Semaine du 3 au 9 octobre 2018 - Numéro 1244
La BCE joue la carte de la stabilité
  La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a décidé de maintenir ses taux d’intérêt pour le 4e mois consécutif au moment où d’autres pays arabes les augmentent. Une décision raisonnable aux yeux des analystes. Explications.
La BCE joue la carte de la stabilité
Le niveau actuel des intérêts bancaires est approprié par rapport aux taux d’inflation. (Photo : Ahmad Abdel-Razeq)
Gilane Magdi03-10-2018

La banque Centrale d’Egypte (BCE) maintient sa politique monétaire malgré les craintes au niveau international. Le 28 septembre, le comité des politiques monétaires au sein de la Banque a maintenu les taux d’intérêt pour le 4e mois consécutif. « Le comité a décidé de maintenir les intérêts sur les dépôts et les emprunts au niveau de 16,75 % et de 17,75 % respectivement », indique le communiqué de presse publié sur le site de la BCE. Ce dernier décrit le niveau des intérêts actuels comme étant approprié par rapport aux taux d’inflation. « En raison de la hausse des prix des biens et des services, le taux d’inflation est passé à 14,2 % en août, contre 11,4 % en mai », souligne le communiqué pour justifier la décision de la BCE, qui est importante pour le milieu des affaires et pour les secteurs économiques.

Le maintien des intérêts bancaires confirme les prévisions des experts et des analystes au sein des banques d’investissement. « Nous nous attendions au maintien des intérêts bancaires dans la phase actuelle. Le taux d’inflation reste dans les limites attendues par la BCE, entre 13 et 16 %. Donc, la BCE n’a pas besoin de changer sa politique monétaire », explique Moneit Doss, analyste économique au sein de la banque d’investissement HC Securities. Elle prévoit que la BCE maintiendra les intérêts bancaires inchangés d’ici la fin de l’année. Et d’ajouter : « Elle pourrait recourir à la baisse des taux l’année prochaine, avec l’application de la dernière phase de libéralisation des prix des carburants selon le programme de réforme du Fonds Monétaire International (FMI) ».

Pour freiner l’inflation, la BCE a réduit les taux d’intérêts bancaires deux fois cette année. La première baisse était de 1 %, en février, tandis que la deuxième, également de 1 %, a eu lieu au mois de mai. Toutefois, elle a gardé ses taux stables pour contrer les turbulences sur les marchés émergents.

Bien que cette politique monétaire soit considérée comme nécessaire pour assurer la stabilité du taux d’inflation, elle intervient dans un climat économique très difficile au niveau mondial, caractérisé par l’augmentation des taux directeurs par les pays. La veille du 28 septembre, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé ses taux d’intérêt d’un quart de point de pourcentage. Ils sont ainsi passés de 2 à 2,25 %, leur plus haut niveau depuis dix ans.

De même, les Banques Centrales de 3 pays arabes — Bahreïn, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis — ont annoncé une hausse de 25 points de base de leur taux d’intérêt de référence à la suite de la décision de la Fed.

L’objectif est de freiner la fuite des investissements étrangers vers des pays émergents comme l’Argentine, qui offre des taux d’intérêt très élevés (60 %). « L’Egypte n’a pas besoin de recourir à ce genre de mesures. Tout d’abord, elle possède une bonne performance au niveau de la liquidité dans le secteur bancaire. Donc, la BCE n’a pas besoin d’augmenter ses taux pour attirer plus de liquidités. La meilleure preuve est les déclarations de la Banque Misr et de la Banque nationale d’Egypte (NBE) indiquant que 176 milliards de L.E., représentant le montant des certificats d’investissement à un taux d’intérêt de 20 %, ont été reconduits le mois dernier et restent donc au sein des banques », commente Doss.

L’Egypte reste attrayante

L’impact de la hausse des intérêts au niveau mondial sur les investissements étrangers reste par ailleurs limité, en dépit d’un recul au niveau des bons du Trésor et des obligations. « Après la libéralisation de la monnaie nationale en novembre 2016, les flux des investissements étrangers dans ces outils n’ont cessé d’augmenter pour atteindre leur niveau le plus élevé en mars 2018, soit 23 milliards de dollars. Depuis, ils ont commencé à baisser suite aux perturbations sur les marchés émergents et ont atteint 17,1 milliards de dollars en juillet », indique Esraa Ahmad, analyste économique au sein de la banque d’investissement Shuaa Capital.

Or, malgré cette baisse, l’impact sur la monnaie nationale est restreint, et ce, grâce à l’amélioration des ressources du pays en devises étrangères, comme l’explique encore Esraa Ahmad.

Pour sa part, la maison de courtage Pharos Securities note, dans son rapport du mois d’août, que l’Egypte reste attrayante en proposant actuellement une combinaison intéressante d’investissements dans des instruments de la dette publique. « L’Egypte a un avantage sur les autres économies émergentes en termes de rendement sur les instruments de la dette publique, en particulier avec la stabilité de la monnaie locale et l’amélioration récente de la notation du pays par les agences internationales », indique le rapport, qui ajoute que « l’Argentine et la Turquie sont parmi les pays les plus dangereux en termes de rendement des instruments de la dette ».

Malgré cette situation, les banques opérantes en Egypte insistent pour demander des taux d’intérêt trop élevés, dépassant parfois les 19 %, dans le cadre des appels d’offres pour l’émission de bons du Trésor et d’obligations par le ministère des Finances. Cela a incité ce dernier à annuler 4 appels d’offres relatifs aux obligations au cours des deux derniers mois. « Pour sortir de l’impasse, le ministère opte pour le financement via les bons du Trésor à court terme. C’est pourquoi il a annulé les appels d’offres relatifs aux obligations remboursables sur une période variant entre 3 et 7 ans. Il veut apaiser le fardeau des services des dettes à long terme », conclut Esraa Ahmad.




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