Semaine du 9 au 15 janvier 2019 - Numéro 1257
La Bourse égyptienne garde le cap
  La Bourse égyptienne a publié, le 3 janvier, son rapport annuel 2018. Si celui-ci fait état d'un recul des indicateurs suite aux fluctuations sur les marchés mondiaux, il montre aussi que les investisseurs étrangers continuent d'investir et que la Bourse a su attirer de nouveaux entrants.
La Bourse égyptienne garde le cap
Le président de la Bourse, Mohamad Farid, et le vice-président, Ahmad Abdel-Rahmane, lors de la conférence de presse.
Gilane Magdi09-01-2019

L’année dernière a été très difficile pour tous les marchés financiers mondiaux, y compris la Bourse égyptienne. Celle-ci a publié, le 3 janvier, son rapport annuel, qui fait état d’un recul de tous les indices boursiers. L’indice EGX 50 a subi la plus grande baisse (-16,3 %), suivi par l’indice EGX 30 (-13,2 %) et l’indice Standard&Poor’s (-8 %). « L’année 2018 a été pleine de défis et de turbulences pour les marchés émergents. Mais les mesures de réforme économique prises par le gouvernement depuis novembre 2016 ont eu un impact évident sur la performance du marché boursier égyptien, en minimisant les répercussions de cet état d’instabilité sur ces indicateurs boursiers », a déclaré le président de la Bourse égyptienne, Mohamad Farid, lors d’une conférence de presse tenue jeudi 3 janvier à l’occasion de la publication du rapport annuel.

Les marchés financiers ont donc vécu une année difficile, pendant laquelle les écrans des échanges ont souvent affiché la couleur rouge. Les investisseurs ont été confrontés à l’effet de puissantes influences, qui ont eu des répercussions importantes sur leurs décisions d’investissement. Ces influences incluent la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, les perspectives pessimistes du Fonds Monétaire International (FMI) concernant la croissance économique mondiale et l’adoption d’une politique monétaire plus restrictive par la Réserve fédérale américaine. A cela s’ajoutent les turbulences sur les marchés émergents tels que la Turquie et l’Argentine, qui ont procédé à une augmentation des taux d’intérêt sur leurs monnaies nationales en vue de défendre ces dernières.

Le rapport de la Bourse montre l’impact immédiat de ces facteurs sur la performance des indicateurs sectoriels. Trois secteurs seulement ont connu une hausse du cours des actions des entreprises qui y opèrent, contre 9 secteurs en baisse. « Les cours des actions des entreprises opérant dans le secteur du tourisme ont enregistré la plus grande hausse, soit 26 %, pour occuper la première place. Ce secteur est suivi par celui des services, avec 15,3 %, et par celui des services financiers, avec 3,6 % », indique le rapport. Quant aux secteurs en grande chute, le secteur des télécommunications est le grand perdant (-38,8 %), suivi par celui de la construction (-35,7 %).

Des mesures importantes

Pour apaiser les répercussions dans ce contexte très difficile, la Bourse a poursuivi, en 2018, son plan de modernisation, entamé il y a deux ans et basé sur trois axes principaux. Le premier concerne le côté de l’offre et l’amélioration des niveaux de divulgation des sociétés cotées en Bourse ainsi que l’explication des avantages d’être cotées aux entreprises, afin d’attirer de nouveaux entrants. Le rapport annuel note que la Bourse a tenu deux ateliers de travail avec les entreprises pour leur expliquer les avantages de l’utilisation du système « Disclosure Online System ». Ce système consiste à publier les nouvelles des entreprises cotées en Bourse pour les investisseurs. « Le nombre d’entreprises utilisant ce système a augmenté de 24,29 % pour atteindre 220 sociétés en 2018, contre 177 en 2017 », indique le rapport, tout en ajoutant que des rencontres seront menées cette année pour que toutes les entreprises cotées utilisent ce système. Comme l’a indiqué Ahmad Abdel-Rahmane, vice-président de la Bourse, l’amélioration de la rapidité de publication des résultats des entreprises au sein de la Bourse au cours de l’année dernière visait à accroître la transparence. De même, la Bourse a introduit un nouveau système de gestion des relations clients (CRM en anglais), qui doit permettre de suivre les entreprises prévoyant une cotation à la Bourse égyptienne. « Ce système vise à choisir les entreprises pour leur présenter les avantages de la cotation et leur proposer des conseils techniques. Il est probable que 6 entreprises seront introduites en 2019 à la Bourse égyptienne et 5 entreprises à la Bourse du Nil (ndlr : Bourse rassemblant les petites et moyennes entreprises) », a annoncé le président de la Bourse égyptienne.

Le deuxième axe concerne la modernisation du système d’échange. « Nous avons pris 11 décisions pour promouvoir le niveau de liquidité de la Bourse égyptienne », a expliqué Farid. Parmi les décisions les plus importantes figure celle liée au fractionnement des actions (ou division des actions) plus d’une fois au cours de l’année. « La loi actuelle du marché financier interdit aux entreprises cotées en Bourse de procéder à un tel fractionnement plus d’une fois par an. Nous n’avons pas trouvé de clauses similaires dans les autres Bourses mondiales », a indiqué Farid. Une autre décision est la réduction du temps d’arrêt des opérations sur un titre de 30 minutes à 15 minutes, puis, actuellement, à 10 minutes. « Grâce à cette décision, la valeur des échanges a augmenté », a noté Farid. Le rapport de la Bourse fait en effet état d’une hausse de la valeur totale des échanges de 7,92 %, pour atteindre 358,5 milliards de L.E. en 2018, contre 332,5 milliards de L.E. en 2017. Quant à l’échange des obligations, la valeur totale a connu une grande hausse, soit 250 %, pour se chiffrer à 63,02 milliards de L.E. en 2018, contre 17,99 milliards de L.E. en 2017. « Les obligations du Trésor gouvernementales ont représenté 98 % de cette somme, alors que les 2 % restants sont des obligations des entreprises », note le rapport.

Quant au troisième axe, il concerne le côté de la demande et l’augmentation de la communica­tion avec les institutions internatio­nales et nationales. Le rapport annuel de la Bourse révèle que le marché des capitaux égyptien a atti­ré plus de 24 000 nouveaux investis­seurs en 2018, contre environ 22 000 en 2017, soit une augmenta­tion de 8,5 %. En outre, environ 1 887 fonds et institutions étrangers sont entrés sur le marché, contre 1 164 l’année dernière.

Les étrangers continuent à investir

La mise en application continue, par la Bourse, de son plan de moder­nisation a aussi permis d’atténuer l’impact du contexte international sur les investisseurs étrangers. D’après le rapport, les achats nets des étrangers ont atteint 5,73 mil­liards de L.E. en 2018, contre 9,55 milliards en 2017. « Malgré cette baisse dans un contexte internatio­nal plein de défis, les étrangers res­tent des acheteurs. Ils ont vraiment la vision que la performance de la Bourse égyptienne restera bonne à moyen terme », a expliqué le prési­dent de la Bourse égyptienne. Selon le rapport, il y a eu, en 2018, 4 intro­ductions en Bourse (IPO), d’une valeur totale de 5,2 milliards de L.E., dont 4,68 milliards représentant des offres privées, tandis que 0,53 mil­liard de L.E. sont des offres publiques. « Les étrangers ont effec­tué 60 % des investissements dans des IPO cette année, contre 56 % l’an dernier, et les Egyptiens, 40 % », note le rapport. Espérons que les écrans de la Bourse égyp­tienne afficheront de nouveau plus de vert cette année.

Les sociétés introduites en Bourse en 2018

Nom de la société Valeur

(En milliards de L.E.)

B Investment Holding 1,61

CI Capital 0,17

Al-Qahira pour l’inv. et le dév. immobilier 1,24

Tharwa Capital 2,17

Source : Rapport annuel de la Bourse égyptienne 2018

Le plan ambitieux de la Bourse pour 2019

Mohamad Farid, président de la Bourse égyptienne, a annoncé le plan de la Bourse pour l’année 2019. « Aujourd’hui, nous annonçons notre première décision concernant la Bourse en 2019. Il s’agit de la publication des règles organisant l’activité de teneur du marché (market maker), considérée comme l’une des mesures importantes pour augmenter les liquidités de la Bourse égyptienne », a-t-il indiqué lors de la conférence de presse tenue le 3 janvier. L’activité de teneur du marché est exercée par une entreprise, généralement une banque d’investissement, qui fixe à l’avance les prix des titres financiers à l’achat et à la vente. « Nous avons étudié les règles organisant cette activité sur 15 marchés à travers le monde pour déterminer ce que ces marchés organisent et ce qu’ils interdisent », a précisé Farid, qui prévoit que deux ou trois entreprises sont disposées à fournir cette activité, soit par la création de nouvelles sociétés indépendantes, soit par l’obtention de la licence nécessaire pour exercer cette activité.

La Bourse entend par ailleurs mettre en place des règles en matière de vente à découvert (short selling). C’est un système qui consiste à vendre à terme un actif que l’investisseur ne détient pas. « Des discussions sont en cours avec l’Autorité de surveillance financière pour démarrer l’activité de la vente à découvert dans le but d’augmenter la valeur d’échange en Bourse. Les négociations touchent aussi la structure technique nécessaire à l’application du système », a indiqué le président de la Bourse.

Un troisième point concerne, lui, la modernisation du système d’échange électronique de la Bourse. « Le système actuel a été installé en 2006 et révisé en 2008. C’est-à-dire qu’il n’a pas subi de changement depuis 10 ans », a dit Farid.

Enfin, il est prévu de créer une Bourse des marchandises. « Le conseil d’administration de la Bourse coordonne actuellement avec les ministères de l’Intérieur et de l’Approvisionnement pour trouver une formule permettant d’établir des statistiques précises sur les produits du marché, et ce, en vue du lancement de la Bourse des marchandises en 2019 », a conclu le président de la Bourse.




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