Semaine du 23 au 29 janvier 2019 - Numéro 1259
Stadelmann n’est plus ...
  L’égyptologue allemand Rainer Stadelmann vient de disparaître, à l’âge de 85 ans. Hommage à une grande figure de l’égyptologie.
Stadelmann n’est plus ...
Dalia Farouq23-01-2019

Le 14 janvier, l’égyptologie a perdu une de ses plus grandes figures. L’Allemand Rainer Stadelmann s’est éteint à l’âge de 85 ans.

Après son Abitur (le baccalauréat allemand), à Neuburg an der Donau, en Allemagne, en 1953, il étudie l’égyptologie, l’orien­talisme et l’archéologie à l’Université de Munich.

Dès 1955, il participe aux fouilles du temple solaire égyptien d’Ouserkaf à Abousir. Il poursuit ses études à l’Uni­versité de Heidelberg où, en 1960, il soutient sa thèse de doctorat sur les divinités syro-palestiniennes en Egypte. Il devient ensuite assistant technique à Heidelberg jusqu’en 1967, puis direc­teur scientifique à l’Institut archéolo­gique allemand du Caire, dont il a été directeur de 1989 à 1998. Professeur honoraire de l’Université de Heidelberg, il a participé à de très nombreuses fouilles sur l’île Eléphantine, à Thèbes et à Dahchour.

Ses fouilles les plus importantes res­tent celles menées dans le temple funé­raire, au nord de la pyramide de Sénéfrou, à Dahchour, au sud-ouest du gouvernorat de Guiza.

Pour l’archéologue égyptien Zahi Hawas, Stadelmann était un des plus grands égyptologues à avoir travaillé en Egypte. Il a tant aimé ce pays qu’il a choisi d’y rester à sa retraite. « Au tout début de ma carrière, je vou­lais fouiller sur le site préhistorique de Béni Salama, dans le gouvernorat de Béheira. On disait alors: qui est ce petit archéologue qui veut fouiller un site préhistorique? ... C’est Stadelmann qui m’a cru et m’a beaucoup sup­porté », se souvient Zahi Hawas. Et d'ajouter : « Nous avons par la suite mené ensemble plusieurs combats pour la protection des antiquités égyptiennes. Il a, par exemple, lutté avec moi contre un projet de fouilles qui allait porter atteinte aux pyramides dans les années 1980 ». Expert des pyramides, notam­ment de la 4e dynastie, Stadelmann a découvert le plus ancien pyramidon connu dans l’histoire, situé en haut de la pyramide nord de Dahchour.

« Je l’ai rencontré deux fois lors de ses visites sur le plateau des pyra­mides avec son ami Dr Zahi Hawas en 2006. Bien que c’étaient des visites personnelles, le professeur Stadelmann avait toujours la passion et l’oeil d’un archéologue doué. Ce septuagénaire insistait toujours pour descendre dans toutes les tombes afin de les voir de l’intérieur, même si c’était parfois difficile pour lui », se rappelle Mamdouh Taha, archéologue en charge de la région des pyramides, ajoutant que « ce grand égyptologue restera une des figures majeures de l’archéolo­gie en Egypte ».

Stadelmann a participé à la renommée de l’école de l’égyptologie allemande, l’une des plus importantes dans le monde, depuis l’arrivée des égyptologues allemands en Egypte à la fin du XIXe siècle et la fondation de l’Institut alle­mand d’archéologie au Caire, dont il a été long­temps directeur.

A partir de 1998, le professeur Stadelmann a aussi mené des fouilles importantes dans le temple funéraire d’Amenothep III, sur la rive ouest du Nil à Louqsor, avec son épouse, l’ar­chéologue allemande d’origine arménienne Hourig Sourizian. Dans cette région, où trônent déjà les deux colosses de Memnon, célèbres représentations du pharaon qui a régné plus de 35 ans sur l’Egypte, Stadelmann et son équipe ont dévoilé deux autres immenses statues du pharaon Amenhotep III, qu’ils ont ensuite dres­sées sur leurs emplacements d’origine.

A plus de 80 ans, il continuait de se passion­ner pour l’égyptologie et était régulièrement consulté par ses pairs. En 2015, il a participé à l’évaluation de l’intérêt du projet « Scan Pyramids ».

Au-delà d’un immense savant, Rainer Stadelmann était respecté et apprécié pour ses qualités humaines et professionnelles.




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