Semaine du 3 au 9 avril 2019 - Numéro 1269
L’Etat à la rescousse des employés
  Le gouvernement a annoncé une hausse des salaires des employés du secteur public et des pensions de retraite à partir de juillet. Elle coûtera près de 60 milliards de L.E. à l'Etat. Explications.
L’Etat à la rescousse des employés
Le salaire minimum passera de 1 200 à 2 000 L.E. (Photo : Bassam Al-Zoghby)
Marwa Hussein03-04-2019

L’Egypte adopte des mesures sociales afin d’apaiser les pressions économiques sur les employés et les retraités. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a annoncé la hausse du salaire minimum, qui passe de 1 200 livres à 2 000 L.E. En plus, les employés de l’Etat bénéficieront d’une augmentation annuelle de 7 %, soit d’un minimum de 75 L.E., tandis que ceux qui ne sont pas employés dans la fonction publique bénéficieront d’une augmentation exceptionnelle de 10 %, avec un minimum de 75 L.E.

Selon les chiffres officiels, quelque 5,2 millions d’employés bénéficieront de la hausse du salaire minimum. Les fonctionnaires recevront également un bonus exceptionnel de 150 L.E. pour compenser l’inflation, comme l’a déclaré le président tout en invitant les Egyptiens à modifier leur comportement en matière de dépenses afin de lutter contre la hausse des prix. « La hausse des salaires s’appliquera à tous les employés. Elle était prévue pour le 30 juin. Mais j’ai dit que cette affaire ne pouvait pas attendre », a déclaré le président lors de la cérémonie organisée à l’occasion de la Journée de la femme égyptienne, le 30 mars. Le président a aussi annoncé la hausse des pensions de retraite de 15 %, avec une hausse minimale de 150 L.E., ce qui portera la pension minimale à 900 L.E. « Il s’agit d’une hausse des pensions supérieure à la hausse annuelle, ce qui est positif, mais les retraites restent bien inférieures aux salaires, alors que les retraités ont des dépenses supplémentaires liées à la santé, en tant que personnes âgées », argumente Doha Abdel-Hamid, experte économique internationale dans le domaine du développement.

Depuis 2016, le gouvernement égyptien a mis en oeuvre une série de mesures économiques rigoureuses, notamment la libéralisation de la livre égyptienne, la réduction des subventions à l’énergie sur plusieurs phases et l’instauration d’une taxe sur la valeur ajoutée, afin de remplir les conditions d’un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds Monétaire International (FMI). Ces mesures ont entraîné une hausse de l’inflation.

Si normalement, une hausse des salaires s’accompagne d’une hausse de l’inflation, les économistes ne sont pas unanimes quant aux effets inflationnistes des mesures annoncées. « Le besoin d’augmenter les salaires est devenu essentiel après la dévaluation de la livre, qui a affecté le pouvoir d’achat. Cela rend ces mesures indispensables et leurs effets inflationnistes limités, surtout que le taux d’intérêt est actuellement élevé », indique Hania Al-Chalaqami, professeure associée de recherche au Centre des recherches sociales de l’Université américaine du Caire. Pour Doha Abdel-Hamid, « la hausse des salaires était une nécessité, mais il faut aussi augmenter la productivité pour anéantir les effets inflationnistes. Il faut également procéder à une réforme radicale de l’appareil administratif de l’Etat », estime-t-elle. Cette hausse des salaires est une bonne nouvelle pour les employés du secteur public.

Des promotions pour les fonctionnaires

Les hausses des salaires et des retraites seront effectives à partir de juillet, date de l’entrée en vigueur du budget étatique 2019-2020. Le ministère des Finances a déclaré que les augmentations coûteront au Trésor près de 60 milliards de L.E. Les hausses des salaires coûteront, à elles seules, 30,5 milliards de L.E. C’est ce qu’a indiqué le président, notant que plus de 300 milliards de L.E. seraient consacrées aux salaires dans le budget 2019-2020, contre 270 milliards de L.E. l’année précédente.

Selon le ministère des Finances, 28,5 milliards de L.E. seront consacrées à la hausse des pensions et environ 1 milliard de L.E. sera alloué aux 100 000 familles qui rejoindront le programme de subventions monétaires Takafol wa Karama, destiné aux personnes les plus défavorisées et dont bénéficient actuellement 2,5 millions de familles.

Le président a également annoncé le lancement d’un mouvement de promotion des fonctionnaires à compter du 1er juillet 2019, qui coûtera au Trésor public environ 1,5 milliard de L.E. Selon le budget 2019-2020, récemment approuvé par le cabinet des ministres et dont les traits principaux ont été révélés suite au discours du président sur les salaires, le gouvernement vise à réduire la dette publique à 89 % du Produit Intérieur Brut (PIB), à dégager un excédent primaire de 2 % et à réduire le déficit budgétaire à 7,2 % du PIB, contre les 8,4 % prévus en 2018-2019. « Le gouvernement pourrait augmenter les impôts et les taxes, imprimer de l’argent ou bien emprunter soit de l’extérieur ou bien auprès des banques locales. Il est bien connu que les banques préfèrent prêter au gouvernement, ce qu’elles considèrent comme un investissement plus sûr », analyse Doha Abdel-Hamid.

Dans le budget, le gouvernement prévoit une hausse des revenus de 14,7 % par rapport à l’exercice en cours, contre une hausse des dépenses de 10,5 %. Il est par ailleurs prévu que les revenus fiscaux augmentent de 11,2 % par rapport à l’exercice en cours, et les autres revenus de 25,9 %. Il n’y a pas eu de précisions sur ces revenus. Le gouvernement prévoit également une légère baisse des subventions, avec une baisse des subventions à l’énergie de 37,5 % et celles aux carburants de 42 %. Si le service de la dette augmente de 5 %, une hausse considérablement inférieure à celle des deux dernières années, il restera quand même l’élément le plus important des dépenses, atteignant 36,1 % des dépenses publiques.




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