Semaine du 9 au 15 janvier 2019 - Numéro 1257
Corée du Nord-Etas-Unis : Retour à la case départ ?
Maha Al-Cherbini avec agences09-01-2019
 
  Six mois après sa rencontre fructueuse avec le président américain, le leader nord-coréen, Kim Jong-un, a menacé les Etats-Unis de reprendre sa stratégie d'escalade s'ils n'allègent pas les sanctions américaines et internationales contre son pays.

Manier la carotte et le bâton pour tirer le plus de gains pos­sible. Telle est la politique adoptée par le leader nord-coréen, Kim Jong-un, depuis sa rencontre avec son homologue américain Donald Trump le 12 juin dernier, qui a débouché sur un accord de dénucléarisation de la péninsule coréenne. Or, six mois après ce meeting historique, aucun pas tangible n’a été franchi sur le terrain et aucun calendrier n’a été établi pour le désarmement de son pays. Et dans son allocution tradi­tionnelle du Nouvel An, le dirigeant nord-coréen semble souffler le chaud et le froid. Il a d’abord réaffirmé son engagement à ne pas « produire » ni « multiplier » des armes atomiques, appelant à la tenue d’un second som­met avec Trump, afin d’instaurer la paix sur la péninsule coréenne : « Je suis toujours prêt à m’asseoir avec le président américain à tout moment et à faire des efforts pour produire un résultat qui satisfera la communauté internationale », a-t-il appelé. Et dans le même temps, Kim Jong-un a menacé Washington de reprendre la politique d’escalade si Trump ne contribue pas à alléger les sanctions américaines et onusiennes qui étran­glent la fragile économie de son pays. Outre l’allègement des sanctions, le dirigeant nord-coréen exige un arrêt complet des exercices militaires amé­ricains en Corée du Sud. « Nous pourrions être contraints d’explorer une nouvelle voie pour défendre la souveraineté de notre pays », a-t-il mis en garde.

Analysant les motifs de ce change­ment de tactique nord-coréenne, Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, explique : « Après une année 2017 sous haute tension, Kim a déci­dé l’année dernière de suspendre ses essais nucléaires et de s’engager à travailler à la dénucléarisation de la péninsule pour obtenir plusieurs résultats : atténuer la pression mili­taire américaine sur son pays, allé­ger les sanctions internationales et casser son isolement sur la scène internationale, outre les gains écono­miques qui serviraient à son régime. Or, après six mois conduisant à une impasse, le président nord-coréen a commencé à s’inquiéter et à s’impa­tienter, surtout après l’imposition de nouvelles sanctions américaines et l’annulation soudaine, le 7 novembre dernier, de la rencontre entre le négo­ciateur nord-coréen, Kim Yong-Chol, et le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo. Des actes qui l’ont poussé à revenir au langage des menaces, car il veut des résultats tangibles et des concessions concrètes de la part des Etats-Unis, avant de faire ne serait-ce qu’un pas sur la voie du démantèlement de son arsenal nucléaire. Une façon de jeter la balle dans le camp des Américains », explique le politolo­gue.

Si l’on regarde d’abord du côté américain, on sent qu’il est bien dans l’intérêt de Trump d’aboutir à une percée avec la Corée du Nord, dos­sier qui pourrait être son unique suc­cès diplomatique avant la fin de son mandat en janvier 2021. Aussi, le président américain a rapidement salué cette semaine l’offre de dialo­gue de Pyongyang, affirmant que des négociations étaient en cours pour préciser le lieu du second sommet avec Kim Jong-un qui pourrait avoir lieu en janvier ou en février prochain.

Cette volonté américaine de dialo­gue ne signifie pas pour autant que l’Administration Trump ferme les yeux sur l’absence de progrès en matière de dénucléarisation nord-coréenne. Une impasse qui a poussé l’Administration américaine à accen­tuer la pression sur Pyongyang mi-décembre, en sanctionnant trois diri­geants nord-coréens, dont l’un des plus hauts responsables d’un régime accusé d’être parmi « les pires » au monde pour les droits de l’homme. S’insurgeant contre les sanctions américaines, Pyongyang a affirmé qu’il s’agissait d’« une tactique pour obtenir des concessions en matière nucléaire ». Une accusation fondée, selon les experts. Pour Dr Mourad, ces pressions américaines ne vont pas forcément remporter leurs fruits, « car il serait difficile pour Pyongyang de renoncer à son pro­gramme nucléaire qui lui servirait de rempart en cas d’agression améri­caine, ou au moins d’un outil de chantage pour faire pression sur la communauté internationale. Pour l’heure, nul ne peut assurer que Pyongyang est sincère dans sa volon­té de dénucléarisation, car le régime nord-coréen a fait cette même ouver­ture deux fois auparavant. En 1991 et en 2001, les leaders nord-coréens ont engagé un dialogue avec la commu­nauté internationale dans l’objectif de la dénucléarisation et ils en ont collecté d’énormes gains écono­miques, puis, ils ont trahi leurs enga­gements en poursuivant leur pro­gramme nucléaire. 2019 sera, ou pas, l’année de la crédibilité pour Pyongyang », conclut l’expert.




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