Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
190 ans de fouilles italiennes à Thèbes
  Depuis 190 ans, les archéologues italiens mènent des fouilles archéologiques à Thèbes. L'égyptologue Marilina Betro a présenté cette évolution lors de la 2e conférence sur l’archéologie italienne en Egypte et dans la région MENA, qui s’est tenue la semaine dernière au Caire.
190 ans de fouilles italiennes à Thèbes
L’équipe de la mission franco-toscane en 1828. (Photo : Mission italienne de l’Université de Pise)
Doaa Elhami12-12-2018

1828-1829. C’est la première expédition archéologique effectuée à Thèbes par la mission franco-tos­cane. Elle est dirigée par le père de l’égyptologie et le déchiffreur des hiéroglyphes, le Français Jean-François Champollion. Il est accom­pagné dans cette mission par l’Ita­lien Ippolito Rosellini. Depuis cette date, les travaux archéologiques continuent à Thèbes à travers des missions de différentes nationalités, notamment italiennes. Les recherches égyptologiques et archéo­logiques ont connu une grande évo­lution durant les 190 ans de travail archéologique, surtout à Thèbes. Durant la conférence sur l’archéolo­gie italienne, l’égyptologue Marilina Betro de l’Université de Pise, prési­dente du comité scientifique du Musée égyptien à Turin, a présenté l’évolution archéologique italienne à Thèbes en trois étapes.

Egalement directrice de la mission italienne opérant à Draa Aboul-Naga, à Thèbes, elle classe ainsi les trois périodes de recherche : la pre­mière, celle qui a débuté avec Ippolito Rosellini en 1829, la deu­xième qui commence en 1903 avec les fouilles d’Ernesto Schiaparelli et enfin la troisième, celle de la période contemporaine.

Ippolito Rosellini était élève de Jean-François Champollion avant de devenir son ami. « Si Champollion enseignait à Rosellini les hiéro­glyphes, Rosellini lui enseignait en retour la langue hébraïque. Mais tous les deux espéraient faire une expédition archéologique sur la terre de la science naissante, l’égyp­tologie », explique Marilina Betro. L’espoir est réalisé en août 1828, lorsque les deux hommes quittent l’Europe pour l’Egypte et travaillent en 1829 sur les sites archéologiques de Thèbes, dont la plus importante est celle de Séthi Ier. Deux équipes, chacune composée de huit membres, constituaient cette première mission. « Pendant que Champollion était en quête de la philologie, Rosellini cherchait plutôt l’archéologie », reprend Betro.

Cette mission, qui a duré 18 mois, a été fondamentale pour le début de l’égyptologie. A cette époque, les pièces trouvées dans une seule tombe ou dans un seul site ont été réparties entre lui et Champollion et n’ont pas été conservées au même endroit. Actuellement donc, les trouvailles de l’expédition franco-toscane peuvent être vues dans les musées égyptiens de Florence et du Louvre. Toutefois, cela est vrai pour toutes les décou­vertes du XIXe siècle, et parfois même au-delà. Les contenus d’un ensemble unitaire ont été dispersés partout dans les musées européens. Un jeu de puzzle. « L’étude des objets exposés dans les musées, celle des documents, des archives et les données archéologiques m’ont per­mis de reconstituer une quantité considérable d’histoires, dont on ne connaissait pas le contexte », explique le professeur Betro.

Première mission scientifique

190 ans de fouilles italiennes à Thèbes
Les pièces archéologiques lors de la découverte.

En 1903, soit 75 ans après la mis­sion franco-toscane, l’égyptologue italien Ernesto Schiaparelli (1856- 1928), responsable de la collection égyptienne du Musée de Turin depuis 1894, crée la mission archéo­logique italienne en Egypte. Une mission qui durera 17 ans. En 1904, Schiaparelli opère à Thèbes, dans la Vallée des reines, et fait des décou­vertes spectaculaires. Il met au jour la tombe de la Belle des Belles, Néfertari. A cette découverte s’ajoute celle de 82 tombeaux pillés, des sépultures de Khaemouas, Amon-her-khéperchef et Seth-her-khéperchef, fils de Ramsès II, et celle de la princesse Ahmosis, de la XVIIe dynastie. Peu de temps après, il commence les fouilles à Deir Al-Medineh et découvre en 1906 la chambre funéraire intacte de l’archi­tecte Kha et de son épouse Merit. D’après ses archives, « Schiaparelli a dessiné les plans des tombes découvertes. Il a pris en photo l’état des tombes pendant les diverses étapes de leur mise au jour et a aussi fait un travail de documentation détaillée du travail archéologique effectué », souligne Betro. Pour elle, les méthodes et les moyens utilisés par Schiaparelli et son équipe ont été très rigoureux. Grâce aux photos de Schiaparelli, le Musée de Turin, par le biais de 3D, a reconstitué l’état de la tombe intacte de Kha et l’état de ses contenus lors de la découverte. Un court film diffusé lors de la conférence a transporté le spectateur à l’époque de la découverte. « L’année 1903 a vu la première mission archéologique scientifique italienne à Thèbes », assure-t-elle.

De nos jours, avec les nouvelles technologies et les divers pro­grammes numériques, les missions archéologiques opérantes à Thèbes peuvent déterminer les lieux des tombes presque avant même d’avoir donné le premier coup de pioche. En plus, « la technologie nous aide à réduire la démolition effectuée au cours des fouilles : nous pouvons documenter et virtuellement recons­truire les couches de sol à mesure que nous les enlevons », reprend l’égyptologue, montrant la recons­truction virtuelle en 3D d’une tombe pillée retrouvée à Draa Aboul-Naga, où opère la mission qu’elle dirige pour l’Université de Pise. « L’analyse des données archéologiques nous a permis de constater que la tombe en question a été pillée à deux reprises puis réutilisée », souligne l’égypto­logue. La première fois, les voleurs avaient saisi les biens précieux des momies, tout en laissant le reste bien organisé. Dans le deuxième pillage, leur but était plutôt le bois des sarco­phages, devenu rare à l’époque (début du premier millénaire avant notre ère). La récente technologie permet alors de comprendre l’his­toire de la tombe malgré son pillage, de voir l’oeuvre des hommes qui ont agi dans ce contexte et de mieux interpréter leurs motivations et leurs problèmes. « La nouvelle recherche archéologique n’a plus besoin de grandes trouvailles ou des décou­vertes extraordinaires pour com­prendre », conclut Marilina Betro.




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