Semaine du 6 au 12 février 2019 - Numéro 1261
Des femmes dans un champ de cactus
  Dans son exposition Virtual Garden (jardin virtuel), Soad Abdel-Rassoul aborde les contraintes qu’affronte la femme égyptienne. Si bon nombre de ses tableaux ont un côté surréaliste, ils sont cependant toujours inspirés d’expériences personnelles.
Des femmes dans un champ de cactus
It's My Heart (c'est mon coeur).
May Sélim06-02-2019

« Puisque nous sommes créés de terre,comment les roses peuvent-elles ne paspousser en nous ? », s’interroge l’artistepeintreSoad Abdel-Rassoul dans sonexposition à la galerie Machrabiya, au centrevillecairote. C’est la question existentiellequ’elle affiche, en guise d’introduction à sonexposition, à l’entrée de la galerie. Abdel-Rassoul nous fait revenir à la nature, aumonde floral et végétal, pour dépeindre lafemme et les relations humaines toutcourt. Son monde féminin s’inspire deses expériences personnelles, tout entouchant de près à celles de plein d’autresfemmes arabes, méditerranéennes etafricaines.

Ses portraits de femmes évoquent desscènes classiques ou parfois même desimages cliché, qui reflètent les mauxet les peines de personnes fragiles etchagrinées. Chaque femme est quasienchaînée par une plante épineuse ouencore par des bourgeons de fleursdélicats, qui finissent par ligoter tout soncorps. C’est le cas de bon nombre de sespeintures en acrylique, comme Lonely(seule) et It’s Far (c’est loin).

Dans The Pain (la douleur), la têted’une femme ressort d’un champ decactus. Le tableau a quelque chose desurréaliste, comme pas mal d’autres.Cependant, l’artiste insiste sur le faitqu’elle part toujours d’une expériencevécue. « La femme me préoccupe, maisje ne suis pas féministe. L’entourageproche, la famille et les enfantsconstituent de belles images, maispersonne ne peut nier que ces bellesimages sont aussi des chaînes quiligotent la femme. Mes expériences sontsimilaires à celles de plein d’autresfemmes », indique Abdel-Rassoul. Ainsi, ellepeint dans Layla’s Heart (le coeur de Layla),sa propre fille, un coeur avec des bourgeonsde fleurs blanches. Dans Roots Without Land(racines sans terre), elle fait appel à son mari,lui-même artiste et qui adore le voyage.

Dans Love Hate (amour et haine), elle abordele lien de parenté entre deux femmes : l’uneest représentée par une étreinte, l’autre par uncoeur sombre qu’elle porte entre les mains.

Malgré la prédominance de la femme,l’homme apparaît lui aussi sur certains tableaux,mais a l’air d’un être surréaliste et prétentieux.The Fur Man (l’homme à la fourrure) estainsi tout imbu de lui-même, s’attachant auxapparences. Quant à The Fake Man (l’hommemaniéré), il a la tête d’un animal.

Des cadres à l’ancienne

Des femmes dans un champ de cactus
The Pain (la douleur).

Les peintures sont souvent munies de cadrescuivrés ou en bois. Soad Abdel-Rassoul arecours aux cadres d’anciens miroirs et devieilles portes boisées, qui mettent en reliefla nostalgie des temps passés. « Ce sont descadres qui renvoient aux maisons d’autrefois,mais qui se réfèrent aussi aux idées reçuesconcernant le beau », souligne Abdel-Rassoul.

Les femmes ont parfois des traits africains,des formes voluptueuses. Après de nombreuxvoyages au Nigeria et au Kenya,l’artiste a beaucoup appris surla nature des femmes africaines.« Je retourne à nos origines. Noussommes africains, mais nousappartenons aussi à la cultureméditerranéenne, donc noussommes plus influencés par laculture européenne. J’ai été trèstouchée par les visages saillantsdes Africaines, leur corps, larichesse des couleurs de leurshabits et de leurs accessoires ».

L’artiste revient aussi à lanature, recourant à des dégradésde marron, de vert et de bleu.Elle précise : « Je considère l’êtrehumain comme un être dans lequelfusionnent tous les éléments dela nature. On retrouve en lui lapoussière, les métaux, les plantes,l’animal, etc. ». Le Jardin virtuelde Soad Abdel-Rassoul nousinvite ainsi à prêter attention auxcris étouffés des femmes tout ennous reconnectant à la nature.

Virtual Garden, tous les jours,de 11h à 20h, sauf le vendredi,à la galerie Machrabiya, rueChampollion, centre-ville.




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