Semaine du 26 septembre au 2 octobre 2018 - Numéro 1243
Téhéran dans de beaux draps
  Téhéran s’en est violemment pris aux Occidentaux et aux Saoudiens au lendemain de l’attentat commis contre une parade militaire à Ahvaz. En pleine crise avec Washington au sujet des sanctions et faisant face à d’importants défis internes, l’Iran tente de tirer profit de cette attaque pour ressouder les rangs des Iraniens autour du régime.
Téhéran dans de beaux draps
L’attentat de samedi a révélé l’impuissance du système sécuritaire iranien à empêcher de telles attaques sanglantes. (Photo : Reuters)
Maha Al-Cherbini avec agences26-09-2018

Les défis tombent dru sur la tête de la République islamique en pleine crise économique et politique avec les Etats-Unis depuis le retrait américain de l’accord nucléaire et l’imposition de nouvelles sanctions très dures contre Téhéran.

Cette fois, il ne s’agit plus du nucléaire ni des sanctions, mais d’un grave attentat terroriste qui a endeuillé le pays, le samedi 22 septembre, et précisément la ville d’Ahvaz, capitale de la province de Khouzestan (sud-ouest), habitée par 1,1 million d’habitants majoritairement arabes. L’attaque a eu lieu lors d’un important défilé militaire organisé pour la Journée nationale des forces armées iraniennes qui commémore chaque 22 septembre le déclenchement de la guerre Iran-Iraq (1980-1988).

En pleine parade, quatre hommes ont ouvert le feu sur les Gardiens de la Révolution et l’armée idéologique de la République islamique, faisant un lourd bilan : 25 morts et 60 blessés parmi les militaires et les civils.

L’attaque a été revendiquée deux fois : d’abord par un groupe extrémiste arabe à Ahvaz nommé « la lutte arabe pour la libération d’Ahvaz », qui a mené ces dernières années plusieurs attentats contre des militaires iraniens en vue de l’indépendance. « Nous avons attaqué les Gardiens de la Révolution pour nous défendre. C’est notre droit de résister à cette milice classée terroriste par la communauté internationale. Notre attaque est une réponse à la discrimination et la vague de répression arbitraire qui visent les habitants arabes de notre région », a justifié Habib Jaber, président du groupe La lutte arabe pour la libération d’Ahvaz. Ensuite par Daech. Mais sa responsabilité reste peu probable selon l’analyste Mohammed Mohsen Abo El Nour, fondateur et président du Forum arabe de l’analyse des politiques iraniennes.

« Daech n’a aucun lien avec cette attaque. Il veut tout simplement laisser sa marque sur tous les attentats terroristes de la région pour prouver sa force et sa présence. Le plus probable est que ce soit le Groupe arabe pour l’indépendance d’Ahvaz qui l’ait commise, car il veut obtenir l’indépendance. En fait, cette région du sud-ouest iranien est habitée par des Arabes. Elle était un émirat arabe indépendant, mais a été annexée à l’Iran par le Shah Reda Pahlavi en 1925. Depuis, plusieurs groupes séparatistes arabes militent pour l’indépendance de cette région.

Or, cette région jouit d’une importance historique chez les Iraniens qui y tiennent fort, car elle a été le terrain de la guerre entre l’Iran et l’Iraq. C’est pourquoi le régime iranien tient à y célébrer chaque année une parade militaire qui commémore le déclenchement de cette guerre », explique-t-il.

Aussi, l’attaque tombe mal pour Téhéran. En sus d’une simple commémoration, la parade de cette année était censée être une démonstration de force pour montrer les capacités militaires et défensives iraniennes aux Etats-Unis. Or, l’attentat du samedi 22 septembre a mis à nu l’impuissance du système sécuritaire iranien à éviter de telles attaques sanglantes. « Frapper si violemment en pleine parade militaire a fort nui à l’image de l’Iran face aux Etats-Unis et à la communauté internationale », explique le politologue.

Rohani promet une « réponse terrible »

Au lendemain de l’attentat, pour sauver la face et détourner l’attention internationale de ses crises internes, Téhéran s’en est violemment pris tant aux Occidentaux qu’aux Saoudiens, accusés de complaisance. Les ambassadeurs danois, néerlandais et le chargé d’affaires britannique ont été convoqués. Le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni abriteraient des membres du groupe arabe séparatiste Al-Ahvazieh, selon Téhéran. La diplomatie iranienne a donc convoqué les représentants de ces trois pays pour leur signifier son mécontentement. « Il n’est pas acceptable que l’Union européenne ne mette pas sur sa liste noire les membres de ce groupe », a déploré le ministère des Affaires étrangères. Le ministre, Mohammad Javad Zarif, a accusé « des terroristes recrutés, entraînés et payés par un régime étranger » d’avoir « attaqué Ahvaz » et a mis en cause « les parrains régionaux du terrorisme et leurs maîtres américains ».

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a vu dans l’attentat « une continuation de la conspiration des gouvernements de la région à la solde des Etats-Unis et qui cherchent à répandre l’insécurité dans notre cher pays ». Des accusations infondées selon l’analyste. Pour Mohamed Mohsen Abo El-Nour, « jamais ces deux pays n’adresseraient des frappes militaires à l’Iran. Il est vrai que Washington et Riyad soutiennent politiquement toute opposition contre le régime iranien, mais ils ne pourraient jamais intervenir militairement en Iran. Téhéran ne veut pas reconnaître ses problèmes internes. C’est tout ».

Mais les autorités ont promis une réponse rapide et ferme. Le président iranien, Hassan Rohani, a même prévenu que la « réponse de la République islamique à la moindre menace sera terrible ». Rohani et Khamenei ont promis une riposte « destructrice » aux Etats-Unis et à tous les parrains du terrorisme, affirmant que leur pays va continuer à développer ses capacités militaires et défensives. « Les Etats-Unis échoueront dans leur guerre contre l’Iran. Votre colère contre nos missiles signifie que nos missiles sont nos armes les plus efficaces », a dénoncé Rohani.

En fait, le président iranien adresse un message direct au président Trump qui compte profiter de la réunion de l’Assemblée générale de l’Onu pour accentuer la pression contre l’Iran en visant notamment son programme balistique et sa politique régionale. « Téhéran a simplement saisi l’occasion de cette attaque pour déclarer la guerre à Washington et nuire à son image sur la scène internationale, et en même temps, se disculper de toute déficience sécuritaire ou impuissance à résoudre ses crises internes », conclut M. Abo El-Nour.




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