Semaine du 13 au 19 janvier 2021 - Numéro 1357
Saïd Okasha : Paradoxalement, malgré tous ses déboires, Netanyahu peut tout à fait rester au pouvoir
  Après l’échec de la coalition Netanyahu-Gantz, Israël se dirige vers un 4e scrutin législatif en moins de deux ans. Dr Saïd Okasha, spécialiste du dossier israélien et rédacteur en chef du magazine Sélections israéliennes, analyse la situation politique en Israël. Entretien.
Saïd Okasha
Maha Salem13-01-2021

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi la coalition entre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et Benny Gantz du parti Bleu et Blanc a-t-elle échoué, sept mois à peine après la formation du gouvernement ?

Dr Saïd Okasha : Il était prévu, depuis le départ, que cette coalition n’allait pas survivre longtemps. Elle a été conclue à un certain timing pour éviter que la crise politique ne prenne de l’ampleur, mais les deux dirigeants sont complètement différents. Leurs positions sont opposées. Donc, leur entente était fragile et n’avait ni vraies bases, ni principes solides. Les deux hommes ont fait des concessions étonnantes pour leurs partisans afin de mettre en place cette coalition. Mais leurs divergences sont apparues dès les discussions sur la composition du gouvernement, la distribution des ministères, notamment des postes-clés, et le vote sur le budget. En plus, leur accord a choqué leurs partisans. Ces derniers ont perdu la confiance en leurs dirigeants. Il ne faut pas oublier que Gantz avait annoncé à plusieurs reprises qu’il refusait catégoriquement de tendre les mains à Netanyahu, du coup, cette alliance lui valut une perte de confiance auprès d’une partie de ses partisans, qui s’interroge sur sa crédibilité. Quant aux partisans de Netanyahu, ils sont conscients qu’il a fait cette coalition pour protéger ses propres intérêts et pour résoudre ses déboires avec la justice. Ainsi, les deux hommes ont perdu de leur popularité. En même temps, ils n’avaient pas confiance l’un en l’autre. Tous les indices signalent que Netanyahu a voulu tirer tout le plus de profits possibles au cours de la présidence du président américain sortant Donald Trump, il a donc conclu cette coalition jusqu’à la fin de la présidence de Trump tout en sachant qu’elle allait voler en éclats.

— Israël se dirige ainsi vers une 4e législative anticipée. Quels risques ce manque de stabilité politique représente-t-il ?

— En effet, des élections législatives auront lieu pour la quatrième fois en moins de deux ans. Ce n’est pas seulement un signe d’instabilité politique, mais la tenue d’élections coûte cher, et de nombreux dossiers restent en suspens. De plus, la tenue d’élections nécessite des préparations sécuritaires difficiles. Autrement dit, la tenue des élections est un vrai fardeau qui pèse fort sur les épaules de l’Etat hébreu. C’est sans doute en mars prochain que se tiendront les législatives, c’est-à-dire, quelques semaines après l’investiture de Joe Biden à la présidence américaine. Il y aura donc des calculs différents, tant chez les responsables que chez les électeurs, ainsi que des accords tacites entre les partis israéliens. Au fil des jours on verra des changements inattendus.

— Mais Netanyahu et Gantz vont-ils se représenter, et si oui, peut-il y avoir une majorité garantissant la formation rapide d’un gouvernement ?

— Bien sûr, ils seront candidats mais la scène sera différente. On prévoit la montée des partis de droite. Mais paradoxalement, malgré tous ses déboires, Netanyahu peut tout à fait rester au pouvoir. Mais il a de nouveaux rivaux qu’il devra affronter. Et ces rivaux feront tout leur possible pour se débarrasser de lui. Il est vrai que la droite occupera la scène politique, mais il faut noter que la droite israélienne est plus que jamais divisée. Le principal rival de Netanyahu est Gideon Moshei Saar, ancien membre du parti Likoud, qui a fait sa défection pour former un nouveau parti, Tikva Hadasha (nouvel espoir). L’autre rival est Naftali Bennett, dirigeant du parti de droite Yamina. Donc, c’est une compétition acharnée entre les partis de droite. Quant à Gantz et son parti, ils reculeront sans doute.

— Avec un nouveau gouvernement israélien et un nouveau président américain, quels changements peuvent advenir dans les dossiers régionaux, notamment le processus de paix et les relations avec l’Iran ?

— Evidemment, les Israéliens s’inquiètent avec la nouvelle Administration américaine, d’autant plus que Donald Trump leur a donné beaucoup. Or, la politique de Joe Biden sera sans doute différente. Biden a annoncé qu’il voulait relancer le processus de paix. De même, Biden a fait part de sa volonté de renouer le dialogue avec l’Iran. Ce sont deux dossiers qui inquiètent les Israéliens. Et c’est justement ce qui donne une chance à Netanyahu de rester au pouvoir. Car de nombreux Israéliens pensent qu’ils ont besoin d’un dirigeant fort pour faire face à d’éventuelles pressions américaines. Et que Netanyahu est capable de diriger la prochaine période en raison de sa longue expérience et de sa forte personnalitél.


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