Semaine du 3 au 9 octobre 2018 - Numéro 1244
Kom Ombo ou l’art de remonter le temps
  Plusieurs découvertes faites au cours des derniers mois au temple de Kom Ombo sont venues enrichir l’histoire du site. Elles révèlent que le temple remonte à une époque plus ancienne que ce que les archéologues pensaient jusqu’ici.
Kom Ombo ou l’art de remonter le temps
(Photo : Ministère des Antiquités)
Nasma Réda03-10-2018

Situé à une quarantaine de kilomètres au nord d’Assouan et à 15 m du niveau du Nil, le merveilleux temple de Kom Ombo est connu depuis des siècles comme un temple ptolémaïque, puisque le plus ancien roi représenté sur ses bas-reliefs est le roi Ptolémée VI du IIIe siècle. Or, de nouvelles découvertes sont venues relever des informations différentes, indiquant que le temple remonte à une époque plus ancienne. « On a fait beaucoup de nouvelles découvertes au cours de la dernière saison de fouille, qui vont changer de nombreux faits historiques », déclare Abdel-Moneim Saïd, directeur des antiquités d’Assouan et de la Nubie. Des bustes, des sphinx, des blocs, des stèles et d’autres objets ont été découverts lors des travaux de drainage et de sauvetage du temple, effectués par la mission égyptienne du ministère des Antiquités. Un projet qui a commencé en octobre 2017. Depuis, les découvertes se succèdent et viennent donner de nouveaux détails sur le temple.

Kom Ombo ou l’art de remonter le temps
Tête de Marc-Aurèle. (Photo : Ministère des Antiquités)

Récemment, dans la partie sud-est du site, une statue d’un sphinx en grès en parfait état de conservation a été trouvée. Mesurant 91 cm de long, 50 cm de haut et 30 cm de large, les traits de son visage humain, finement sculptés, indiquent que ce sphinx remonte à l’époque ptolémaïque, et plus précisément à celle de Ptolémée V. Bien que le sphinx soit démuni de toute inscription, les archéologues sont formels. « Il a été trouvé au même endroit où l’on a découvert deux stèles appartenant au roi Ptolémée V (210-180 av. J.-C.) », assure Saïd.

Ces deux stèles en calcaire découvertes peu avant viennent ajouter des informations concernant le temple. L’une d’elles, qui mesure 2m 80 de long, 1m 20 de large et 35 cm d’épaisseur, est particulièrement importante. « Cette stèle est très similaire à celle de la pierre de Rosette, puisqu’elle renferme deux textes, l’un composé de 34 lignes en hiéroglyphe et l’autre composé de 33 lignes en langue populaire, le démotique », explique Saïd, ajoutant que la stèle porte en plus l’image du roi Ptolémée tenant un sceptre dans une main et un captif de guerre dans l’autre. Sur cette stèle apparaît clairement la triade du temple : le dieu Haroéns, soit le dieu faucon (Horus l’ancien ou Horus le Grand), la déesse Tasentnefert, (la bonne soeur) et le dieu-fils Panebtaoui, le maître des deux terres.

Kom Ombo ou l’art de remonter le temps
Sphinx. (Photo : Ministère des Antiquités)

« Les membres de la mission travaillent d’arrache-pied pour tenter de déchiffrer ces inscriptions, qui vont très probablement nous donner de nouvelles informations », reprend Saïd, tout en ajoutant que la deuxième stèle découverte mesure 2 m 53 de long, 1 m de large et 24 cm d’épaisseur. Elle porte l’image du roi Ptolémée avec sa femme Cléopâtre V et sa fille Arsinoé, avec un disque solaire au-dessus de leur tête, deux grandes ailes et la triade de Kom Ombo. Elle porte elle aussi une inscription, de 29 lignes, en hiéroglyphe. Les deux pièces ont été transférées au Musée National de la Civilisation (MNC) de Fostat pour être nettoyées, restaurées puis exposées au musée, qui devrait être inauguré en fin d’année.

Découvertes de plus en plus anciennes

Les deux stèles et le sphinx ne sont pas les seules pièces antiques découvertes au temple de Kom Ombo. Les archéologues ont également trouvé une tête de l’empereur romain Marc-Aurèle mesurant 40 cm sur 33 sur 34. L’originalité de cette découverte réside dans le fait que les sculptures de cet empereur romain sont très rares sur le territoire égyptien. « L’autre surprise était la découverte d’un bas-relief en calcaire sur lequel apparaissent le portrait et le nom de Philippe III Arrhidée, le demi-frère du grand conquérant Alexandre le Grand. En fait, cette découverte change un élément important dans l’histoire de ce temple, puisqu’elle prouve qu’il remonte à une époque plus ancienne que celle de Ptolémée V », souligne Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités.

Kom Ombo ou l’art de remonter le temps
L’une des 2 stèles découvertes. (Photo : Ministère des Antiquités)

Et ce n’est pas fini. En février dernier, des parties d’une immense statue du pharaon Ramsès II du Nouvel Empire ont été trouvées, de même que plusieurs statues de Thoutmosis III. De nombreuses céramiques et offrandes funéraires y ont également été trouvées, qui remontent à la première période intermédiaire. « Les travaux ont par ailleurs révélé que ce temple avait été installé sur des vestiges plus anciens, qui remontent à l’Ancien Empire, dont des objets ont été découverts », indique Saïd.

Tout près du temple, la mission a trouvé les vestiges d’un atelier de poterie datant de la IVe dynastie (entre 2613 et 2494 av. J.-C.). « C’est l’une des rares découvertes qui mettent en lumière les détails de la vie quotidienne, les activités industrielles et le développement de l’art dans l’Egypte Ancienne », indique Waziri. Il indique que la découverte montre aussi le développement des outils utilisés pour répondre aux exigences de la vie quotidienne.

Actuellement, les travaux se poursuivent, cette fois dans la salle du « mammisi », un édifice situé dans l’angle nord-ouest du temple et destiné à célébrer la naissance des deux dieux enfants Khonsou et Panebtaoui. La mission archéologique a de plus effectué un travail d’anastylose (reconstruction) sur un bloc découvert il y a deux mois, afin de lui redonner son aspect d’origine. « Cette série de découvertes changera ce qu’on sait de l’histoire du temple et de la région », assure Saïd. Le projet s’étendra aussi à la colline antique, située derrière le temple.

Un temple de toute beauté

Construit au bord du Nil, le temple de Kom Ombo jouit d’un cadre visuel exceptionnel, puisqu’il offre un panorama réunissant le désert, l’eau du Nil et une verdure luxuriante. Une croisière sur le Nil constitue la meilleure manière d’admirer le site. « Ouvert de 6h à 20h, le site peut être visité du lever au coucher du soleil », déclare Abdel-Moneim Saïd, directeur des antiquités d’Assouan et de la Nubie.

Menacé par des inondations à plusieurs reprises, le temple a résisté aux eaux. « Les inscriptions gravées sur les colonnes de la cour principale sont d’une qualité remarquable et demeurent magnifiques », souligne Saïd. D’exceptionnelles et uniques scènes figurent sur les parois du temple, telle une représentation à caractère médical, avec un tableau détaillé d’instruments médicaux et chirurgicaux. Une autre scène rare représente le calendrier égyptien. Consacré au dieu faucon Haroéris et au dieu crocodile Sobek, le temple se distingue par deux triades divines, dont chacune a son sanctuaire. On trouve au sein du temple deux Saints des Saints, deux salles hypostyles, tout est divisé en deux. « Une symétrie exceptionnelle rare, surtout dans les temples », indique Saïd.




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