie saoudite intervient quelques jours après l’investiture du nouveau président américain, Joe Biden, à la Maison Blanche et au moment où l’émissaire du président américain pour le Yémen, Timothy Lenderking, était à Riyad, porteur d’un message de la nouvelle Administration américaine. Ces attaques constituent sans doute une tentative de la part de l’Iran (parrain des milices houthies) de faire pression sur les Etats-Unis dans le dossier nucléaire iranien. En effet, Joe Biden avait annoncé lors de sa campagne électorale son intention de relancer le dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire. Depuis, Washington et Téhéran se livrent à un véritable jeu de tir à la corde, chacun voulant entamer les négociations en position de force.

Mais au-delà de la question nucléaire, Joe Biden veut mettre fin au conflit yéménite. Il est soumis à de fortes pressions internes, notamment de la part du Congrès et du parti démocrate (farouchement opposés à la guerre), pour mettre fin à ce conflit. « Nous renforçons nos efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre au Yémen qui a créé une catastrophe humanitaire et stratégique », a déclaré Biden. Et d’ajouter : « Cette guerre doit cesser ». C’était précisément l’objectif de la visite de Timothy Lenderking en Arabie saoudite : « trouver un moyen de mettre fin à la crise yéménite ».

Contrairement à Donald Trump, qui a fourni un soutien logistique à la coalition, Joe Biden a retiré son soutien à celle-ci dans sa guerre au Yémen. Il a de même retiré les Houthis de la liste des organisations terroristes. Une décision qui vise, selon l’Administration américaine, à « faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et favoriser un règlement du conflit ».

En dépit de ces mesures, le règlement du conflit yéménite risque d’être ardu, d’abord parce que ce conflit est étroitement lié aux intérêts des grandes puissances régionales, notamment l’Iran et l’Arabie saoudite. Ensuite, parce que l’Iran, qui s’est toujours servi de la guerre au Yémen pour étendre son influence dans la région, continue à tirer les ficelles dans ce pays. Et Téhéran n’a pas l’intention de rendre la tâche facile au nouveau président américain. Le chemin de la paix au Yémen est encore long et parsemé d’embûches.


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