Semaine du 17 au 23 février 2021 - Numéro 1362
Yémen : Impulsion politique sur fond de reprise des combats
  Les rebelles houthis ont intensifié leurs attaques pour s’emparer de Marib, dernier bastion du pouvoir dans le nord du Yémen, tout en reprenant leurs attaques contre l’Arabie saoudite. Une intensification des combats qui intervient malgré une nouvelle impulsion politique de Joe Biden.
Yémen : Impulsion politique sur fond de reprise des combats
Les Houthis ont parrallèlement relancé l'offensive contre Marib et l'Arabie saoudite.(Photo : AFP)
Abir Taleb avec agences17-02-2021

Souvent qualifié de « guerre oubliée », le conflit du Yémen s’est redynamisé ces derniers jours. D’un côté, sous l’impulsion de Washington, avec plusieurs annonces successives ces dernières semaines (fin du soutien américain aux opérations offensives de l’Arabie saoudite puis du retrait des rebelles houthis de la liste des organisations terroristes, entrée en vigueur mardi 16 février), qui confirment l’objectif déclaré de l’Administration de Joe Biden d’en finir avec « cette guerre désastreuse », selon les termes du président américain. De l’autre côté, en revanche, le conflit a repris de plus belle sur le terrain, alors que les combats avaient baissé en intensité ces derniers mois. Les rebelles houthis intensifient leur assaut sur Marib, dernier bastion du pouvoir yéménite dans le nord du pays. Des dizaines de combattants ont péri dans des affrontements nocturnes, ont indiqué, dimanche 14 février, les responsables des forces progouvernementales. Les rebelles tentent depuis un an de s’emparer de cette ville riche en pétrole, située à environ 120 km à l’est de la capitale Sanaa qu’ils contrôlent depuis 2014. Mais la bataille s’est intensifiée depuis le 8 février, avec la reprise de l’offensive des Houthis. En début de semaine, les Houthis ont dépêché un grand nombre de combattants et lancé des attaques à partir de divers fronts contre Marib, ont indiqué à l’AFP des responsables des forces pro-gouvernementales. L’aviation de la coalition est intervenue en appui aux forces loyalistes au sol, ont-ils précisé. 16 membres des forces pro-gouvernementales ont été tués, de même que « des dizaines » de rebelles, ont-ils ajouté. Les Houthis ne divulguent généralement pas leurs pertes, mais différentes sources ont fait état, depuis la reprise de l’offensive, de lourds bilans dans les rangs des deux camps. Les rebelles ont par ailleurs réussi à couper les lignes d’approvisionnement en équipements militaires dans le district d’Al-Abdiya, à environ 50 km au sud de Marib, « en vue de préparer des attaques » et de « renforcer le siège » de la ville, a affirmé l’un des responsables militaires. Les forces gouvernementales dans la ville ont appelé les tribus locales, qui sont armées, à leur venir en aide.

Nouvelles frappes contre l’Arabie saoudite

Outre l’intensification des combats à Marib après un calme précaire sur les fronts ces derniers mois, les rebelles ont repris leurs attaques contre l’Arabie saoudite, lançant notamment cette semaine des drones contre l’aéroport international d’Abha. Dimanche 14 février à Riyad, la coalition a indiqué avoir intercepté deux drones tirés vers la ville garnison de Khamis Mushait, qui abrite une importante base aérienne dans le sud de l’Arabie saoudite, selon l’agence officielle SPA. Un responsable militaire des rebelles a indiqué que deux drones avaient ciblé l’aéroport d’Abha, situé non loin de Khamis Mushait. L’aéroport a été le théâtre de plusieurs attaques lancées par les Houthis cette semaine, dont une a provoqué, mercredi 10 février, un incendie sur un avion civil au sol, selon les médias officiels saoudiens qui ont dénoncé un « crime de guerre ». « Une attaque lâche a été lancée par la milice terroriste des Houthis contre l’aéroport international d’Abha. Un avion au sol a subi un incendie, qui a été maîtrisé », a indiqué la télévision d’Etat saoudienne Al-Ekhbariya. « Des mesures ont été prises pour protéger les civils », ajoute la chaîne, citant la coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui soutient militairement le gouvernement yéménite depuis 2015, face aux rebelles. Elle n’a ni fait état de victime, ni précisé si l’appareil avait des passagers à bord. Le gouvernement yéménite s’est empressé de dénoncer l’attaque. Le ministre de l’Information, Mouammar Al-Iryani, a évoqué sur Twitter une opération téléguidée par l’Iran pour « déstabiliser la région ». « Le régime agressif d’Arabie saoudite a ignoré tous nos appels à ne pas utiliser les aéroports civils pour des fins militaires », a répliqué le porte-parole des Houthis. « Cette opération est une réponse aux raids aériens (de la coalition) et au blocus imposé à notre peuple », a-t-il ajouté.

La recrudescence des violences à Marib, ainsi que la multiplication des attaques des rebelles contre le territoire saoudien, sont intervenues dans un contexte jugé apaisant en raison de la nouvelle politique américaine au Yémen sous l’Administration de Joe Biden. Les Etats-Unis ont tout de même appelé la semaine dernière les Houthis « à cesser immédiatement les attaques qui touchent les zones civiles à l’intérieur de l’Arabie saoudite et à mettre un terme à toute nouvelle offensive militaire au Yémen ». A son tour, Paris a appelé les Houthis à mettre un terme à leurs « actions déstabilisatrices », se disant « très préoccupée » par leur offensive sur Marib et dénonçant « l’escalade en cours, tant au Yémen qu’à l’encontre de l’Arabie saoudite ».


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