Semaine du 31 octobre au 6 novembre 2018 - Numéro 1248
Processus de paix : Les bons offices d’Oman
Abir Taleb avec agences31-10-2018
 
  Benyamin Netanyahu a effectué cette semaine une visite au Sultanat d'Oman. Mascate parle de suggestions pour aider Israéliens et Palestiniens à s'entendre. Mais ces derniers craignent une normalisation entre Israël et les pays arabes.

Alors que le processus de paix israélo-palestinien est au point mort depuis des années, que la bande de Gaza est à feu et à sang chaque vendredi (7 Palestiniens sont morts ven­dredi 26 octobre) et qu’aucun espoir ne se pro­file à l’horizon, le Sultanat d’Oman tente de jouer les médiateurs, même si officiellement, le terme de médiateur n’est pas utilisé. C’est en tout cas ce que Mascate a laissé entendre suite à la visite du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, vendredi 26 octobre à Oman, où il a rencontré le sultan Qabous. Les médias officiels du sultanat ont diffusé des images de la ren­contre entre Qabous et Netanyahu et indiqué qu’elle avait porté notamment sur « les moyens de faire avancer le processus de paix au Proche-Orient ». Par ailleurs, le président palestinien, Mahmoud Abbas, avait devancé M. Netanyahu dans ce pays du Golfe la semaine dernière.

Mais rien de plus n’a filtré, à part que le Sultanat d’Oman a ainsi estimé au lendemain de la rencontre entre les deux hommes que le temps était venu d’accepter Israël comme une puissance du Moyen-Orient. Oman a avancé des suggestions pour aider Israéliens et Palestiniens à s’entendre, mais n’intervient pas comme médiateur, a dit Youssouf bin Alaoui bin Abdoullah, ministre en charge des Affaires étrangères, lors d’un sommet de trois jours consacré à la sécurité et organisé à Bahreïn. « Israël est un Etat présent dans la région, nous devons comprendre cela », a-t-il déclaré. « Le monde reconnaît cet état de fait. Il est peut-être temps de traiter Israël comme n’importe quel autre Etat et qu’il assume les mêmes obliga­tions », a-t-il ajouté. « Nous ne sommes pas en train de dire que la route sera facile et pavée de roses, mais notre priorité est de mettre fin à ce conflit et d’entrer dans un nouveau monde », a également déclaré le ministre.

Mais la visite de Benyamin Netanyahu à Oman a pris de court les Palestiniens. D’abord, elle n’avait pas été annoncée et n’a pas manqué de créer la surprise. Ensuite, très peu de com­mentaires ont été faits. Et, même si ce n’est pas la première fois qu’un premier ministre israélien se rend au Sultanat d’Oman — en 1994, Yitzhak Rabin est le premier à rencontrer le sultan —, cette fois-ci, les choses sont relativement diffé­rentes. Le sultan omanais et le chef du gouver­nement israélien affichent une certaine proxi­mité. Ce qui inquiète les Palestiniens. Responsables et analystes palestiniens se sont en effet inquiétés d’une « normalisation » des relations entre pays arabes et Israël, après la rencontre entre le sultan Qabous. La visite, rap­portée par les médias officiels des deux pays, a suscité des réactions auprès des Palestiniens, les pays arabes ayant historiquement fait du règle­ment de la question palestinienne la condition d’une normalisation avec Israël.

Désormais, « le système de valeurs et le pacte politique et social arabe n’existent plus », a déploré samedi 27 octobre dans un bref com­muniqué Mohammed Chtayyeh, membre du comité central du mouvement Fatah du prési­dent palestinien Mahmoud Abbas. « C’est le début de la normalisation publique et la fin de l’initiative de paix arabe », a assuré M. Chtayyeh, faisant référence à un plan de paix saoudien de 2002 proposant une normalisation entre Israël et les pays arabes en échange d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, soit avant l’occupation israélienne. Des réactions d’autant plus vives que Tel-Aviv a voulu mar­quer le pas, le premier ministre israélien ayant évoqué un rapprochement avec Israël de la part de certains pays de la région, une façon de mettre la pression sur les Palestiniens et de leur faire sentir qu’ils sont isolés. « Un certain nombre de pays voisins se rapprochent d’Israël à cause de l’innovation et sont en train de nor­maliser leurs relations, ce qui est un pas vers la paix. Ils veulent nos innovations, pas seulement pour des questions de sécurité », a dit Netanyahu. Et d’ajouter : « Nous avons tou­jours cru que nous ouvririons les portes de la paix avec le monde arabe au sens large si nous résolvions le problème palestinien », mais il est « peut-être plus vrai que si vous vous ouvrez au monde arabe et que vous normalisez vos rela­tions avec eux, cela finira par ouvrir la porte à la réconciliation et à la paix avec les Palestiniens ». Une nouvelle manoeuvre israé­lienne ?




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