Semaine du 9 au 15 janvier 2019 - Numéro 1257
Soudan : La contestation ne fléchit pas
  Les manifestations antigouvernementales se poursuivent dans plusieurs villes du Soudan malgré les promesses du gouvernement d'entreprendre des réformes.
Soudan : La contestation ne fléchit pas
Les Soudanais manifestent chaque jour pour que le régime réalise leurs revendications. (Photo : Reuters)
Maha Salem avec agences09-01-2019

C’est la première fois depuis le mouvement de contestation, le 19 décembre dernier, que des rassemblements pro-régime soient prévus ce mercredi 9 janvier. Ils se tiennent en réponse aux mani­festations quotidiennes qui se pour­suivent dans différentes villes du Soudan et qui prennent de plus en plus l’aspect de mouvement contre le régime du président Omar Al-Béchir, alors qu’elles avaient été initialement déclenchées pour des raisons économiques, suite à la hausse du prix du pain, et plus géné­ralement, à cause du marasme éco­nomique.

En effet, depuis la scission du Soudan du Sud en 2011, le pays est amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole et confronté à une inflation de près de 70 % par an et à une grave crise monétaire. Plusieurs villes souffrent de pénu­ries de pain et de carburant. Le manque important de devises étran­gères a notamment compliqué l’im­portation de certains médicaments par les entreprises pharmaceutiques soudanaises. Et malgré la levée des sanctions et de l’embargo commer­cial américain en octobre 2017, la situation ne s’est pas améliorée. « Il était prévisible que des manifesta­tions aient eu lieu dans ce pays en proie à une crise socioéconomique aiguë, en plus d’une crise politique. Il est vrai que l’élément déclen­cheur est le prix du pain, mais les raisons profondes sont nombreuses, notamment les rumeurs sur un amendement constitutionnel qui permettrait à Béchir de se représen­ter à la présidentielle en 2020, mais il doit à présent reconsidérer cela », explique Dr Sameh Rached, direc­teur de rédaction de la revue Al-Siyassa Al-Dawliya (politique internationale).

A cet égard, une vingtaine de for­mations politiques soudanaises ont appelé à un changement de régime pour pouvoir surmonter la crise éco­nomique. La situation ne peut chan­ger « qu’en établissant un nouveau régime dans le pays, qui puisse gagner la confiance du peuple sou­danais », estiment ces formations dans un communiqué conjoint en anglais rendu public au cours d’une conférence de presse le 1er janvier à Khartoum. Ces formations, qui ont pris part à un processus de dialogue national lancé par le président Béchir en 2014 pour tenter de régler les problèmes politiques et écono­miques du Soudan, ont appelé à la mise en place d’un nouveau « gou­vernement de transition qui convo­querait des élections pour rétablir la démocratie et les libertés publiques ».

Dans une tentative de contenir la crise, le président Omar Al-Béchir a promis de vraies réformes pour réta­blir la démocratie et pour remédier à la crise économique. Par ailleurs, le président Béchir a ordonné la créa­tion d’une commission d’enquête sur les violences meurtrières enre­gistrées au cours des manifestations.

Les longues années de pouvoir de M. Béchir (30 ans) ont été jalonnées de conflits avec le Sud jusqu’à la paix de 2005, et dans d’autres régions, notamment dans celle du Darfour à partir de 2003. Bilan : des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Ces guerres, ainsi que l’incapacité à doper une agriculture qui fut un temps le gre­nier à blé de l’Afrique, ont conduit à une situation économique désas­treuse.




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