Semaine du 3 au 9 octobre 2018 - Numéro 1244
Renouer avec l’Afrique et l’Asie
Mohamed Salmawy03-10-2018
 
 

J’éprouve un sentiment de tristesse toutes les fois que je me rends au siège de l’Organisation de la Solidarité des Peuples Afro-Asiatiques (OSPAA) au quartier de Manial au Caire. Vieille de plus de 60 ans, cette organisation populaire est l’une des plus anciennes organisations internationales non gouvernementales. Au cours de sa longue histoire, elle a témoigné de beaucoup de changements politiques, économiques et sociaux dans les pays de ces deux continents. Mais elle a toujours été un bastion pour la défense des peuples du tiers-monde et de tous les mouvements d’indépendance. Cette organisation a fait face à toutes les formes d’oppression et de discrimination raciale, notamment dans le cas de l’Afrique du Sud, et a toujours pris la défense du peuple palestinien. Notre ambition actuelle de renouer, après des années d’absence, avec les pays d’Afrique et d’Asie, qu’on représentait dans les forums internationaux, rend d’autant plus indispensable cette vénérable organisation. Pourquoi donc l’Etat a-t-il cessé de s’intéresser à cette organisation qui ne reçoit plus l’appui dont elle bénéficiait dans les années 1950 et 1960 ?

L’OSPAA a été créée en janvier 1958. Elle fut le fruit de la Conférence internationale des pays non-alignés organisée au Caire la même année. Aujourd’hui, cette organisation continue à disposer d’un grand nombre de comités dans plus de 90 pays africains et asiatiques, en plus de ses comités en Europe et en Amérique latine. Se sont succédé à sa présidence Abdel-Rahman Al-Charqawi, Mourad Ghaleb, Ahmad Hamrouchet, actuellement, Helmi Al-Hadidi. L’OSPAA a donné lieu à la création de l’Union des écrivains d’Afrique et d’Asie dont le premier président fut le romancier Youssef Al-Sébai et le dernier, le grand intellectuel Lotfi Al-Kholi. Mais après la mort de celui-ci en 1999, les activités de l’union ont été gelées. L’Etat égyptien a perdu son intérêt pour l’Union des écrivains, pour l’organisation qui lui a donné naissance, ainsi que pour l’Afrique et l’Asie.

Dix ans après, l’Egypte a reçu une délégation de l’Union des écrivains progressistes indiens, dirigée par Ali Javid. Les Indiens étaient venus s’enquérir de la situation de l’Union des écrivains d’Afrique et d’Asie. Les membres de la délégation se sont rendus au siège de l’OSPAA avec un message sérieux : Si l’Egypte ne tenait pas à garder le siège de l’Union des écrivains afro-asiatiques, l’Inde serait prête à le transférer à New Delhi et à relancer ses activités.

Lors de la réunion avec le président de l’OSPAA, Helmi Al-Hadidi, celui-ci a refusé le transfert du siège de l’Union des écrivains et a demandé en revanche aux membres de la délégation de coopérer avec l’Egypte pour revivifier cette union qui rassemble les écrivains des deux continents.

Ainsi, l’OSPAA a commencé les préparatifs pour la tenue au Caire d’une conférence générale des Unions des écrivains des pays d’Afrique et d’Asie, en vue de relancer l’Union des écrivains afro-asiatiques et d’élire de nouveaux responsables pour sa direction. Un comité fut créé sous ma présidence pour les préparatifs de cette conférence qui, dans la foulée de la révolution du 25 janvier 2011, ont duré une année entière. La conférence a enfin eu lieu en décembre 2012 avec la participation d’une quarantaine de pays africains et asiatiques. Nous avions souhaité que cette conférence soit parrainée par le président de la République, pour prouver aux participants que l’Egypte n’a pas abandonné l’union et qu’elle tenait toujours à ses relations avec les peuples africains et asiatiques. Mais la présidence, qui était alors passée aux Frères musulmans, n’a pas donné suite à notre demande. Malgré tout, la conférence a réussi à atteindre ses objectifs, et j’ai eu l’honneur d’être élu secrétaire général de l’Union des écrivains d’Afrique et d’Asie qui entamait une nouvelle ère de son histoire après plus de dix ans de gel de ses travaux. Nous avons élaboré une nouvelle charte, plus adaptée aux changements qui ont eu lieu pendant ces dix ans, et elle fut adoptée lors de cette conférence.

Après sa relance, l’Union des écrivains d’Afrique et d’Asie a organisé une série de conférences au Vietnam, en Jordanie, au Pakistan, en Russie et en Egypte. Aujourd’hui, l’union prépare pour la prochaine conférence qui aura lieu au mois de novembre au Maroc. Grâce à l’encouragement des pays membres, la prestigieuse revue Lotus a repris en trois langues, l’arabe, le français et l’anglais. Les activités de l’Union des écrivains ont encouragé M. Hadidi à créer une union similaire destinée aux journalistes afro-asiatiques.

Si je raconte ces histoires dont j’étais témoin, c’est pour montrer à quel point les pays africains et asiatiques s’intéressent à cette prestigieuse organisation et à son union des écrivains. Les années d’isolement qui nous ont été imposées durant les quatre dernières décennies, au cours desquelles l’Egypte s’est séparée de l’Afrique, de l’Asie et du tiers-monde, sont révolues. Aujourd’hui, l’Egypte a de nouveau hâte de renouer avec les pays des deux continents, ces mêmes pays avec lesquels elle entretenait de solides relations d’amitié et de coopération et qui lui conféraient un poids important sur la scène internationale en lui permettant de se poser en leader du tiers-monde.

Existe-t-il un meilleur pont de communication avec ces pays ? L’avantage de cette organisation est son statut non gouvernemental, parce que la vraie communication ne se limite pas au niveau officiel, c’est à l’échelle populaire que cette communication retrouve sa pleine force … .



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