Semaine du 6 au 12 février 2019 - Numéro 1261
Nouveau bras de fer entre Washington et Moscou
Maha Al-Cherbini avec agences06-02-2019
 
  En se retirant du traitéde désarmement nucléaire signéavec Moscou àla fin de la Guerre froide, les Etats-Unis veulentavoir les mains libres pas seulement face àla Russie, mais aussi face àla Chine. Or, ce retrait pourrait entraîner une nouvellecourse aux armements.

Sommes-nous au bord d’une nouvellecourse aux armements nucléaires entre lessuperpuissances de la planète ? La questions’impose avec force àla lumière du bras defer qui se durcit chaque jour entre Washingtonet Moscou. Outre leurs graves divergencesen Syrie, en Iran, en Ukraine et plus tard auVenezuela, Washington a mis de l’huile sur lefeu en se retirant, samedi 2 février, du Traitésur les forces nucléaires àportée intermédiaire(INF), signéen 1987 par les Etats-Uniset l’ex-Union soviétique. Signéentre leprésident américain de l’époque, RonaldReagan, et le dernier président de l’URSS,Mikhaïl Gorbatchev, l’INF régit l’éliminationdes missiles nucléaires américains et russesayant une portée de 500 à5 500 kilomètreset il est donc considérécomme un moyen decontrôler les arsenaux nucléaires des deuxpuissances. Or, depuis plusieurs mois, lesEtats-Unis accusent la Russie de violer letraitéen produisant des missiles Novator9M729 capables de transporter des chargesnucléaires et d’atteindre des cibles jusqu’àunedistance de 1 500 kilomètres. Début décembre,depuis Bruxelles et avec le soutien de l’Otan,le secrétaire d’Eta américain, Mike Pompeo,avait donnéàla Russie 60 jours, jusqu’au2 février, pour démanteler ses missiles delongue portée violant le traité, faute de quoi ilavait menacéde lancer la procédure de retrait,qui «s’étend sur six mois ». «La Russie a misen danger la sécurité de millions d’Européenset d’Américains et nous ne pouvons plus êtreentravés par un traité pendant que la Russie leviole éhontément », a lancéPompeo.

Malgréde nombreuses discussions entre lesdeux puissances ces deux derniers mois, aucunprogrès n’avait étépossible, et l’Administrationaméricaine a fini par se retirer du traité.Cependant, pour laisser la porte de la diplomatieentrouverte, le secrétaire d’Etat a préciséque lesEtats-Unis demeurent malgrétout «disposés àpoursuivre des négociations avec la Russie »toutau long des six mois prochains si cette dernièredémontrait un réel intérêt et consent àprésenterdes résultats vérifiables. Juste après cetteannonce de Washington, l’Otan s’est rangée auxcôtés des Etats-Unis, tout en saluant la volontéaméricaine de négocier pour empêcher le risqued’une course nucléaire.

La réaction de la Russie ne s’est pas faitattendre. Moscou a fait de même et a annoncéson retrait du pacte, affirmant que c’est le refusaméricain de négocier qui a abouti àune telleimpasse. «La portée de notre Novator n’excèdeen rien les 500 kilomètres prévus par le traité.Mais l’absence de volonté, de la part desAméricains, d’écouter le moindre argument etde mener avec nous des négociations montreque la décision de rompre ce traité a été priseà Washington il y a longtemps », a déclaréle porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.Mais le président russe, Vladimir Poutine, alui aussi souffléle chaud et le froid et affirmésa disposition àmener un dialogue avecWashington. Vladimir Poutine a en même tempslaisséentendre que son pays pourrait développerde nouveaux missiles balistiques de portéeintermédiaire.

Il semble désormais évident que ni Trump niPoutine ne semblent intéressés àla sauvegardede ce traité: côtéaméricain, Trump rejette lestraités qu’il n’a pas négociés et s’est déjàretiréde plusieurs accords internationaux comme celuidu nucléaire iranien. Côtérusse, Moscou ne veutplus avoir les poings liés en matière de défense.Tout n’est cependant pas encore joué. Pourl’heure, le texte prévoit une période de six moispour donner une chance àla diplomatie. Selonles experts, si la phase diplomatique échoue etles deux pays se retirent définitivement du pacte,un duel entre Washington et Moscou prendraune dimension nucléaire et les conséquencessur le plan militaire seront incertaines. En cas deretrait définitif de Moscou et Washington, cesera la première fois depuis les années 1960qu’il n’y a plus aucun mécanisme internationalpour protéger le monde contre la menace deprolifération nucléaire, et une nouvelle courseaux armements .




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