Semaine du 12 au 18 septembre 2018 - Numéro 1241
La bataille d’Idleb
Al-Ahram Hebdo12-09-2018
 
 

Tandis que le régime syrien se prépare à lancer son offensive sur la province d’Idleb, un sommet tripartite axé sur la Syrie s’est tenu cette semaine à Téhéran entre les présidents russe, Vladimir Poutine, turc, Recep Tayyip Erdogan, et iranien, Hassan Rohani. Après ses victoires à Alep et dans le sud de la Syrie, Bachar Al- Assad se tourne désormais vers cette province du nordouest. L’enjeu militaire est de taille. En effet, cette région est le dernier bastion rebelle qui subsiste en Syrie.

Elle abrite plusieurs dizaines de milliers de combattants principalement de Hayat Tahrir Al-Cham (anciennement le groupe Al- Nosra) qui disposerait de 30 000 hommes, ainsi que des éléments de Daech et d’Al- Qaëda. Cette localité est donc problématique dans la mesure où elle pourrait constituer une base à partir de laquelle des opérations peuvent être menées à l’intérieur et hors du territoire syrien.

Une victoire du régime à Idleb scellerait définitivement le sort des djihadistes en Syrie. Mais outre l’enjeu militaire, il y a aussi un enjeu stratégique. La région abrite une autoroute qui relie la Turquie, la Syrie et la Jordanie. Elle constitue une ouverture sur la Méditerranée.

La ville d’Idleb est proche de Hama, d’Alep et surtout de Lattaquié, forteresse du régime où se trouve notamment la base aérienne russe de Hmeimim. Depuis deux mois et demi, le régime de Bachar Al-Assad intensifie les préparatifs notamment au nord de Hama, dans les régions proches de Lattaquié et tout le long de la ligne jusqu’à Idleb. Mais cette bataille imminente d’Idleb a surtout une dimension politico-humanitaire. La Turquie, l’un des principaux acteurs politiques sur la scène syrienne, mais aussi l’Union européenne, appréhendent ses répercussions. La région d’Idleb possède une frontière de 130 kilomètres avec la Turquie. Une bataille dans cette région peut déboucher sur un exode massif de la population vers le territoire turc, qui abrite déjà 3,5 millions de réfugiés syriens. Il y a de même un risque d’infiltration des groupes djihadistes en Turquie. Les responsables onusiens, eux, ne cessent de mettre en garde contre une catastrophe humanitaire à Idleb en cas d’offensive du régime.

« Un scénario du pire à Idleb a le potentiel de créer une urgence humanitaire encore jamais vue tout au long de cette crise », a averti John Ging, haut responsable du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Onu (OCHA). Idleb apparaît comme une bataille déterminante mais dont le coût pourrait être élevé.


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