Semaine du 13 au 19 janvier 2021 - Numéro 1357
Vaccination anti-Covid 19 : La stratégie de l’Egypte
  L’Egypte s’apprête à lancer dans les jours à venir sa campagne de vaccination contre le Covid-19. Qui sera vacciné en priori­té ? Comment se déroulera la vaccination ? Décryptage.
 Vaccination anti-Covid 19 : La stratégie de l’Egypte
Ola Hamdi13-01-2021

Quand et comment s’ins­crire pour se faire vacciner ? Quelles sont les démarches à entreprendre ? Des questions qui se répètent en Egypte et partout dans le monde. « La campagne de vaccina­tion anti-Covid-19 commencera dans les deuxième et troisième semaines de janvier en Egypte. 34 centres de dis­tribution du vaccin, répartis dans les 27 gouvernorats, ont été désignés. Ces centres travailleront toute la semaine, même durant les jours de congé officiel », a annoncé Hala Zayed, ministre de la Santé et de la Population. https://egcovac.mohp.gov.eg/#/home, c’est l’adresse du site Web qui devra être très prochaine­ment opérationnel pour que le pro­cessus d’enregistrement des données des personnes souhaitant être vacci­nées commence. « Le site est techni­quement prêt et activement testé. Il pourrait accueillir 5 millions de visi­teurs à chaque minute », selon le ministère de la Santé.

En fait, la vaccination est une nou­velle étape dans la lutte contre le coronavirus. De nombreux pays ont déjà commencé à vacciner (voir article page 3), alors que la pandémie ne cesse de progresser dans le monde. Elle a fait au moins 1,9 million de morts dans le monde pour plus de 89,5 millions de personnes contami­nées. Selon le dernier bilan, l’Egypte totalise 149 792 cas positifs depuis le début de la pandémie, 118 900 guéri­sons et 8 197 morts. En fait, l’Egypte est entrée dans la deuxième vague de la pandémie depuis fin décembre, enregistrant un doublement du nombre d’infections par jour. Pour tenter d’enrayer cette seconde vague, l’Egypte a multiplié récemment les mesures préventives : les examens du premier semestre dans les écoles et les universités ont été reportés jusqu’à la fin des vacances de mi-année, fixées du 16 janvier au 20 février. Une amende immédiate de 50 L.E. sera imposée contre les personnes ne portant pas de masque dans les lieux publics, en particulier dans les trans­ports publics. « Ces décisions inter­viennent après que le nombre des enfants contaminés a considérable­ment augmenté », selon Awad Tag Al-Dine, conseiller du président pour la santé. « L’Etat est prêt à affronter la deuxième vague du coronavirus, qui a déjà commencé dans quelques pays », a déclaré de sa part la ministre Hala Zayed. Et d’ajouter : « La courbe de l’épidémie commence à monter dans la région de la Méditerranée orientale au même rythme que les pays de l’Europe et de l’Amérique. Le nombre de cas infec­tés et des décès augmenterait en jan­vier et en février en raison de l’aug­mentation des maladies respira­toires ».

Qui, quand et comment ?

Qui devrait avoir le vaccin en pre­mier ? « La campagne de vaccination devrait donner la priorité au person­nel de santé, particulièrement à ceux s’occupant de malades du Covid-19, ainsi qu'aux cas critiques et chro­niques, les cas infectés et les per­sonnes âgées, et ce, sous l’égide des programmes de protection sociale », a répondu Bassam Radi, porte-parole de la présidence de la République. Le premier lot de vaccins sera fourni gratuitement au public. Dans le cadre du programme « Vie décente », le fonds Tahya Masr (vive l’Egypte) supportera également tous les frais de vaccination aux catégories priori­taires. Cependant, un mécanisme de paiement sera ultérieurement révélé, selon la ministre, pour ceux qui peu­vent payer le coût du vaccin séparé­ment sans le soutien de l’Etat.

L’Autorité égyptienne des médica­ments (EDA) a approuvé, le 2 jan­vier, le recours au vaccin développé par le géant pharmaceutique chinois Sinopharm. Le premier chargement du vaccin chinois est arrivé sur le sol égyptien le 10 décembre dernier. Après ce premier lot de vaccins, com­prenant 50 000 doses, l’Egypte doit recevoir son second lot, de même quantité, la deuxième ou troisième semaine de janvier. « Et dès qu’il arrive, nous allons commencer la vaccination », a indiqué Hala Zayed.

L’Egypte est le troisième pays arabe à approuver l’utilisation urgente du vaccin chinois après les Emirats arabes unis et Bahreïn. Au total, selon Hala Zayed, l’Egypte envisage d’acheter 40 millions de doses du vaccin de Sinopharm.

Diversifier les sources et garantir l’efficacité

Quels vaccins et quelle efficacité ? Afin d’assurer une quantité de vac­cins anti-Covid suffisante pour la population, l’Egypte tente de diversi­fier les sources de production des vaccins. Des « négociations sont actuellement en cours avec le vaccin Pfizer-BioNTech qui devrait couvrir jusqu’à 20 % des besoins du pays », a déclaré Hala Zayed, ajoutant que l’Egypte avait également conclu un protocole de coopération avec l’Al­liance du vaccin Gavi pour obtenir 40 millions de doses. Le premier lot du vaccin Gavi arrivera « au cours du premier trimestre de 2021 », a-t-elle ajouté, « tandis que les autres lots seront fournis plus tard tout au long de l’année ». Le ministre égyptien des Finances, Mohamed Maeit, a déclaré de sa part que le ministère avait signé des contrats pour recevoir 20 millions de doses du vaccin Pfizer BioNTech et 30 millions de doses du vaccin AstraZeneca. « Le premier lot du vaccin AstraZeneca devrait arri­ver au cours de la troisième ou qua­trième semaine de janvier ».

Et pour garantir les résultats, « l’Egypte n’autorisera que le recours aux vaccins qui ont prouvé leur efficacité », a déclaré Mohamad Awad Tag Al-Dine. Le géant chinois de la pharmacie a déclaré fin décembre que les essais de phase 3 de son vaccin avaient révélé qu’il était efficace à 79 %. Le britannique AstraZeneca, associé à l’Université d’Oxford, a, pour sa part, revendiqué un taux d’efficacité de 70 %, mais qui pourrait atteindre 100 % avec deux doses. « Le processus de sélection des vaccins se fait par le biais d’un comité qui comprend des représen­tants des services médicaux des forces armées, du ministère de l’En­seignement supérieur, de l’EDA, et de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Avant d’être approuvé, le vaccin est soumis au cours de deux semaines aux 4 tests par les labora­toires de l’EDA », explique Hala Zayed.

Selon Magdy Badran, membre de la Société égyptienne d’allergie et d’immunologie, « il n’y a pas de vac­cin dans le monde dont l’efficacité soit de 100 %. L’efficacité même des vaccins antigrippaux est de 70 à 80 %, un taux moindre que celui du vaccin contre le Covid-19. Le choix du vaccin est basé sur deux facteurs importants : l’efficacité et la sécuri­té ». Et d’ajouter : « L’Egypte a parti­cipé aux essais cliniques du vaccin chinois qui a montré une grande effi­cacité. Les effets secondaires après la vaccination ont été très légers. Le vaccin chinois se distingue par la possibilité de le conserver dans un réfrigérateur ordinaire, contraire­ment à d’autres vaccins comme le vaccin de Pfizer qui nécessite d’être conservé dans une température de -70 °C, ou celui de Moderna, qui doit l’être à -40 °C ».

34 centres de vaccination

Quels mécanismes de distribution ? Selon le ministère de la Santé, le vac­cin sera fourni successivement aux catégories prioritaires. L’Egypte a désigné 34 centres de vaccination contre le Covid-19 : trois centres de vaccination au Caire et à Guiza, deux centres à Qalioubiya et à Alexandrie et un centre dans chacun des 23 gou­vernorats restants. Une cellule de crise au ministère sera ainsi formée « pour suivre l’application de ce plan et déterminer les critères à prendre en considération dans le choix des lieux où se dérouleront les opérations de vaccination », a déclaré Hala Zayed. Après la première dose, la personne vaccinée reçoit une carte de suivi de santé sur laquelle la date de réception de la deuxième dose sera inscrite. Par ailleurs, des cliniques seront mises en place dans chaque centre de distribu­tion de vaccin pour assurer le suivi médical des personnes vaccinées, car chaque vaccin doit être donné avec 21 jours d’intervalle entre les deux doses.

Cependant, il reste deux questions fondamentales : est-ce le début de la fin ? Se dirige-t-on vers un retour à la vie normale ? « Il n’y a pas encore suffisamment d’informations sur la question de savoir si le vaccin proté­gera complètement les gens contre l’infection. Les personnes vaccinées pourraient être encore infectées et transmettre le virus, mais à un taux beaucoup plus inférieur », explique Amgad Al-Haddad (voir entretien page 4). Et de conclure : « La vacci­nation ne signifie pas la fin du port du masque. Le respect de la distan­ciation sociale et le port du masque restent la meilleure arme pour contrôler la propagation du corona­virus ».


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