Semaine du 24 au 30 avril 2019 - Numéro 1272
Une tombe et d’autres trouvailles archéologiques
  Pour célébrer la Journée mondiale du patrimoine, le 18 avril, plusieurs activités ont eu lieu à Louqsor, dont l’annonce de la découverte d’une tombe dans la région de Deraa Aboul-Naga, l’inauguration du temple d’Opet à Karnak et le redressement de la statue colossale de Ramsès II devant le temple de Louqsor.
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La tombe « Saff » mise au jour dans la région de Deraa Aboul-Naga.
Rana Gohar24-04-2019

Au cours des célébrations organisées à Louqsor à l’occasion de la Journée mondiale du patrimoine cette semaine, le ministre des Antiquités, Khaled El-Enany, a annoncé la découverte de la plus grande tombe « Saff » dans la nécropole de Thèbes, et ce, grâce aux fouilles de la mission archéologique égyptienne opérant dans la région de Deraa Aboul-Naga, sur la rive ouest de Louqsor. Il a en outre annoncé la découverte d’une autre tombe, dans la région d’Al-Assassif. Enany a fait cette annonce en présence du premier ministre, Moustapha Madbouli, de la ministre du Tourisme, Rania Al-Machat, ainsi que des ambassadeurs de plusieurs pays européens et africains et de députés du parlement.

Une tombe et d’autres trouvailles archéologiques
L'une des nombreuses trouvailles dans la tombe découverte à Deraa Aboul-Naga.

Selon Enany, il s’agit d’une découverte importante qui contribuera à mettre en lumière certaines idées relatives à la planification des tombes dans la région de Deraa Aboul-Naga. « C’est le cadeau de l’Egypte au monde à l’occasion de la Journée mondiale du patrimoine », a déclaré Enany, avant d’ajouter que la tombe appartenait à Chad Sou Djaouti, dont le nom est associé au dieu sauveur de la XVIIIe dynastie. « Cette tombe se situe au nord de celle de Roy numéro TT255. La mission a enlevé les décombres résultant des travaux de fouille consécutifs des missions étrangères depuis plus de 200 ans, qui recouvraient toute la région », a expliqué Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) et directeur de la mission. Au cours des travaux de fouille, la mission a aussi découvert une chapelle complète de briques crues et son puits, soit la première chapelle complète découverte dans la nécropole de Thèbes. « La chapelle est un modèle complet en briques crues couverte d’un dôme avec une petite cour et un puits profond au milieu. Les études préliminaires ont révélé que la tombe remonte à la période des Ramessides, vu la présence de tombes similaires dans la nécropole de Deir Al-Madina », a indiqué Waziri.

Des couleurs très bien conservées

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Un sarcophage découvert dans la région de Assassif.

La mission égyptienne a encore découvert 6 autres tombes sous la cour de la tombe « Saff », qui représentent un second niveau de la tombe. L’une d’elles appartient à une personne du nom de Chesseb Aldi, qui a travaillé comme scribe des entrepôts du roi. De nombreuses autres trouvailles archéologiques ont aussi été faites, dont un grand nombre de statuettes ouchebtis de différentes tailles et formes, en faïence bleue ou en bois, ainsi qu’un masque en cartonnage et une cinquantaine de sceaux funéraires appartenant à des personnes dont les tombes n’ont pas encore été découvertes. La mission a en outre mis au jour un papyrus complet rédigé en hiéroglyphes et entouré d’un fil de lin, en plus d’une pièce de monnaie ptolémaïque en un alliage de bronze et de cuivre remontant à l’ère du roi Ptolémée II, d’un ensemble d’ostracas et de la partie supérieure du couvercle d’un vase canope fabriqué en calcaire sous la forme d’un singe, qui représente la divinité Hapi, l’un des quatre fils de Horus.

La tombe de Chad Sou Djaouti se caractérise par des scènes colorées de grande qualité sur les colonnes des entrées, qui portent des textes indiquant le nom du propriétaire de la tombe, ses titres comme le prince héritier, le maire, le chef des serviteurs, le porteur du sceau du roi de la Basse-Egypte et le porteur du sceau de la Haute-Egypte. S’ajoutent à cela des scènes de pêche et de chasse ayant conservé leurs couleurs rayonnantes ainsi que les restes d’une scène de porteurs d’offrandes, d’un festin et d’un cortège funéraire.

Une tombe et d’autres trouvailles archéologiques
Le premier ministre et le ministre des Antiquités lors de la visite de la tombe découverte à Deraa Aboul-Naga.

La chercheuse allemande, Frederika Camp, responsable de l’enregistrement de la tombe, a indiqué que celle-ci était précédée d’une grande cour d’une largeur de 55 mètres, qui mène à une autre tombe « Saff » avec 18 entrées. « Il s’agit de la première tombe de la nécropole de Thèbes possédant ce nombre d’entrées, vu que le plus grand nombre d’entrées était de 11 à 13. Il s’agit aussi de la première tombe dont le nombre d’entrées est pair et non impair, avec dans son coin nord un puits d’une profondeur de près de 11 mètres et, dans son coin sud, un autre puits quasiment de la même profondeur », a-t-elle souligné. Et d’ajouter que d’un point de vue architectural, la tombe remonte à la XVIIe dynastie et qu’elle a été réutilisée au début de la XVIIIe dynastie et jusqu’à l’ère de la reine Hatshepsout. Selon Camp, il existe deux modèles de tombes dans la nécropole de Thèbes qui ressemblent à cette tombe du point de vue architectural et des scènes figurant sur leurs parois et colonnes. Il s’agit des tombes TT81 et K-150, qui remontent à l’ère du roi Thoutmosis I. « Il est très probable que le propriétaire de cette tombe ait servi durant l’ère de Thoutmosis I », a-t-elle conclu.

Pour ce qui est de la deuxième découverte, la mission égyptienne a mis au jour, dans la région d’Al-Assassif, un sarcophage de près de 2 mètres de long renfermant un deuxième sarcophage et une momie, en plus de nombreuses trouvailles archéologiques, de statuettes ouchebtis, de petites statuettes colorées fabriquées en bois et des vases canopes utilisés pour conserver les objets personnels du défunt après sa momification.

Temple d'Opet : Première inauguration depuis sa découverte

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Les reliefs gravés sur les parois du temple d'Opet ont été restaurés.

Egalement à Louqsor, et dans le cadre des célébrations de la Journée mondiale du patrimoine, le temple d’Opet a été inauguré à Karnak. Ce temple faisait, en effet, l’objet d’une restauration qui vient d’être achevée. « C’est la première inauguration du temple depuis sa découverte », a déclaré le ministre des Antiquités, Khaled El-Enany, à l’assistance, ajoutant que cette inauguration est venue suite à un projet de restauration qui a débuté en août 2018. « Des travaux minutieux ont été effectués au cours desquels les peintures gravées sur les parois des tombes ont été reconstruites et les couleurs ont été repeintes », a-t-il repris.

Les opérations de restauration ont aussi inclus des travaux de nettoyage des murailles, de recoloration et reconstruction des bas-reliefs sur les parois, l’élimination des matières grises et noirâtres qui se trouvaient dans les salles des colonnes et des Saints des Saints. De même, de nouveaux procédés d’éclairage sont venus illuminer les lieux avant la visite guidée d’inauguration. « Une recomposition de certaines parties des blocs en pierre a aussi été effectuée et les fissures ont été traitées », a ajouté Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA).

Pour sa part, Moustapha Al-Saghir, directeur général des antiquités des temples de Karnak, a expliqué que le temple d’Opet se situe sur la rive sud du temple d’Amon-Râ à Karnak, et à l’ouest se trouve le temple de Khonsou. Et de poursuivre que conformément aux croyances médicales relatives à la déesse Opet, le lieu où se trouve le temple a été choisi car c’était l’emplacement le plus sécurisé pour elle, avant qu’elle ne donne vie à son fils Osiris. Adorée sous la forme femelle, la déesse Opet, représentée dans un corps d’hippopotame, est considérée comme une source de vie et un symbole de protection. Lorsqu’elle a allaité son fils, devenu roi plus tard, il n’aurait jamais eu ni soif ni faim par la suite. A tel point que les papyrus, datant des époques ultérieures, la surnommait « la dame de la protection magique ».

Le Centre égypto-français des temples de Karnak a exécuté les travaux de restauration des tableaux du plafond des chambres nord et sud entre 2005 et 2007. Et c’est ensuite le ministère des Antiquités qui a repris les restaurations, l’année dernière.

Tout au long des derniers mois, une équipe de restaurateurs égyptiens a pris la relève et s’est chargée de reconstruire le temple à son image originale. « Le projet de restauration a aussi aménagé la route menant au temple, qui était remplie d’herbes, et a mis en place des parcours adaptés aux personnes handicapées », a conclu Al-Saghir.

Ramsès II reprend sa position au temple de Louqsor

Ramses 2
La dernière statue de Ramsès II debout au temple de Louqsor

Suite au redressement de la dernière statue colossale du roi Ramsès II devant la façade du temple de Louqsor cette semaine, une discussion a éclaté sur les réseaux sociaux entre des archéologues concernant la posture de la statue devant le premier pylône du temple. D’aucuns ont en effet estimé que le redressement de cette statue, en position osirienne, allait à l’encontre de la position des autres statues devant le temple, qui sont debout, avançant le pied gauche, et que la statue ne devrait donc pas se dresser à cet endroit. Une idée refusée par d’autres. « Le temple de Louqsor comprend deux autres statues de Ramsès II postées à l’osirienne à l’entrée ouest », assure Dr Zahi Hawas, archéologue de renom et ancien ministre des Antiquités, ajoutant que dans la zone ouest du temple se trouvent des statues représentant Ramsès II portant la couronne de la Haute-Egypte et d’autres portant la double couronne. Le temple comprend donc plusieurs statues de Ramsès II, dans des postures différentes.

La restauration du colosse a été effectuée par une mission égypto-américaine, dont le côté américain était présidé par l’archéologue Ray Johnson, spécialiste du temple de Louqsor. « Si Johnson avait eu des doutes sur la présence de la statue à cet endroit, il n’aurait jamais participé à son anastylose et à son redressement », assure Hawas. Ray Johnson lui-même souligne : « Les bas-reliefs de la première cour ont été gravés avant que les statues ne soient installées. Il semble que tous les colosses devaient à l’origine être en graniodiorite grise et représenter Ramsès II, debout et assis. Mais pour une raison ou une autre, peut-être pour des questions de délai, ce plan a changé. Deux statues en granit rouge faites antérieurement ont été utilisées et inscrites au nom de Ramsès II, l’une à l’extrême-est et l’autre à l’extrême-ouest. Le colosse le plus à l’ouest, à l’origine d’Amenhotep III, est lui aussi différent et avait une couronne blanche, pas une double couronne. Il est aussi en granit rouge. La statue colossale en granit rouge se trouvant à l’extrême-est remonte à la fin de la XVIIIe dynastie, appartenant peut-être à Horemheb. Les pièces qui survivent indiquent qu’il devait être en position osirienne ».

Les archéologues ayant émis des réserves se sont, eux, référés à une scène gravée sur le mur sud-ouest de la cour du roi Ramsès II, qui montre six statues du roi, dont deux en position assise et quatre debout, avançant le pied gauche. « Il existe une scène gravée dans le premier pylône représentant le pylône devancé par deux statues assises et deux obélisques, et non pas six statues. Mais il est possible que le pylône ait subi des modifications à des périodes ultérieures, peut-être au temps des Ramessides », souligne Hawas.

Pour sa part, Ahmed Arabi, directeur des temples de Karnak, a assuré que Mohamad Abdel-Qader avait trouvé, en 1958, le socle de la statue à l'endroit où cette dernière a été redressée aujourd'hui. Le socle comporte le reste des deux pieds. Cela tranche le débat et assure que la statue a une position différente des autres. En plus, le reste de la statue colossale a été découvert sur le même lieu, ce qui assure qu’elle était initialement positionnée à cet endroit. De son côté, Hourig Sourouzian, spécialiste des statues colossales de Memnon et cheffe de la mission archéologique égypto-européenne dans le projet de restauration et de préservation des statues de Memnon, assure que la statue se trouve à son emplacement correct et qu’elle avait effectivement la posture osirienne, expliquant qu’Osiris était, à un certain temps, un roi et que la statue avait probablement été ajoutée lors des travaux d’expansion du temple, effectués sous le règne de Ramsès II.




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