Semaine du 13 au 19 janvier 2021 - Numéro 1357
50 ans d’art tous azimuts
  Comédien, chanteur et animateur de radio-télé, Samir Sabri a toujours une petite histoire à raconter. Il a côtoyé les grandes stars d’autrefois et a connu l’Egypte des différentes époques. Tant de détails qui pimentent ses mémoires Hikayat Al-Omr Kollo (histoires de toute une vie).
50 ans d’art tous azimuts
Racha Hanafy13-01-2021

Les mémoires de l’artiste touche-à-tout Samir Sabri nous plongent dans les coulisses de la vie artistique et politique égyptienne, notamment celle des années 1960 et 1970. Il y raconte ses débuts à la radio, où il s’est introduit par hasard grâce au chanteur mythique Abdel-Halim Hafez, qui était son voisin. Puis, il a conquis le monde de la télévision et du cinéma. Il s’est lié d’amitié avec les vedettes de la chanson, du journalisme, du septième art et de la politique. Et il aborde dans son livre les détails de leur relation, avec des photos à l’appui.

L’ouvrage est doté de deux préfaces. La première est rédigée par l’égyptologue et ancien ministre des Antiquités Zahi Hawas. Et la seconde, par le journaliste Moufid Fawzi, qui a lui aussi côtoyé d’éminentes personnalités. Ces deux derniers évoquent chacun à sa façon les débuts de Samir Sabri, qu’ils considèrent comme un chevalier du bon vieux temps. « Ses multiples talents sont comme la mer houleuse d’Alexandrie ; elle ne connaît guère le silence », dit Hawas. C’est d’ailleurs ce dernier qui a proposé à Sabri d’écrire ses mémoires. Et ce fut ainsi, Sabri a décidé de raconter et de se faire aider par la journaliste Fathiya Al-Dakhakhni pour la rédaction.

Ils ont travaillé ensemble pendant un an, afin de donner naissance à cet ouvrage et de faire le tri dans les souvenirs de l’artiste qui ne pouvait aucunement aborder son rapport avec toutes les célébrités qu’il a connues. D’ailleurs, vu la richesse de ses souvenirs, il est fort probable que cet autre ouvrage soit suivi d’un autre, focalisant davantage sur d’autres vedettes de la politique, de la télévision et de la radio.

Né le 27 décembre 1936 à Alexandrie, Mohamad Samir Galal Sabri, fils d’un général de l’armée, a fait ses études au célèbre collège Victoria, ayant regroupé précédemment Youssef Chahine et Omar Sharif. Ensuite, il s’est joint à la faculté de lettres anglaises.

Après le divorce de ses parents, pendant son enfance, il s’est installé au Caire avec son père et a habité le quartier huppé de Zamalek, dans le même immeuble que le chanteur Abdel-Halim Hafez. Celui-ci lui a permis de travailler pour la radio, au Programme européen, précisément dans le « Coin d’enfants », en anglais. Dans le livre, il insiste sur le rôle important des présentateurs de radio Galal Moäwad et Amal Fahmi, en signe de reconnaissance, puisqu’il leur doit beaucoup sur le plan professionnel.

Premier talk-show arabe

Son premier programme de télévision Al-Nadi Al-Dawli (le club international), dans les années 1960, était à l’occasion du premier Festival international du film du Caire ; il y accueillait les artistes étrangers et égyptiens, invités du festival. Le programme de Sabri est vite devenu célèbre, il est considéré comme le premier talk-show du Moyen-Orient. A travers cette émission hebdomadaire, il a interviewé les grandes personnalités du monde arabe, tels le sultan Qabbous d’Oman, le fondateur des Emirats arabes unis, le cheikh Zayed Al Nahyan, et l’écrivain Tawfiq Al-Hakim. Il a également effectué un entretien exclusif avec l’imam chiite libano-iranien Moussa Al-Sadr, en visite au Caire. Et ce, avant la disparition de son avion en Libye en 1978.

Le livre donne une vue panoramique de l’ambiance artistique et médiatique en Egypte depuis l’époque de Gamal Abdel-Nasser, en expliquant la relation étroite entre l’art et la politique. En 1979, après les accords de Camp David, la star américaine Elizabeth Taylor visite Le Caire, en dépit de son soutien de l’Etat hébreu. La comédienne égyptienne Faten Hamama a été contrainte de quitter l’Egypte pour le Liban, afin d’éviter de collaborer avec les services de renseignements égyptiens. Le chanteur-compositeur Mohamad Fawzi est tombé gravement malade, à la suite de la nationalisation de sa société de disques. Le journaliste de renom Moustapha Amin, fondateur avec son frère du journal Al-Akhbar, a été l’invité de Samir Sabri, juste après sa sortie de prison. Il était incarcéré sous Nasser pour ses positions politiques.

L’un des épisodes de l’émission Al-Nadi Al-Dawli fut consacré à l’ancienne reine d’Egypte Farida, une fois de retour en Egypte, dans les années 1970. « La censure s’y est opposée, sous prétexte que la reine savait très bien parler, ce qui allait attirer la sympathie et l’admiration des téléspectateurs. Pour les responsables de la censure, la diffusion de l’épisode pourrait donner l’impression que la télévision essayait de promouvoir la monarchie », explique Samir Sabri dans le livre. Et d’ajouter : « J’ai pris l’enregistrement et me suis dirigé vers le bureau du ministre de l’Information à l’époque, Mansour Hassan (1937-2012), qui a tout de suite donné son accord. Cependant, Safwat Al-Chérif, alors président de l’Organisme général de l’information, a proposé de supprimer les paroles de la reine évoquant le souvenir de son ancien mari le roi Farouq, car elles donnaient de lui une image différente de celle divulguée dans les médias ! ». D’après l’animateur de télévision, Mansour Hassan trouvait que le rôle des médias était de donner une image exacte de la réalité et non pas de la fausser, il envisageait les médias comme un outil de « lumières ».

Les souvenirs affluent, montrant du doigt les stars du bon vieux temps, celles qui constituent l’âme d’une époque.

Hikayat Al-Omr Kollo (histoires de toute une vie), de Samir Sabri, 304 pages, aux éditions Al-Dar Al-Masriya Al-Lobnaniya, 2020.


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